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Les Nations unies rejettent la déclaration Trump sur #Jérusalem

(French version only)
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Editor-in-chief, Tolerance.ca, Member of Tolerance.ca®

La reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël est une violation du droit international et de plusieurs résolutions onusiennes. D’où son rejet ce jeudi par l’Assemblée générale des Nations unies.

Le jeudi 21 décembre 2017, les yeux du monde étaient tournés vers New York. Les 193 États membres des Nations unies devaient se prononcer sur la résolution turco-yéménite qui appelle à condamner la reconnaissance des États-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël. Le résultat du vote est un camouflet pour les États-Unis et Israël et un échec cinglant pour le président Donald Trump et son ambassadrice à l’ONU Nikki Haley et pour leur diplomatie du chantage et des menaces.

Une déclaration Trump "nulle et non avenue"

Le 18 décembre, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est prononcé sur le projet de résolution égyptien qui rejette la déclaration Trump sur Jérusalem. 14 des 15 États membres ont appuyé ce texte. Les États-Unis se sont retrouvés tous seuls et ont opposé leur veto pour empêcher l’adoption de la résolution égyptienne. Cet échec diplomatique de la représentante permanente américaine, Nikki Haley, a été ressenti par elle comme un revers personnel. Pour ne pas avoir l’air abattu et en même temps intimider ses homologues, elle a menacé: "C'est une insulte et un camouflet que nous n'oublierons pas."

Le lendemain, elle est allée plus loin. En prévision de l’Assemblée générale des Nations unies du 21 décembre consacrée au projet de résolution turco-yéménite qui appelle lui aussi au rejet de la déclaration Trump sur Jérusalem, Nikki Haley a, par écrit, menacé ses 192 collègues: "Le président (Donald Trump) observera attentivement ce vote et il a demandé que je lui signale les pays qui auront voté contre nous."

Le 20 décembre, le président Trump a joint sa voix à celle de son ambassadrice aux Nations unies. Il n’a pas mâché ses mots. Dans une déclaration faite à la Maison-Blanche, il a dénoncé "tous ces pays qui prennent notre argent et ensuite votent contre nous au Conseil de sécurité." Il a ajouté: "Nous prenons note de ces votes." "Qu’ils votent contre nous et nous sauverons beaucoup d’argent." Une menace claire de couper des milliards de dollars à ces pays récipiendaires de l’aide américaine et qui voteraient contre sa déclaration sur Jérusalem. Notons qu'au moins quatre des dix premiers pays sur la liste ci-dessous sont susceptibles de voter en faveur de la résolution turco-yéménite.

Amid Trump's threats against UN members, the top 10 recipients of U.S. foreign aid

Le but de ces manœuvres d'intimidation était de réduire le nombre des États qui seraient tentés de voter en faveur de la résolution turco-yéménite et donc d’éviter de se retrouver de nouveau dans l’embarras sur la scène internationale.

Israël a apporté son concours à ces démarches. Son premier ministre Netanyahou en personne a contacté plusieurs de ses homologues, dont le premier ministre tchèque Bohuslav Sobotka, pour les inciter, à défaut de voter contre la résolution, à s’abstenir ou à s’absenter le jour du vote. Des organisations du lobby pro-Israël dans plusieurs pays ont également été appelé à exercer des pressions sur leurs gouvernements pour qu’ils votent conformément à l’intérêt israélien.

Le 21 décembre, la tension était palpable à New York. On se demandait si la diplomatie du chantage, des intimidations et des menaces sauverait la face à Donald Trump et à son pays sur la scène internationale.

Avant le début du scrutin, Nikki Haley a essayé une dernière fois d’intimider les États membres de l’organisation internationale pour forcer leur ralliement à la décision de son pays: "Les États-Unis se souviendront de cette journée qui les a vu clouer au pilori devant l’Assemblée générale pour le seul fait d’exercer notre droit de pays souverain." "Nous nous en souviendrons quand on nous demandera encore une fois de verser la plus importante contribution (financière) aux Nations unies. Et nous nous en souviendrons quand de nombreux pays viendront nous demander, comme ils le font si souvent, de payer encore plus et d’employer notre influence à leur avantage," a-t-elle ajouté. Le premier ministre israélien a, depuis son pays, qualifié les Nations unies de "maison des mensonges." Sur le même ton provocateur, son ambassadeur Danny Dannon a déclaré que "Jérusalem était et restera la capitale d’Israël." Pour lui, la résolution est "une fraude" et "une distraction" et ceux qui voulaient voter en sa faveur sont des "marionnettes manipulées par des marionnettistes palestiniens" et des "aveugles" qui ne voient ni "les mensonges" ni les "manipulations" palestiniennes.

Une déclaration rejetée par l’observateur palestinien à l’ONU, Riyad Mansour, qui a déclaré que "le peuple palestinien n’acceptera jamais que des excuses religieuses servent à justifier l’annexion (de sa terre)."

Sur 193 États membres de l’ONU, 128 ont voté en faveur du projet de résolution, 9 ont voté contre et 35 se sont abstenus. 21 autres pays ont pour leur part préféré ne pas se présenter à l’Assemblée et éviter ainsi de se prononcer d’une façon ou d’une autre.

Les pays qui ont dit "oui" sont: l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Bahreïn, Oman, le Kuwait, le Yémen, l’Irak, la Jordanie, le Liban, la Syrie, l’Egypte, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, la Mauritanie, Djibouti, l’Erythrée, le Soudan, la Somalie, la Turquie, l’Iran, le Pakistan, l’Afghanistan, le Bangladesh, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, l’Indonésie, la Malaisie, le Sénégal, le Burkina Faso, le Niger, la Cote d'Ivoire, le Gabon, le Mali, la Gambie, la Guinée, le Tchad, le Ghana, le Liberia, le Nigeria, Cap Vert, le Congo, l’Ethiopie, le Burundi, les Comores, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, l’Angola, le Botswana, le Mozambique, la Namibie, la Tanzanie, Madagascar, les Seychelles, Maurice, la Chine, l’Inde, la Corée du Nord, Sri Lanka, le Népal, la Corée du Sud, le Japon, le Vietnam, la Thaïlande, Singapour, le Cambodge, le Laos, Brunei, les Maldives, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Russie, le Royaume uni, la France, l’Allemagne, Monaco, l’Irlande, la Suède, la Norvège, le Danemark, la Finlande, l’Islande, les Pays-Bas, le Liechtenstein, l’Autriche, la Suisse, la Belgique, le Luxembourg, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, Malte, Chypre, l’Estonie, la Lituanie, la Belarus, la Grèce, l’Albanie, la Bulgarie, la Macédoine, la Serbie, la Slovaquie, la Slovénie, le Monténégro, Andorre, le Brésil, le Chili, Cuba, le Venezuela, le Nicaragua, le Pérou, l’Uruguay, la Bolivie, la Barbade, Belize, Costa Rica, la République dominicaine, l’Equateur, la Grenada, Guyane, Saint Vincent et les Grenadines, Suriname, la Nouvelle Zélande et Papouasie nouvelle guinée.

Les neuf pays qui ont rejeté le projet de résolution turco-yéménite sont: les États-Unis, Israël, le Guatemala, les Honduras, les îles Marshall, Micronésie, Nauru, Palau et le Togo. Ces sept derniers États vont-ils suivre le pas américain et déplacer eux aussi leurs ambassades à Jérusalem?

Les 35 États qui se sont abstenus sont: le Canada, la Bosnie-Herzégovine, le Soudan du Sud, le Rwanda, le Mexique, l’Argentine, la Colombie, le Panama, le Paraguay, les Bahamas, Haïti, la République dominicaine, Antigua-Barbade, la Jamaïque, Trinidad et Tobago, le Cameroun, le Benin, la Guinée équatoriale, l’Ouganda, le Lesotho, le Malawi, les Philippines, Bhutan, l’Australie, les Îles Fiji, Kiribati, les Îles Solomon, Tuvalu, Vanuatu, la Roumanie, la République Tchèque, la Hongrie, la Croatie, la Lettonie et la Pologne. Contrairement à leurs habitudes, ces six derniers États ont cette fois brisé le consensus onusien sur cette question.

Parmi les 21 autres pays qui ont pour leur part préféré ne pas se présenter à l’Assemblée, on trouve: l’Ukraine, le Kenya, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la Guinée-Bissau, la Sierra Leone, le Swaziland et la Zambie.

Les États-Unis ont rejeté le résultat du vote et leur ambassadrice et président ont menacé de représailles tous ceux qui avaient osé les défier.

Le premier ministre d’Israël a lui aussi rejeté le résultat du scrutin. Il a déclaré que "Jérusalem est notre capitale, elle l’a toujours été et le restera pour toujours." Il a également remercié M. Trump et Mme Haley. S’il a salué les États qui n’ont pas voté en faveur de la résolution, il a dû se résoudre à voir plusieurs pays qualifiés par lui d’alliés, dont la Chine, l’Inde et la Russie, voter dans le sens contraire de ce qu'il espérait.

Les pays arabes et musulmans ont rejeté en bloc la reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël. L’abstention de la Bosnie-Herzégovine a été remarquée.

Quatre membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, en plus de l’Allemagne, ont eux aussi tenu tête à Donald J. Trump et à son ambassadrice au nom de la légalité internationale.

Aucun des neuf premiers récipiendaires de l’aide américaine n’a cédé au chantage américain.

Le Togo est le seul pays africain qui a pris le parti des États-Unis. Cela va à l’encontre de la condamnation de l’Union africaine de la déclaration Trump. Le vote togolais ne doit pas surprendre. Depuis l‘ère du président Gnassingbé Eyadema, les relations entre ce pays et Israël sont bonnes. Le Togo a repris ses relations diplomatiques avec Israël en 1986, après les avoir rompu après 1973 sous la pression de pays arabes de l’OPEP. Benyamin Netanyahou devait participer au sommet Afrique-Israël, une première, qui devait avoir lieu entre le 24 et le 26 octobre 2017 à Lomé, la capitale togolaise. Mais, ce sommet a finalement été reporté à une date non déterminée. Notons que l’Afrique du Sud et plusieurs pays musulmans africains ne voyaient pas d’un bon œil la tenue de ce sommet. Aussi, depuis plusieurs années, le Togo vote systématiquement à l’Unesco du côté d’Israël, notamment au sujet du statut de Jérusalem. Puisque voter contre la résolution turco-yéménite revient à appuyer la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, le Togo va-t-il bientôt déménager son ambassade à Jérusalem?

Si le monde arabo-musulman et l’Afrique subsaharienne ont osé défier Donald Trump, au nom du respect de la légalité internationale, l’Occident a pour sa part fait montre de divisions.

Revers personnel pour Donald Trump et échec diplomatique pour les États-Unis aux Nations unies

La résolution turco-yéménite a bénéficié de l’appui d’une écrasante majorité des États membres des Nations unies. Cela est un échec diplomatique pour les États-Unis et un revers personnel pour Donald Trump. N’oublions pas que ce dernier avait pesé de tout son poids présidentiel pour la faire avorter.

Il s’est aliéné l’appui de plusieurs alliés traditionnels arabes, européens et asiatiques de son pays. Comme sa décision est une violation du droit international, ils l’ont rejeté. Sans parler de l’opposition de six poids lourds du système international: la Chine, la Russie, le Japon, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud.

Le vote onusien est également un revers pour l’ambassadrice Haley. Son soutien inconditionnel à Israël était connu de ses homologues et du lobby pro-Israël dans son pays. Mais, là, elle a brisé plusieurs codes diplomatiques et avait davantage l’air d’une maître-chanteuse et d’une intimidatrice plutôt que d’une diplomate digne de ce nom. Son image sur la scène internationale sort affaiblie.

***

Les Nations unies ont condamné le changement américain du statut de Jérusalem. Ce nouveau revers diplomatique pour les États-Unis s’ajoute à celui enregistré au Conseil de sécurité il y a quelques jours. Il montre que Donald Trump avait sous-estimé le caractère explosif de la question de Jérusalem. Aussi, peut-il se permettre de mettre à exécution ses menaces et couper l'aide par exemple à l'Égypte et à la Jordanie, deux pays qui ont signé un accord de paix avec Israël? Peut-il couper l'aide à l'Afghanistanet au Pakistan, deux pays sur la ligne du front de la lutte contre les réseaux terroristes Al-Qaïda et État islamique et qui offrent plusieurs facilités à son pays? Pas sûr. Mais, si la diplomatie du chantage et des menaces a échoué à l’ONU, les pays qui ont voté du côté des États-Unis vont-ils franchir le pas et déménager leurs ambassades à Jérusalem?

21 décembre 2017



1) http://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/ES-10/L.22&Submit=Search&Lang=E


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The World according to Donald Trump
By Aziz Enhaili

Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

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