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Barack Hussein Obama : Recherche désespérée de partenaires au Moyen-Orient

(French version only)
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Dès son entrée en fonction, Barack Hussein Obama a envoyé de nombreux signaux clairs quant à sa volonté de «pacifier» le Moyen-Orient («Obama en Égypte: les enjeux de sa visite»). Du jamais vu pour un Président américain. 



Pour réussir cette entreprise historique, il aura besoin de l'engagement d'homologues moyen-orientaux déterminés et sincères. Sauf que là où il peut tourner le regard, il aura peu, sinon pas, de partenaires crédibles ou à la hauteur des défis du «moment Obama».

Grâce à son profil atypique, Obama est le dirigeant américain le mieux placé pour savoir que dans le monde complexe dans lequel nous vivons il est peu probable, sinon impossible, pour son pays de regagner son leadership international si le Moyen-Orient musulman demeure autiste ou hostile à son pays. D'où le rôle central au sein de son dispositif de communication et de relations publiques de la diplomatie directe, une diplomatie qui s'adresse directement aux peuples, et non plus (comme précédemment) aux seuls dirigeants. Cette innovation obamienne a montré son efficacité notamment en Égypte.

Lors de son discours historique adressé à partir du Caire à l'ensemble du monde islamique, Obama a bien mesuré, à l'aide de la température de la salle et de son langage corporel, le degré d'importance de certains sujets pour son auditoire. Il a confirmé là la justesse du choix de plusieurs enjeux de sa politique étrangère.
De l'ère idéologique de George W. Bush, il a notamment hérité en politique étrangère de deux guerres (Afghanistan et Irak), du conflit israélo-arabe, du conflit avec l'Iran, de la crise Af-Pak (Afghanistan-Pakistan) au cœur de laquelle se trouve la problématique du terrorisme islamiste international.

À cause des erreurs de jugement et/ou de l'arrogance de son prédécesseur, plusieurs problèmes sont devenus plus difficiles à résoudre.

La zone Af-Pak (Afghanistan-Pakistan)

Au départ, l'intervention en Afghanistan était une guerre de nécessité, conduite au nom du renversement du régime néofondamentaliste des Taliban, qui donnait refuge à Al-Qaïda, le réseau jihadiste responsable des attentats du 11 septembre 2001. Il est vrai que cette guerre menée avec l'aval des Nations unies avait rapidement terrassé le régime islamiste. Sans surprise. Il est vrai aussi que des unités des forces spéciales américaines, avec la collaboration notamment en termes de renseignement de plusieurs puissances régionales, ont réussi à démanteler les camps d'entraînement des partisans d'Oussama ben Laden. Poussant les survivants parmi ces combattants d'une guerre asymétrique à se disperser aux quatre coins du monde.

Mais ces unités de la CIA de George Tenet (dont le succès alimentait la jalousie du cassant et arrogant ministre de la Défense Donald Rumsfeld) n'ont pas réussi à capturer les deux principaux dirigeants d'Al-Qaïda, à savoir Ben Laden et son adjoint Ayman al-Zawahiri. Elles avaient agi comme si ça leur importait peu de les capturer rapidement.

De plus, en laissant «filer» l'état-major d'Al-Qaïda, le problème s'est amplifié. Il concerne maintenant non seulement l'Afghanistan, mais également, et surtout, le Pakistan voisin.

En Afghanistan, la stratégie américaine ou otanienne (OTAN) de lutte contre les Talibans et Al-Qaïda était inefficace. Cette inefficacité s'explique par plusieurs raisons, dont la non-adaptation des doctrines militaires et des techniques d'engagement au théâtre des opérations, la non-coordination des forces militaires engagées, la divergence des stratégies des pays de la coalition…

Le régime Karzaï protégé par l'OTAN a échoué à être reconnu comme pouvoir légitime aux yeux du peuple afghan. Plusieurs raisons expliquent une telle désaffection. D'abord, la corruption endémique le minant. Ensuite, ses alliances politiques suspectes. Enfin, son incapacité à améliorer le quotidien de la population ou de garantir sa sécurité.

Pire, les Talibans, pourchassés hier par les Américains, les voilà de retour en force dans leur pays. Dorénavant, ils contrôlent des pans entiers du territoire. Et Karzaï dans cela? Il suffit de se rappeler du sobriquet que les Afghans lui collent, à savoir «maire de Kaboul», pour se rendre compte du peu de terrain qu'il contrôle. Mais même sa capitale n'est plus aujourd'hui aussi sûre qu'il y a un an seulement.
On est donc en Afghanistan devant un échec stratégique pour les États-Unis. D'ennemis à abattre, les Taliban sont devenus de potentiels partenaires de la coalition otanienne, alors que de son côté Karzaï apparaît plus que jamais incapable de relever les défis de sa fonction. Échouant ainsi à être réellement utile pour Obama qui veut éviter à tout prix l'enlisement de ses soldats. D'ailleurs, ce dernier ne se fait aucune illusion sur celui qui sera de toute évidence réélu à la présidentielle de cet été.

La situation au Pakistan n'est pas plus heureuse. En échappant à la traque américaine de l'automne 2001, la plupart des dirigeants d'Al-Qaïda se sont réfugiés du côté pakistanais de la frontière avec l'Afghanistan. Leur alliance avec les Taliban du mollah Omar, chef pachtoune de l'éphémère «émirat islamique» d'Afghanistan, leur a facilité l'accueil dans les zones tribales pachtounes du «pays des Purs».

Ce repli a permis aux Taliban et à leurs alliés qaidistes de se faire des forces et d'adapter leurs doctrine et techniques d'engagement à la nouvelle situation, avant d’entamer leur offensive. Ils vont profiter à la fois des complicités et des sympathies électives des islamistes radicaux pakistanais, des défaillances de l'État et de ses alliances stratégiques contre le puissant ennemi indien. D'où le succès de leur stratégie déstabilisatrice.

Il a fallu attendre à la fois le départ forcé du putschiste général Mousharraf, sous la double pression populaire et américaine, l'assassinat de l'ancienne Premier ministre Benazir Bhutto (2007) et la désignation à la Présidence de son veuf Assef Ali Zardari pour qu'enfin la classe dirigeante pakistanaise se rende compte de la grave menace représentée par l'islamisme radical pour la sécurité et l'existence même de l'État.

Alors qu’Obama a fait de la guerre en Afghanistan sa guerre et qu'il a besoin du «pays des Purs» pour la remporter, l'actuel Président pakistanais est mal placé pour l'y aider. Et pour cause! La réputation de ce playboy est sulfureuse. Il a passé quelque temps en détention pour délit de corruption. D'ailleurs, une fois devenu Président, il a manœuvré pour éviter d'être condamné par la justice de son pays. De plus, les forces armées ne lui obéissent pas au doigt et à l'œil. Leurs galonnés continuent de voir davantage en l'Inde que dans les jihadistes leur réel ennemi stratégique. Et leurs troupes sont plus à l'aise dans un affrontement conventionnel que dans une guerre asymétrique.

L'Iran des mollahs

L'Iran est encore moins disposé à aider le président américain dans son entreprise de «pacification» du Moyen-Orient. Et pour cause. À l'absence de confiance dans les intentions réelles de Washington («Iran: Barack Obama à l'épreuve de la réélection d'Ahmadinejad») s'ajoute la perception d'une partie au moins de l'élite au pouvoir à Téhéran des intérêts iraniens comme antinomiques par rapports aux ambitions américaines dans la région («Iran. Les raisons de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad»). Le durcissement du régime des mollahs, depuis la réélection d’Ahmadinejad («Sortie de crise en Iran»), n'est pas de nature à faciliter la tâche d’Obama.

Le conflit israélo-arabe

Avec la formation du gouvernement de coalition de droite et d'extrême droite en Israël, la tâche d'Obama se complique singulièrement. Alors que le président américain considère que la résolution du conflit israélo-palestinien, au moyen de création d'un État palestinien viable et continu, fait partie des objectifs majeurs de sa politique étrangère, le Premier ministre israélien voit de son côté les choses autrement. Pour Benjamin Netanyahou, il n'en est pas question d'accepter la création d'un tel État. Même s'il en a touché un mot dans son discours à l'Université Bar-Ilan, pour ne pas mécontenter Washington, il l'a entouré de toute sorte de conditions, le rendant impossible à voir le jour.

Au lieu de mettre en place les conditions de réelles négociations de paix avec les Palestiniens, Bibi préfère détourner le regard de la communauté internationale vers l'Iran et s'active pour former une coalition internationale chargée de détruire son programme nucléaire.

Du côté palestinien, le leadership politique n'est pas non plus à la hauteur des défis du moment. À la division de ses rangs entre nationalistes et islamistes s'ajoutent l'inefficacité, l'autocratisme et la corruption endémique du régime Fatah (l'organisation du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas).

***

Dès son arrivée à la Maison-Blanche, Barack Obama a envoyé plusieurs signaux attestant de sa détermination à tourner la page de plusieurs conflits moyen-orientaux. Mais face à lui, point, ou peu, de partenaires sérieux et crédibles.


* Obama au Caire à la mosquée du Sultan Hassan. Photo officielle de la Maison Blanche par Pete Souza.


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Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

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