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Iran : Mir-Hossein Moussavi, un dirigeant réformateur ?

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
L'annonce de la réélection du président sortant Mahmoud Ahmadinejad a provoqué la colère et l'indignation principalement parmi la classe moyenne urbaine iranienne. Le non-respect par le Guide suprême de la procédure suivie précédemment au moment de l'annonce des résultats de l'élection présidentielle a renforcé ce sentiment de la victoire volée parmi les Iraniens opposés à Ahmadinejad. Plusieurs opposants considèrent d'ores et déjà que leur véritable président est Mir-Hossein Moussavi et non Ahmadinejad.

De nombreux médias occidentaux ont quant à eux dressé de lui le portrait d'un réformateur. Pures mystifications!

Moussavi, le caméléon

Un ensemble de facteurs, certains concernant son profil et ses positions notamment en matière de politique étrangère et d'autres le dépassant, montrent que Mir-Hossein Moussavi est en réalité un digne représentant de l'autocratie théocratique et non, comme plusieurs l'espèrent à Washington comme à Téhéran, un réformateur providentiel.

Moussavi est issu de la minorité Azérie. Il est né en 1941 dans le même village (Khamenei) que le Guide suprême Ali Khamenei. La vie publique de cet homme du sérail peut être schématiquement divisée en trois phases. La première va jusqu'à 1989. La seconde le mène jusqu'à la veille de l'élection présidentielle de 2009. L'année du début de sa troisième phase.

Étant l'homme de confiance de l'imam Khomeyn, père de la Révolution islamique et de la République des mollahs, il a pu devenir en 1981 le Premier ministre d'un Président mécontent du nom d'Ali Khamenei. Poste qu'il conservera jusqu'à la fin de la guerre de son pays contre l'Irak. Alimentant au passage les jalousies de plusieurs cercles du nouveau pouvoir en place («Iran. Les raisons de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad»). Autre motif de désaccord entre les deux hommes résidait dans le choix privilégié par l'un ou l'autre pour éviter l'effondrement de l'économie d'un pays en guerre. Si le président privilégiait la carte d'une certaine libéralisation économique, son premier ministre celle étatiste. S'attirant la colère des milieux d'affaires. Depuis, l'homme de «gauche» s'est converti aux «vertus» du libéralisme.

L'époque de sa primature coïncidait également avec la phase de poussée révolutionnaire du régime islamique. Le slogan de «l'exportation» de la Révolution islamique y était en vogue. Avec la multiplication d'actions subversives au Moyen-Orient. Et une rhétorique agressive à l'endroit de l'Occident et de ses alliés dans la région. L'objectif stratégique de cette politique étrangère agressive était de chasser les États-Unis du Moyen-Orient et de les y remplacer. La main de la mollahcratie était très lourde vis-à-vis de tous ceux considérés comme des «ennemis» du nouveau régime. D'où l'engagement de la responsabilité politique de l'ancien Premier ministre à ce niveau.

Avec la disparition du père de la République commençait la deuxième phase de sa vie politique. Même s'il s'est éloigné des lumières, il n'avait pas pour autant complètement déserté la vie publique. Il agissait successivement à cet effet comme conseiller occulte des présidents pragmatiques l'ayatollah Ali Akbar Hachémi Rafsandjani (1989-1997) et l'hodjatoleslam Mohammed Khatami (1997-2005). De plus, il était membre du Conseil de discernement de l'intérêt supérieur du régime. Cette importante institution est chargée d'arbitrer les litiges entre le parlement et le Conseil des gardiens. Elle est présidée depuis 2007 par Rafsandjani. Moussavi a également dirigé l'Académie des arts de l'Iran.

Moussavi est revenu au devant de la scène à la faveur de l'élection présidentielle de cette année. Pour, à l'en croire, «sauver la République islamique». D'Ahmadinejad? Force est de constater que lui, l'architecte, a réussi à obtenir son ticket d'entrée dans le club très restreint des présidentiables, quand l'ancien président Khatami n'y était pas admis!

Avant que le prédécesseur d'Ahmadinejad ne se désiste, il avait l'assurance d'être appuyé par de nombreux dignitaires du régime, dont Moussavi lui-même. Mais juste avant qu'il ne dépose une demande formelle dans ce sens, l'ancien premier ministre s'est lui aussi «découvert» subitement des ambitions présidentielles. Coupant du coup l'élan khatamien. Au grand dam du camp pragmatique. En divisant le camp anti-Ahmadinejad, cette ambition personnelle servait de fait la stratégie du camp adverse. D'ailleurs, le Guide suprême n'avait plus grand-chose à craindre pour les chances de son «poulain» de rempiler. La suite des événements électoraux lui a donné raison.

S'il s'est présenté comme un «rassembleur» de différents camps contrairement à un Ahmadinejad diviseur des factions, diffère-t-il de façon significative du président sortant, notamment en matière de politique étrangère?

Politique étrangère

Si Moussavi est adepte de la rigueur en économie contrairement à un Ahmadinejad populiste et dépensier, tous deux se disent acquis à la justice sociale. En matière de politique étrangère, sont-ils si différents sur le fond?

Avant d'examiner sa plate-forme actuelle, mentionnons qu'il n'a jamais présenté d'autocritique de son passé comme dirigeant d'un régime radical qui était responsable notamment de scandales politiques (dont l'affaire Iran-Contra), de prises d'otages et de nombreux attentats au Liban et ailleurs. Il était opposé au cessez-le-feu avec l'Irak. Juste après la fin de cette guerre, il a rejeté la demande de Rafsandjani, président à l'époque du parlement, de recourir à l'aide occidentale pour reconstruire le pays, et ce au nom de la fidélité aux idéaux de la révolution.

Durant sa primature, il s'était toujours montré hostile à la politique étrangère américaine dans la région. Attitude répandue dans cette partie du monde parmi les forces islamistes, marxistes et nationalistes pour cause notamment de politique étrangère Yankee du «deux poids deux mesures».

Un des arguments avancés par lui pour s’attirer le soutien d'une large coalition anti-Ahmadinejad à l'élection de 2009 est qu'il voudrait redonner du crédit à l'image de son pays à l'étranger, grâce notamment au dialogue et à la détente avec l'Occident en général et les États-Unis en particulier. Le candidat disait vouloir en finir avec «l'extrémisme» de la politique étrangère d'Ahmadinejad et «l'amateurisme» de ses déclarations. Ainsi, des déclarations vitrioliques et condamnables, comme le négationnisme ou son souhait de voir disparaître l'État d'Israël, ne feraient plus partie de l'arsenal de la rhétorique de la diplomatie iranienne.

Mais sur le dossier épineux du programme nucléaire, Moussavi n'est pas différent des autres dirigeants iraniens, dont Ahmadinejad. Pour cause de consensus national. S'il s'est dit ouvert à la négociation, il s'est montré ferme vis-à-vis de toute tentative voulant mettre un terme à l'enrichissement de l'uranium par l'Iran. Cela équivaudrait pour lui à brader l’intérêt national. Comme c'est le cas pour les autres pays signataires du Traité de non prolifération nucléaire (TNP), il a répété le droit inaliénable de sa nation au nucléaire civil. Comme l'ont déjà fait auparavant le Guide suprême Khamenei et le président sortant Ahmadinejad, il n'a cessé de répéter à son tour que ce que cherche son pays n'est pas de se doter de la bombe A, mais de développer ses capacités énergétiques, techniques et scientifiques.

*

N'en déplaise aux médias occidentaux et à ses partisans iraniens, Mir Hossein Moussavi est loin d'être le leader réformateur tant espéré. C'est un digne homme du sérail de la mollahcratie. Son passé politique montre qu'il faisait partie de la faction dure du régime islamique. Son retour visait à sauver le régime des dérives d’Ahmadinejad et non le réformer. Mais s'il diffère de ton avec celui-ci, il le rejoint sur le fond au niveau de questions jugées essentielles en matière de politique étrangère, dont le dossier nucléaire.


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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