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Me Bertin Mampaka, le Barack Obama belge

Échevin de la ville de Bruxelles et député du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale, Me Bertin Mampaka est le premier Africain à ces titres. D’aucuns l’ont appelé le Barack Obama belge. C’est un homme d’une grande clairvoyance, avenant et éminemment articulé que j’ai rencontré à l’Hôtel de ville de Bruxelles. Il nous livre ici quelques impressions sur sa réélection le 7 juin 2009, sa démarche et l’évolution de l’individu en contexte minoritaire. Entrevue réalisée par Osée Kamga pour Tolerance.ca ®.



Osée Kamga : Quels sentiments éprouvez-vous d’avoir relevé le pari des dernières élections ?

Bertin Mampaka : Il y a une certaine fierté. D’abord, parce qu’un tel succès n’est pas le résultat d’une politique de quota. De toutes les façons, avec seulement 3% de Noirs à Bruxelles, il n’y a pas de politique de quota les visant. Les Flamands font 15% et c’est déjà significatif. Je suis parlementaire et échevin parce que les Bruxellois m’ont fait confiance. Je suis particulièrement fier de ce deuxième mandat car j’ai été pratiquement plébiscité par la population, avec un score historique, malgré toute la campagne négative dont j’ai été victime. Mes opposants m’ont accusé de tous les maux, adultère, viol, corruption en tout genre, et que sais-je encore. La seule chose dont je n’ai pas été accusé, c’est de meurtre. Pourtant, j’ai été réélu haut-la-main. Le citoyen sait faire la part des choses. Évidemment, je ne suis pas insensible aux attaques calomnieuses. Elles laissent quand-même un certain désagrément.

Osée Kamga : Quels sont les écueils sur le parcours d’un Noir, élu Échevin à Bruxelles ?

Bertin Mampaka : D’une part, je dois composer avec un certain accrochage initial. Je veux dire que je suis un personnage aux grandes ambitions. J’aime envisager de grands projets, reconstruction de stade, revitalisation de parcs, grands événements... Mais le Belge quelquefois voit petit, comme s’il essayait d’assumer l’image du petit Belge. Je dois donc composer avec cette tension entre ma vision, mon ambition pour Bruxelles et ceux qui se contentent de petites choses.
D’autre part il y a le rapport à la communauté africaine. Surtout ceux qui m’ont soutenu dans la campagne. Quand vous ne pouvez accéder à leurs désirs, bien souvent légitimes, ils se retournent contre vous.

Le problème généralement, c’est qu’ils gardent une conception du pouvoir très africaine, où le chef peut tout se permettre, où il lui suffit de faire un coup de fil pour que ses désirs soient exécutés. Ce n’est pas le cas dans une société démocratique. Ici, les décisions se prennent de façon collégiale, on embauche quelqu’un, non pas sur la base de ses relations, mais après avoir de manière collégiale examiné son CV.

Osée Kamga : Un conseil aux jeunes Noirs en situation minoritaire qui ont des ambitions de service public mais en redoutent les obstacles.

Bertin Mampaka : D’abord ils doivent commencer par maîtriser les codes de la société dans laquelle ils vivent, comprendre qu’ils ne sont plus en Afrique, bien que leur expérience puisse constituer un enrichissement. Ensuite, ils doivent apprendre à côtoyer et servir auprès de gens expérimentés. Pour que quelqu’un vous colle vos affriches, il faut que vous ayez collé les affiches de quelqu’un d’autre.

Ils doivent aussi comprendre qu’on ne va pas en politique pour s’enrichir, au contraire. Je paye mes campagnes avec mon salaire, je n’ai pas de caisse particulière. Mais ça représente un grand avantage, puisque je peux me consacrer au service public, avec un agenda élaboré dans l’intérêt public et non dans celui de quelque groupe d’intérêt envers qui je me sentirais redevable. Bien entendu, il faut avoir de nobles ambitions. La démarche de Barack Obama est révélatrice sous ce rapport. Il aurait pu se contenter de sa place au Sénat, mais il va briguer la présidence. Aujourd’hui, il est beaucoup mieux placé pour matérialiser sa vision du pays. Enfin, rien n’est au-dessus des valeurs du travail acharné, de l’honnêteté, de la franchise et de la persévérance. Les gens savent reconnaître ces valeurs-là, peu importe la couleur de peau ou l’appartenance ethnique de celui qui les porte.

Osée Kamga : Enfin Me, je ne vous laisserais pas sans vous demander de m’expliquer le concept de votre bureau. Votre Secrétaire, votre Assistante, l’immense table de réunion et vous-même dans la même pièce. D’habitude, les patrons s’assurent de bien marquer la hiérarchie en s’isolant de leurs subalternes.

Bertin Mampaka : Il y a deux démarches : tout d’abord, il y a mon style de gestion. Plutôt qu’un organigramme pyramidal, je fonctionne avec le système qu’on appelle en management chef d’orchestre. Je suis au milieu et j’ai un contact avec tous les collaborateurs, tout en respectant autant que possible la hiérarchie. J’avoue que j’ai pris l’habitude de travailler en présence de collaborateurs, puisque s’il m’arrive d’être tout seul, je déprime un peu.

Ensuite, il y a le devoir de transparence que je me suis imposé. L’homme noir souffre déjà d’un déficit en termes de crédibilité, d’honnêteté, d’efficacité. Il souffre d’une certaine suspicion. J’ai donc fait le choix d’avoir constamment des collaborateurs dans le bureau. En quelque sorte une protection, si par malheur il y a un visiteur qui m’attribue des propos qui ne sont pas les miens ou qui veut m’accuser d’une attitude inconvenante, ce qui dans mon cas ne pourrait qu’être sévèrement puni.

Vous comprenez donc que ce n’est pas par manque de local, puisqu’en tant que responsable de plusieurs départements, j’ai à ma disposition d’autres bureaux où j’aurai pu installer mes collaboratrices. Plutôt, c’est une question à la fois d’efficacité et de transparence.


* Bertin Mampaka, membre du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale, Échevin en charge des Sports, des Espaces verts, de l’Environnement et de la Solidarité internationale à Bruxelles-ville.




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