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De passage à Amsterdam – Regard suspect sur l’avant-gardisme néerlandais


(French version only)
“À quelle heure la nuit tombe-t-elle dans ce pays?” Cette innocente question, je l’ai posée à Christoffel, jeune serveur dans une Bavaria de la place principale d’Amsterdam, alors que j’y savourais une Heineken bien frappée pour me récompenser d’une longue journée passée à l’Amsterdam School for Cultural Analysis à prendre part aux conférences et débats sur l’avenir de la télévision. 



À l’origine de ma question, un contraste frappant : il était presque 21 heures 30, pourtant, la clarté du jour donnait l’impression d’une fin d’après-midi. « Ça dépend de combien tu es assommé », m’a répondu le jeune homme en arborant un sourire malin. Une réponse qui nous entraînera dans une intéressante discussion sur le modèle social néerlandais, discussion soutenue, bien qu’entrecoupée par les commandes de clients.

Il suffit de quelques jours dans la ville pour découvrir que les Amstellodamois ont une approche relaxe de la vie, approche que traduisent bien leur amour du vélo et leur propension à la détente. Qu’ils soient en costume-cravate pour se rendre au travail ou à quelque importante réunion, en tenue habillée ou tout simplement dans des vêtements de course, les Amstellodamois pédalent. On peut voir des vieillards ou de vielles dames, 70 ou même 80 ans, leurs emplettes dans le panier avant de leur vélo ; on peut apercevoir des parents transportant leur rejeton sur un siège adapté fixé en arrière de la bicyclette. Quand on sait que près 40% des déplacements dans Amsterdam se font à vélo, qu’il y a 600 000 bicyclettes pour ses 730 000 habitants, on comprend la rareté des automobiles dans ses rues. La seule ville au monde où le vélo n’est pas regardé comme moyen de déplacement pour pauvres gens. Plus qu’un outil de sport ou de loisir, la bicyclette est une habitude de vie, qui joue ici un rôle déterminant dans la lutte contre la pollution de l’air. L’Amstellodamois enchaîne sa bécane au parapet du pont ou l’attache à un poteau avant de sauter dans la Bavaria la plus proche où il se détend en bonne compagnie en alignant les verres vidés ; il la balance au pied de l’arbre et rejoint ses amis qui se prélassent dans le parc en grillant quelques-unes. Du coup, le visiteur a cette forte impression que le mot stress n’est pas du vocabulaire néerlandais.

J’étais donc là à prendre un verre en contemplant les va-et-vient de piétons dans la rue, à admirer le croisement des tramways dans leur passage serpenté, à me fasciner du concert de bicyclettes dans ses vagues et ses échappées successives quand, après avoir machinalement regardé ma montre, je me suis enquis de l’heure de la tombée de la nuit. Pas besoin de discuter longtemps avec un Amstellodamois pour réaliser combien il est fier de sa ville et du système social en place, fier des mesures avant-gardistes qui semblent façonner son image et celle du pays tout entier à l’étranger.

L’Amstellodamois vous donne cette impression de savoir ce que vous autres, touristes un peu naïfs, pensez d’eux, tant il anticipe vos remarques à ses yeux désobligeantes et y répond avant même que vous les ayez formulées. 



Red Light District et Coffee Shop

Red Light District et Coffee Shop seront les deux principaux sujets de discussion. Le Red Light District ou Quartier rouge est ce secteur du centre-ville où les prostituées, de jour comme de nuit, s’exhibent en petites tenues derrière de lumineuses vitrines. « Ce que vous voyez dans la vitrine n’est pas nécessairement ce que vous aurez une fois à l’intérieur », souligne un guide touristique. Exactement comme les vêtements dans la vitrine suivante, ou les appareils électroménagers dans celle d’à côté ne constituent que des démos.

Autant dire que ces femmes sont purement et simplement ravalées au rang de marchandises. Sur la défensive, Christoffel dira : « Dans votre pays, elles sont dans la rue à la merci des intempéries et des criminels. Chez nous, elles sont derrière la vitrine. Lequel est avantageux ? Nous essayons de trouver des solutions réalistes plutôt que de faire comme si le problème n’existait pas. »

Vu sous cet angle, il marquera un point, puisqu’une ville sans prostitution n’est pas de ce monde. Qui plus est, plus souvent qu’autrement, son non-encadrement laisse les femmes qui la pratiquent à la merci du crime organisé. Mais la question est-elle véritablement là ? Christoffel va concéder qu’il ne supporterait voir ni sa mère, ni sa sœur et moins encore sa femme s’exposer nues ou presque derrière une vitrine sous prétexte que la loi l’autorise. Qu’il n’accepterait pas que sa fille lui dise un de ces quatre matins qu’elle a trouvé sa voix, qu’elle aimerait faire dans la prostitution. Il ne peut le cautionner pour ses proches, mais semble si enthousiaste à l’avaliser pour d’autres, pour des gens qu’il ne connaît pas. Inspiré de John Donne, poète britannique du XVIIe siècle, j’affirme que chaque fois qu’on dégrade un être humain, ça piétine ma dignité, parce que je participe de l’humanité. « Trop de philosophie » répond Christoffel en s’éloignant vers le comptoir. « Nous sommes plutôt pragmatiques par ici», tranche-t-il en me revenant avec une autre Heineken. Légalisation de la prostitution comme pragmatisme ? Peut-être. Mais je ne peux m’empêcher d’y voir le cautionnement moral d’une pratique manifestement considérée par les uns et les autres comme déshonorante.

Nous aborderons la question des coffee shop qui pullulent dans la ville, ces établissements réservés à la consommation de la marijuana.

Je découvrirais que le modèle néerlandais a ses apories et incongruités. Il est interdit de cultiver le hachich ; du coup, la drogue vendue légalement entre dans le pays par trafic illégal. Sa consommation n’est autorisée que dans les Coffee shop, pourtant tout le monde fume en plein air, sans compter ces clients qui s’enferment dans les toilettes de bars pour s’en tirer une. L’âge légal de la consommation est de 18 ans, pourtant, il n’est pas extraordinaire de rencontrer des enfants de 11, 12 ans avec du pot. Christoffel le raconte tout amusé, comme s’il se moquait des limites de la législation. Il ne saurait dire si la distribution légale favorise une plus grande consommation, mais il est convaincu que les Amstellodamois ne s’en portent pas plus mal que les Montréalais ou les Torontois. Bien qu’incertain de la justesse de sa remarque, je note son sens poussé de la comparaison où il se retranche chaque fois qu’il se sent acculé. Il concède aussi que la légalisation d’une pratique peut inhiber la résistance que certains auraient eue à s’y adonner.

La nuit finit par me trouver là.

En payant ma note, je lance narquois : « Je ne sais pas ce que vous autres néerlandais légaliserez demain ou après-demain. » « Stay tune ! » que Christoffel réplique, dans un désarmant sens de la répartie.

Le lendemain, dans ce train qui m’éloigne d’Amsterdam, je ne peux m’empêcher de penser à la ville et à ses habitants, son gezellig ou quête du bien-être, sa permissivité au nom de la tolérance et du pragmatisme. À la société dans son ensemble, qui semble avoir inscrit le nihilisme moral et éthique comme moteur de son processus. Je me dis à part moi : on ne saurait parier sur son devenir.


* Une travailleuse du sexe au Quartier rouge


** Tramway, cyclistes et piétons se côtoient


*** Un coffee shop du Dugehoog Straat


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Bravo a vous
By Diesel on November 18,2012

Bonjour, juste ce petit mot pour encourager vos écrits et vous dire que j'ai pri plaisir a lire l'article. =)

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