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La déclaration Trump sur #Jérusalem isole les États-Unis à l'ONU

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La déclaration Trump sur le statut de Jérusalem suscite l'indignation dans plusieurs parties du monde. Elle accentue l'isolement international des États-Unis.

La déclaration Trump a reconnu Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël et ordonné le déménagement de l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à cette ville trois fois sainte. Cette déclaration a suscité une vague de dénonciation et de manifestation dans plusieurs pays en plus des territoires palestiniens occupés. Cette déclaration est contraire au droit international et à plusieurs résolutions des Nations unies.

L’Égypte demande à l’ONU de rejeter la déclaration Trump sur Jérusalem

Le samedi 9 décembre, les ministres des affaires étrangères de la Ligue arabe ont tenu au Caire une réunion d’urgence pour dénoncer la déclaration Trump. Le lendemain, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou s’est rendu pour deux jours en Europe pour convaincre les dirigeants européens de se rallier à la déclaration Trump. Avant de se réunir avec les ministres européens des affaires étrangères, il a rencontré le président français. Emmanuel Macron à Paris et les chefs de la diplomatie européenne réunis à Bruxelles avaient un même message pour lui: ils ne déménageront pas leurs ambassades de Tel-Aviv à Jérusalem. Il est donc rentré bredouille dans son pays.

Le mercredi 13 décembre, un sommet extraordinaire de la Conférence islamique s’est tenu à Istanbul à l’appel du président turc Erdogan. Il a dénoncé la déclaration Trump et appelé le monde à reconnaître Jérusalem-Est comme capitale de l’État de Palestine.

Suite à une demande de Riyad Mansour, le représentant palestinien à l’ONU qui a rang d'observateur, l’Égypte a, le mercredi dernier, déposé au Conseil de sécurité des Nations unies un projet de résolution. Ce texte affirme que "toute décision ou action visant à altérer le caractère, le statut ou la composition démographique" de Jérusalem "n’a pas de force légale, est nulle et non avenue et doit être révoquée." Le statut de Jérusalem "doit être résolu par la négociation." Mais, si ce texte a exprimé de "profonds regrets concernant les récentes décisions sur Jérusalem," il n'est fait aucune mention des États-Unis ou de Donald Trump, mais tout le monde a compris. Cette double omission et l’adoucissement du texte étaient le prix à payer pour pouvoir récolter l’appui de 14 membres du Conseil face aux États-Unis.

Comme prévu, l’ambassadeur israélien aux Nations unies a, dans un communiqué de presse, "vivement condamné" un projet de résolution qualifié par lui de tentative palestinienne visant à "réinventer l’histoire." Pour Danny Danon, "Aucun vote ou débat ne changera la réalité évidente que Jérusalem a été et sera toujours la capitale d'Israël." Le diplomate israélien sait que son affirmation contrvient à plusieurs résolutions onusiennes. Il sait aussi que l’occupation de Jérusalem-Est et son annexion unilatérale à son pays n’ont jamais été reconnues par l’ONU et que celle-ci lui a demandé à plusieurs reprises de s’en retirer.

Veto américain à la résolution rejetant la déclaration Trump sur Jérusalem

Le lundi 18 décembre, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est prononcé sur le projet égyptien de résolution sur le statut de Jérusalem.

14 des 15 membres du Conseil de sécurité ont voté en faveur de ce texte. Quatre membres permanents (Grande-Bretagne, France, Russie et Chine) et dix membres non-permanents de cette instance ont donc appuyé le projet d'Amr Abdellatif Aboulatta.

La représentante permanente des États-Unis, Nikki Haley, s’est retrouvée isolée à cette occasion. D’où cette menace qui traduit sa frustration: "C'est une insulte et un camouflet que nous n'oublierons pas." Elle a accusé l’ONU de faire "obstacle" à la recherche d’un accord de paix et de "parti pris" puisqu’elle rejette "la faute sur les Israéliens." Mais, elle a affirmé que son pays cherche encore "un accord de paix durable" dans la région et soutient à la fois "le statut (actuel) des lieux saints" et "la solution à deux États si les deux parties la souhaitent."

Entre 1967 et 2016, les Nations unies avaient adoptées dix résolutions affirmant que le statut de Jérusalem doit faire partie d’un accord de paix global et final entre Israël et les Palestiniens. Mais, cela n’a pas empêché la diplomate américaine d’affirmer que la "position" de son pays est "en plein accord avec (ces) résolutions." Comment peut-on décider unilatéralement du sort de Jérusalem (la déclaration Trump) et en même temps prétendre être "en plein accord" avec un consensus international qui laisse aux parties israélienne et palestinienne la tâche de statuer là-dessus? Comment violer ces dix résolutions et prétendre en même temps y inscrire son action?

Nikki Haley a opposé son veto au projet égyptien et empêché ainsi son adoption par le Conseil de sécurité. Ce premier veto pour l’administration Trump n’a surpris personne.

Sur le compte Twitter du premier ministre, Benyamin Netanyahou a salué le veto américain. "Merci madame l'ambassadrice Haley. En ce hanoukka (la fête juive des Lumières, ndlr), vous avez parlé comme une Maccabée. (1) Vous avez allumé la flamme de la vérité. Vous avez dissipé l’obscurité. Un a vaincu la multitude. La vérité a triomphé du mensonge. Merci, président Trump. Merci, Nikki Haley." Ce message a été partagé 1995 fois, apprécié 5171 fois et a suscité 227 commentaires.

A cause de la déclaration Trump, le président de l’Autorité palestinienne, Mahoumd Abbas, a estimé que les États-Unis ne sont plus crédibles comme parrain du processus de paix. Il l’a affirmé clairement au sommet d'Istanbul. Pour lui, le nouveau veto américain est "inacceptable." Même son de cloche à Ankara, qui préside actuellement la Conférence islamique, et dans les autres capitales islamiques.

La prochaine étape pour l’ambassadeur palestinien Riyad Mansour est l’Assemblée générale des Nations unies. Là, aucun des 193 États membres n’a de droit de veto et le vote de l’un d’eux vaut celui de l’autre. Il peut essayer d’obtenir son soutien. D’ailleurs, une session  plénière de l'Assemblée générale s’est tenue ce mardi. Le droit du peuple palestinien à l'autodétermination était à son agenda.

***

Les rédacteurs du projet de résolution s’attendaient au veto américain. Mais, si les quatorze États membres du Conseil de sécurité sont allés jusqu’au bout de leur démarche, c’était pour faire pression sur Washington pour qu’elle prenne réellement en considération les droits inaliénables du peuple palestiniens lors de futures discussions de paix. Ce faisant, ils ont fait mal paraître les États-Unis. D'où le regard noir de leur représentante et sa rhétorique musclée.

19 décembre 2017



1) Les Maccabées est une famille juive qui a mené en 167 avant J.C. la résistance contre la politique d'hellinisation menée par la dynastie des Séleucides.


** Nikki Haley opposant le veto américain au projet de résolution contre la déclaration Trump. Crédit de l'image: le compte Twitter de la diplomate américaine.


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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