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Espagne: La Catalogne déclare son indépendance

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Cela fait plusieurs mois que le gouvernement central espagnol et le gouvernement catalan se livrent à un jeu de ping-pong. Ce vendredi, les deux parties sont passées à une nouvelle étape.

 

 

Après des mois d’épreuve de force, la Catalogne a, ce vendredi 27 octobre, déclaré son indépendance. Suscitant une réaction rapide de la part de l’État central espagnol.

La République indépendante de la Catalogne est déclarée

Les menaces de Madrid ne sont finalement pas parvenues à dissuader les indépendantistes catalans de tenir parole. Le 1er octobre, ils ont organisé un référendum d’indépendance émaillé de violences policières espagnoles. Selon les chiffres officiels, 43% des 5 313 564 inscrits sur les listes électorales ont participé à la consultation populaire et plus de 90% des 2 266 498 électeurs ont voté "oui" ("Si!"). Mais, faute d’une commission électorale indépendante, ces résultats sont invérifiables. Même si leur option n’a pas eu l’appui de la majorité des électeurs inscrits, les indépendantistes ont estimé avoir le mandat populaire pour aller de l’avant avec leur projet politique. Le pouvoir central espagnol n’a pas reconnu la légitimité d’une consultation qualifiée depuis le début par lui d’illégale. Il a également menacé de recourir à l’article 155 de la Constitution de 1978 en cas de déclaration de l’indépendance de la Catalogne.

En plus des pressions de Madrid et des Catalans unionistes, le président de l’exécutif catalan, Carles Puigdemont, faisait face à la division de son camp et aux fortes pressions des indépendantistes pressés qui voulaient le voir déclarer rapidement et unilatéralement une république catalane indépendante.

Comme il ne faisait pas confiance aux intentions du chef du gouvernement espagnol, l’intransigeant Mariano Rajoy, et pour éviter l’implosion de son camp, M. Puigdemont a, le 26 octobre, rejeté la possibilité de tenir des élections anticipées, même si c’était la porte de sortie offerte par M. Rajoy pour éviter la mise sous tutelle de la Catalogne. Il s’est du même souffle remis à la décision de ses 135 collègues députés à Barcelone.

Ce vendredi 27 octobre, le parlement régional s’est réuni pour se prononcer, dans un climat tendu, sur une résolution déclarant l’indépendance de la République de Catalogne.

S’il savait que l’assemblée législative était divisée entre forces indépendantistes et unionistes, M. Puigdemont savait également que le rapport de force parlementaire penchait en faveur de son camp. C’est ce qui explique pourquoi les représentants du Parti populaire, du Parti socialiste et des libéraux du Ciudadanos (parti fondé en 2005 pour contrer les indépendantistes) ont quitté l’hémicycle en bloc juste avant le début du vote à bulletins secrets. Ils l’ont fait pour exprimer leur opposition à la déclaration d’indépendance et leur contestation de sa légalité. N’oublions pas que le parlement régional n’a pas le droit de se prononcer sur ce type de déclaration. À partir de là, les jeux étaient faits.

La coalition des partis indépendantistes a proposé une résolution qui demande que la Catalogne devient un "État indépendant prenant la forme d'une République," un État "souverain, de droit, démocratique et social."

Sur les 135 députés catalans, 72 ont voté pour, 10 se sont prononcés contre, 2 ont mis un bulletin blanc et 51 ont boycotté l’exercice.

Cette motion a donc été adoptée grâce à une majorité absolue de voix, soit 53% des députés catalans. Un précédent pour une démocratie espagnole rétablie en 1977, après la mort du dictateur Franco.

Une fois leur motion adoptée, les députés indépendantistes ont entonné l’hymne nationaliste catalan. A l’extérieur du parlement régional, il y avait des dizaines de milliers d’indépendantistes. Ils étaient là pour l’occasion. Ils ont eux aussi entonné l’hymne de la Catalogne, en criant "Vive la Catalogne!" L’atmosphère était à la fête dans leurs rangs et à la déprime parmi les unionistes. C’est dire la profonde division parmi les Catalans sur cet enjeu.

L’Espagne met la Catalogne sous tutelle

Mariano Rajoy a rapidement réagi sur Twitter à ce qui venait de se passer à Barcelone. Il a promis de "restaurer la légalité en Catalogne." Un message très clair.

Le chef conservateur du gouvernement central s’est rendu au Sénat espagnol où son parti est majoritaire. Il a évoqué l’article 155 de la Constitution de 1978 qui autorise le pouvoir central à suspendre l’autonomie de toute région qui ne respecte pas ses obligations constitutionnelles. Après débat, la chambre haute a voté à la majorité en faveur de la mise en œuvre de cet article en attendant la tenue des prochaines élections anticipées dans la région. Si elle a acquiescé à la demande du chef conservateur, c’est parce qu’elle tenait à l’unité constitutionnelle et territoriale du pays. Le chef du gouvernement pouvait donc procéder. Cette mise sous tutelle est un autre précédent pour l’Espagne.

Une fois le mandat dans la poche, Mariano Rajoy a convoqué un conseil des ministres extraordinaire. A l’issue de ce conseil, il a annoncé une batterie de mesures drastiques: la destitution sur-le-champ du président indépendantiste Carles Puigdemont, de son gouvernement (13 ministres) et du directeur indépendantiste de la police catalane, Josep Lluis Trapero, la dissolution du parlement, la mainmise directe des ministères de Madrid sur leurs équivalents catalans et la mise sous tutelle des 17 000 membres de la police catalane, les Mossos d’Esquadra. Mais, s’il espérait également l’autorisation de mettre sous tutelle la chaîne de télévision publique catalane TV3 et la Catalunya Radio, accusées de manipulation des faits et de partialité par les adversaires unionistes, M. Rajoy a dû y renoncer. Des élections législatives anticipées devront été organisées le 21 décembre prochain en Catalogne pour se doter d’une nouvelle généralité.

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Une majorité de parlementaires catalans a franchi le Rubican au nom de la légitimité démocratique. Ils ont déclaré l’indépendance de leur région par rapport à l’Espagne, même sans l’appui d’une majorité. Pour rendre impraticable cette déclaration, le chef du gouvernement central a sollicité et obtenu du Sénat espagnol l’autorisation de mettre cette riche région du nord-est du pays sous la tutelle de Madrid, au nom du rétablissement de la légalité constitutionnelle. L’affrontement de ces deux légitimités condamne d’ores et déjà les deux parties à un dialogue de sourds et plonge l’ensemble du pays dans l’inconnu.

27 octobre 2017



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Rassemblement d'indépendantistes à Barcelone. Le compte Twitter d'Henri Malosse.

 




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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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