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Islam/Occident : pourquoi aider Barack Obama à fermer Guantanamo

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Un des engagements de campagne électorale de Barack Hussein Obama était de fermer Guantanamo. Réussir à le faire est dans l’intérêt national américain. Il en va également de la crédibilité de l’ensemble de l’Occident et de l’avenir de ses relations avec les musulmans du monde entier.



Au lendemain de la déclaration de sa «guerre mondiale» contre les combattants d’Al-Qaïda, George W. Bush n’a pas hésité, entre autres, à transformer la base militaire de Guantanamo (ou Gitmo) en centre de détention et de torture pour présumés terroristes islamistes. Au mépris du droit international humanitaire et du droit international de la guerre. Sans oublier la Constitution de son propre pays. De son côté Al-Qaïda (au lieu de voir l’audience de son message publique décliner) ne s’était jamais autant bien portée que depuis ces violations caractérisées du droit international de la part de cette grande puissance démocratique. Les images divulguées des traitements dégradants et inhumains infligés aux détenus de ce «goulag moderne» (l’expression est d’Amnesty International) ont alimenté la colère du monde musulman et drainé de nouvelles vocations sacrificielles.

Fermer Gitmo est une question de sécurité nationale pour les États-Unis

Maintenant que la «page 11 septembre 2001» semble largement tournée aux États-Unis depuis l’élection de Barack Hussein Obama et l’expression de son ouverture à l’égard du monde islamique («Obama en Égypte : les enjeux de sa visite»), il est plus que temps de l’aider à concrétiser sa promesse de campagne de fermer ce tristement célèbre centre de détention et de torture de prisonniers de «guerre». Accomplir ce geste symbolique très fort dans l’unité des représentants de la nation américains (républicains comme démocrates) est de la plus haute importance pour l’intérêt national du pays dans son ensemble. Cela va au-delà des clivages politiques et des postures partisanes.

C’est, entre autres, en fermant ce «goulag moderne» que les États-Unis pourraient enfin se réconcilier avec leurs valeurs démocratiques et de liberté, effectuer leur retour (la tête haute) parmi les nations respectueuses (et respectées) de la règle du droit (des nations indispensables pour le progrès de l’humanité), rendre ineffective une part substantielle de la rhétorique anti-américaine d’Al-Qaïda et limiter ainsi les capacités de séduction du message de ce réseau jihadiste auprès de jeunes musulmans du monde entier. Rendant ainsi moins vulnérable la sécurité du territoire et des citoyens américains dans leur pays et à l’étranger. C’est donc une question de sécurité nationale, de prestige international et de crédibilité diplomatique pour les États-Unis.

Pour que l’Occident regagne sa crédibilité internationale

Fermer Gitmo concerne également l’Occident comme «entité» géopolitique. N’oublions pas que juste après les attaques terroristes du 11 septembre 2001, l’ensemble des pays occidentaux se sont rapidement mobilisés pour relever ce nouveau défi pour leur sécurité nationale et pour la sécurité internationale. Ils ont réagi rapidement de manière forte contre ces attentats. À raison! Ils n’ont pas hésité un seul instant à condamner leurs auteurs, «architectes» et commanditaires éventuels. Ils ont également déclaré que ces attaques contre New York et Washington étaient en fait des attaques contre l’Occident dans son ensemble. Et de nombreux idéologues occidentalistes n’ont-ils pas promis à leur supposé public un «choc de civilisation» à venir avec le monde musulman. L’heure a alors été à la solidarité occidentale, entre autres, à travers l’alliance transatlantique. Mais ces pays pouvaient-ils vraiment faire autrement, c’est-à-dire réagir en rangs dispersés?

En violant des dispositions de plusieurs conventions juridiques internationales et même plusieurs articles de la Constitution de son propre pays, le faucon George W. Bush attentait en fait à plusieurs fondements culturels et politiques de l’Occident dans son ensemble. Au nom de la sécurité nationale de son pays. Entamant au passage des pans entiers du «soft power» de l’Occident dans son ensemble (sans oublier celui de son propre pays) et fragilisant la sécurité des pays occidentaux et de leurs citoyens. D’ailleurs, des pays comme l’Espagne ou la Grande-Bretagne n’ont pas attendu longtemps avant d’être frappés à leur tour en plein cœur par des «cellules dormantes» réveillées le temps de semer la mort, la terreur et la désolation. Sans oublier les troupes, les personnels, les intérêts et même les civils se trouvant à l’extérieur de l’Occident et devenant du coup des cibles de choix de plusieurs attentats meurtriers. D’autres pays encore savent qu’ils sont dans le collimateur d’Al-Qaïda (Canada, Allemagne, Italie, Australie, Belgique, etc.) («Al-Qaïda: Le «retour» d’Oussama Ben Laden»). La vigilance devrait donc être ici (jusqu’à nouvel ordre) de meilleur conseil.

Maintenant que Barack Hussein Obama a succédé au controversé Bush, il est plus que temps pour les pays occidentaux de faire bloc derrière lui dans son entreprise délicate et complexe de fermeture de Gitmo. En l’y aidant, ils pourraient en fait se réconcilier avec leurs propres valeurs démocratiques et de liberté. Des valeurs considérées par eux comme universelles. En s’y refusant, ils apporteraient sur un plateau d’argent aux forces antioccidentales et particularistes dans le monde musulman (Al-Qaïda en tête) des arguments supplémentaires à leur propagande hostile à ces valeurs.

En contribuant à alléger le fardeau du président américain, ils limiteraient l’ampleur des ravages idéologiques de la rhétorique du réseau d’Oussama ben Laden. C’est en contribuant à la fermeture définitive de ce «goulag moderne» que les Occidentaux (Européens et Canadiens en tête) pourraient administrer (de façon éclatante) au monde islamique et aux musulmans du monde entier (y compris les leurs) la preuve de leur engagement sincère et déterminé en faveur de la promotion des droits humains partout dans le monde, sans distinction. C’est ainsi également qu’ils pourraient convaincre les musulmans du monde entier (objet de toutes les tentatives de mobilisation jihadistes) qu’à leurs yeux ils sont tout autant que tous les autres des êtres humains dont les droits doivent être à tout moment protégés contre toute dérive sécuritaire. À défaut de quoi, aucune politique ou stratégie antiterroriste ne pourraient protéger efficacement la sécurité nationale et la sécurité des citoyens occidentaux en Occident ou ailleurs de la fureur des recrues sacrificielles potentielles (Démocratie, justice et lutte antiterroriste en Occident).  C’est, entre autres, ainsi que les musulmans du monde entiers retrouveraient leur confiance ébranlée dans l’Occident aux lendemains des attentats du 11 septembre 2001. Faisant de nouveau de cette entité géopolitique une chance pour leur épanouissement («L'Occident, une chance pour l'avenir de l'Islam»)

**

Fermer Guantanamo est d’une importance cruciale non seulement pour les États-Unis, mais également pour tous les autres pays occidentaux. C’est une décision de la plus haute importance non seulement d’un point de vue symbolique, mais également pour le prestige international, la crédibilité diplomatique et la sécurité nationale de tous ces pays. Ce serait également le moyen préventif le plus efficace d’une diplomatie publique occidentale destiné à contrer (du moins contenir) la rhétorique antioccidentale d’Al-Qaïda. Renforçant du coup la sécurité internationale.

11 octobre 2009


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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