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Autorité palestinienne : Pourquoi il est temps pour Mahmoud Abbas de partir

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
L’annonce par Mahmoud Abbas (président de l’Autorité palestinienne) de son intention de ne pas briguer de nouveau ce poste n’a laissé personne indifférent. Après une cinquantaine d’années de carrière politique, la «fin» de son parcours laisse une forte impression d’énorme gâchis.



Mahmoud Abbas (connu sous le nom de guerre d’Abou Mazen) est une des figures historiques du mouvement national palestinien. Il est né en 1935 à Safed au nord de ce qui allait devenir treize ans plus tard l’État d’Israël. Son parcours allant de son engagement dans le mouvement national dès 1959 à son annonce le 5 novembre dernier de son intention de ne pas se présenter à la prochaine élection de la présidence de l’Autorité palestinienne peut être divisé en deux grandes étapes: l’avant et l’après 2005.

Un cacique conservateur: 1959-2004

Après avoir fui en 1948 sa ville natale pour échapper à l’avancée des milices juives, Mahmoud Abbas ne cessera (jusqu’en 1994) d’arpenter les chemins de l’exil forcé. Après Damas (où il a fait ses études de droit), il s’est rendu en Russie pour soutenir au Collège oriental de Moscou une thèse controversée en histoire sur des liens présumés entre le nazisme et le sionisme. Un propos nuancé des années plus tard.

Après l’exil syrien, il s’est d’abord rendu au Qatar (où il a fait fortune). En compagnie (entre autres) de Yasser Arafat, il a cofondé en 1959 le Fatah. Depuis, son destin est lié à celui du mouvement national. C’est à partir de 1961 qu’il portera le nom de guerre d’Abou Mazen (père de Mazen). Après les exils jordanien et libanais, il a élu domicile à Tunis, lieu de repli de la direction de l’OLP, après l’invasion en 1982 de Beyrouth-Ouest par les troupes du général Ariel Sharon.

Pendant cette période, si la gauche palestinienne tirait à boulets rouges sur ce représentant de ladite «réaction arabe» (dixit le FPLP et le FDLP), les monarchies conservatrices arabes le prisaient. Sans oublier les régimes conservateurs égyptien et tunisien. Cette proximité les rassurait et du coup enrichissait les coffres du Fatah et de l’OLP de généreuses dotations. L’hostilité de la gauche s’expliquait non seulement par le conservatisme d’Abou Mazen, mais également par son pragmatisme. Ne s’était-il pas discrètement rapproché (dès les années 1970) de la gauche israélienne? À une époque où tous ceux qui le faisaient couraient (côté palestinien) le risque d’être assassinés, et côté israélien la prison et l’indignité nationale. C’est à partir de cette époque qu’Israël a forgé de lui l’image d’un dirigeant pragmatique à ménager pour ne pas insulter l’avenir. C’est d’ailleurs lui qui a secrètement négocié (au nom d’Arafat) les accords d’Oslo.

Il est de retour en 1995 dans les territoires occupés. Cinq ans plus tard, c’est l’impasse dans le processus de paix. La montagne a accouché d’une souris maigrelette. En plus d’une occupation militaire qui n’a pas voulu (ou pu ou encore su comment) desserrer sa brutale étreinte sur les frêles territoires palestiniens toujours occupés, le régime Arafat n’a pu apporter ni sécurité ni prospérité à son peuple. De plus, sa duplicité, sa corruption endémique, son clientélisme et son autocratisme ont ruiné le peu de crédit qui lui restait aux yeux de sa population et de la «communauté internationale». Dans ce contexte, il ne fallait pas beaucoup pour qu’éclate une seconde Intifada (2000).

Contrairement à d’autres dirigeants palestiniens, Abou Mazen a appelé à l’arrêt des attaques contre Israël. Celui-ci s’en est rappelé puisque trois années plus tard son faucon Premier ministre d’alors Sharon s’est adjoint le concours d’un «Quartet» (États-Unis, Russie, Union européenne et Onu), pour obliger Arafat de le désigner comme son Premier ministre. Un poste dont le président de l’Autorité palestinienne (AP) ne voulait pas pour éviter tout partage du pouvoir. De guerre lasse, le «vieux» a cédé le 29 avril 2003 (Abou Mazen en démissionnera le 7 septembre).

Même si Abou Mazen est devenu l'interlocuteur principal des négociateurs israéliens et américains, cela ne lui était finalement d’aucun recours quand il fallait appliquer la «feuille de route pour la paix» qui était supposée mener à la création d'un État palestinien. De plus ni Sharon ni son successeur Ehud Olmert (encore moins Benyamin Netanyahou) ne lui ont facilité la tâche.

Une présidence de l’Autorité palestinienne entre impuissance et gâchis : 2005-2009

Après le décès d’Arafat (2004), Mahmoud Abbas est élu président de l’AP en janvier 2005. Tout comme son prédécesseur, il a fait face à l’inflexibilité de Sharon, qui conditionnait toute «reprise» du processus de négociation à ce qu’il appelait «un arrêt total du terrorisme». Une condition impossible à satisfaire dans un contexte marqué (entre autres) par la continuation de l’occupation militaire, les «assassinats ciblés» des militants palestiniens et la destruction des infrastructures de sécurité palestinienne par ses forces militaires. Sans oublier l’opposition des islamo-nationalistes (Hamas et Jihad) à tout compromis historique avec Israël. Ayant refusé d’être l’artisan d’une guerre civile inter-palestinienne avec les islamistes, Abbas est dépeint en Israël comme un «leader faible». Au lieu de desserrer son étau étouffant l’économie et la société palestiniennes, Sharon l’a au contraire renforcé dans un contexte marqué par une recrudescence inégalée des attentats suicides palestiniens en Israël même.

Avec l’absence d’une solution politique à l’horizon, une population palestinienne paupérisée (la moitié vit avec 1 dollar par jour) et subissant la corruption endémique d’une Autorité autocratisme et le clientélisme et l’arrogance d’un chef coupé des réalités, il ne fallait pas être devin pour voir venir la victoire écrasante du Hamas (face au Fatah) aux élections législatives de janvier 2006. Même si Abbas a chargé l’islamiste Hanieh de former le gouvernement, personne n’était dupe. Ses collaborateurs n’ont pas accepté leur défaite et attendaient le moment propice pour reprendre leur revanche. Pris de court, Mohamed Dahlan (chef de la sécurité de l’AP dans la bande de Gaza) a assisté impuissant à l’expulsion de ses forces de la bande par le Hamas, qui en a pris le contrôle en juin 2007. Depuis, c’est l’impasse. Les deux parties n’ont pas réussi à s’entendre et chacune en accuse l’autre («Barack Hussein Obama : Recherche désespérée de partenaires au Moyen-Orient»). Pis, au lieu de briser le «régime» Hamas dans la bande, l’opération militaire israélienne «Plomb durci» (décembre 2008-19 janvier 2009) l’a renforcé. Contribuant par ricochet à d’avantage d’affaiblissement politique d’Abbas («Fatah: Le Congrès de la dernière chance?»). Ses tergiversations à propos du vote du rapport Goldstone (du nom du juge qui a enquêté sur ce qui s’était passé lors de l’opération «Plomb durci») a achevé de le discréditer. Voilà un rapport onusien (rendu public le 15 septembre) qui accuse l’armée israélienne (et les miliciens du Hamas) de «crimes de guerre» (voire de «crimes contre l’humanité») et qui devait être présenté au début d’octobre au vote du Conseil des droits de l’Homme de l’Onu, si ce n’était de la requête d’Abbas qui voulait retarder le vote jusqu’au au mois de mars 2010 (à cause de fortes pressions israéliennes et américaines)! Malgré sa reculade forcée, le mal était fait et plus que jamais son peuple le dépeint comme une «marionnette» israélienne. Ses dernières sorties théâtrales n’en ont été d’aucune utilité.

**

L’annonce faite par Mahmoud Abbas le 5 novembre dernier relativement à la prochaine élection générale, traduit le blocage d’un processus de paix au point mort.. C’est aussi une façon d’exercer des pressions sur une administration américaine de plus en plus conciliante avec la coalition de droite et d’extrême droite au pouvoir en Israël. S’il maintient sa décision, la voie s’ouvrira devant un de ses proches collaborateurs (en matière de sécurité) et homme de confiance des États-Unis et d’Israël: Mohamed Dahlan.

7 nov. 09


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Il y a actuellement 1 réaction.

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L'inéthicité est intolérable
par Muhibeefalasteen le 8 novembre 2009

La tolérance, il y avait des maisons pour çà.

 

Mais ce qu'il ne faut jamais toléré c'est un compromis avec l'éthique.

Or congénitalement et néo-natalement l'entité sionsite est, par essence, inéthique, donc intolérable. r

 

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