Tolerance.ca
Looking inside ourselves and out at the world
Independent and neutral with regard to all political and religious orientations, Tolerance.ca® aims to promote awareness of the major democratic principles on which tolerance is based.

L’Élection fédérale partielle de 2017 au Lac-Saint-Jean: Les Libéraux arrachent le comté aux Conservateurs

(French version only)
By
Editor-in-chief, Tolerance.ca, Member of Tolerance.ca®

Les habitants de la circonscription fédérale du Lac-Saint-Jean ont vu défiler dans leurs rues quatre des cinq chefs de partis représentés à la chambre des Communes. Chaque chef était là pour les convaincre de voter pour son candidat.

Après la démission en juin dernier de l’ex-ministre conservateur Denis Lebel de son poste, Ottawa a déclenché une élection fédérale partielle dans la circonscription du Lac-Saint-Jean. Cinq candidats se sont affrontés pour lui succéder. Le candidat libéral a rapidement arraché le comté aux Conservateurs d'Andrew Scheer.

Une campagne électorale à l’ombre de la renégociation de l’ALÉNA

La circonscription fédérale du Lac-Saint-Jean est plus grande que la Belgique. Elle compte 105 783 habitants, dont 84 829 électeurs inscrits sur les listes électorales.

La campagne électorale a duré 36 jours.

Les cinq candidats sont: le conservateur Rémy Leclerc, le libéral Richard Hébert, la néo-démocrate Gisèle Dallaire, le bloquiste Marc Maltais et le vert Yves Laporte.

Sur les chefs des cinq partis représentés à la chambre des Communes, la Vert Elisabeth May était la seule à ne pas se rendre dans le comté fédérale.

Le premier ministre libéral Justin Trudeau s’y est rendu les 19 et 20 octobre pour donner un coup de main à son candidat. Il était accompagné à cette occasion de sa propre femme Sophie, de son plus jeune enfant et de M. Hébert. Il a fait des arrêts dans les principales villes de la circonscription: Roberval, Alma, Saint-Félicien et Dolbeau-Mistassini. L’effet Trudeau se faisait toujours sentir. Les gens s’empressaient pour prendre des égo-portraits avec lui. Il s’est engagé à protéger l’industrie forestière (bois d’œuvre) et le système de gestion de l’offre dans le secteur agricole (la volaille, les œufs et les produits laitiers), deux enjeux d’importance pour des milliers de travailleurs qui sont inquiets des humeurs changeantes de Donald J. Trump au moment où son pays renégocie l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) avec le Canada et le Mexique. La population voulait être rassurée sur la détermination d’Ottawa à ne pas céder sur ces deux enjeux. Elle a donc entendu de la bouche du chef libéral ce qu’elle voulait entendre.

Le nouveau chef conservateur Andrew Scheer s’est rendu à trois reprises dans le comté. Il a rencontré des chefs d’entreprise et des travailleurs, des agriculteurs et des forestiers. Son candidat était à ses côtés.

Le nouveau chef néodémocrate Jagmeet Singh s’est lui aussi rendu dans la circonscription pour épauler sa candidate. Pour éviter que son turban de Sikh ne court-circuite la campagne de Gisèle Dallairesa et ne la sabote, il a mis l’accent sur ce qui représente, à ses yeux, des points en commun avec les Québécois. En se servant de l’argument de minorité pour gagner l’identification de cette partie du Québec profond à sa candidate, il a raté la coche. Il ne semble pas réaliser que les Québécois se voient non pas comme une minorité, mais plutôt comme un peuple à part entière.

La chef bloquiste Martine Ouellette s’est elle aussi rendue dans le Lac-Saint-Jean. Elle était en compagnie de son candidat. Comme M. Maltais est un syndicaliste bien connu dans la région, elle comptait sur lui pour aller chercher une partie du vote néodémocrate.

Les visites de ces chefs de partis ont contribué à intensifier la campagne.

Richard Hébert est né et a grandi au Lac-Saint-Jean. C’est un fonctionnaire de carrière et maire (depuis 2013) de Dolbeau-Mistassini, une ville dont l'économie repose sur l'industrie forestière. Pour obtenir l’investiture de près de 1000 Libéraux, il a affronté l’Innue Marjolaine Étienne, l’ex-vice-chef aux affaires extérieures du conseil de bande de Mashteniatsh (Pekuakamiulnuatsh Takuhikan). Il a remporté l’investiture. Ses priorités sont cinq: stimuler l’économie et créer de bons emplois pour la classe moyenne, améliorer la qualité de vie des aînés et la qualité de leurs soins de santé et à domicile, réduire les taux d’imposition des familles moyennes et le versement de plus d’argent aux familles avec enfants, réduire le taux d’imposition des petites entreprises et protéger les emplois dans les industries, dont celles du bois d’œuvre et de l’agriculture, veiller à ce que les besoins du Lac-Saint-Jean soient au cœur des décisions prises à Ottawa. Pour lui, le développement des grands pôles économiques de la région est crucial.

Rémy Leclerc a travaillé durant les dix dernières années comme adjoint politique de l’ancien ministre et député Lebel. Il a, à quatre reprises, dirigé sa campagne électorale. Il était pendant trente-trois ans éducateur spécialisé auprès de centres de jeunesse et intervenant en toxicomanie. Il a également œuvré, entre autres, comme conseiller municipal à Roberval entre 2005 et 2013. Ses priorités sont: la réduction des taxes et des impôts pour les familles, l’élimination de l’impôt sur les prestations liées aux congés parentaux, le rétablissement des crédits d’impôt applicables aux activités physiques et artistiques des enfants, aux travailleurs forestiers, aux agriculteurs, aux entrepreneurs. Il s’oppose à la légalisation du cannabis.

Gisèle Dallaire est une psychologue. Elle s’occupe des dossiers de la condition féminine pour la région au sein de l’organisme de défense des droits des femmes Récif 02. Ses priorités sont: les aînés, les femmes, les agriculteurs et les travailleurs forestiers. Comme 80% des emplois dans sa région proviennent des PME, elle aimerait que leur taux d’imposition soit réduit. Si elle juge que le gouvernement Trudeau est trop pressé dans son intention de légaliser le cannabis, elle estime qu’il est trop tard de reculer sur cette promesse électorale.

Mme Dallaire avait représenté son parti dans cette circonscription en 2015. Elle avait alors récolté 28,5% des voix, juste derrière le victorieux Lebel (33%). Elle avait devancé Sabin Gaudreault (PLC: 18%), Sabin Simard (BQ: 18%) et Laurence Requilé (PVC: 1,5%).

Yves Laporte (PVC) est bachelier de l’École de musique de l’Université de Montréal. Il est membre de Greenpeace et depuis plusieurs années du PVC. Il a créé Génération R, une compagnie spécialisée dans la revalorisation des déchets.

Marc Maltais (BQ) est très connu dans la région. Il vient du milieu syndical. Depuis plusieurs années, il occupe le poste de directeur de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il s’est fait connaître du grand public en 2012, lors du lock-out des travailleurs de l’usine Rio Tinto d’Alma. Il était à l’époque président du Syndicat des employés de l’aluminium d’Alma. Il a fait le saut en politique à la fin du mois de septembre au nom du Bloc. Il a axé sa campagne sur les dossiers touchant les travailleurs de sa circonscription. Il est pour la défense des travailleurs de l’industrie du bois d’œuvre et de l’aluminium. Il voit d’un mauvais œil toute modification de la gestion de l’offre dans le domaine agricole.

Enjeux

Le scrutin partiel d’aujourd’hui était important pour les quatre chefs qui ont pris la peine de se rendre dans le comté en compagnie de leurs candidats. C’était un premier test électoral pour les deux nouveaux chefs Andrew Scheer et Jagmeet Singh et un baptême de feu pour Martine Ouellet. C’était aussi un test pour un gouvernement libéral à mi-mandat.

Andrew Scheer a été élu à la tête des Conservateurs en mois de mai dernier. Il souffre d’un déficit de notoriété non seulement dans le comté, mais également dans le reste du pays. Ses troupes étaient confiantes de pouvoir conserver une circonscription représentée par le lieutenant politique de l’ex-premier ministre Harper au Québec durant les dix dernières années. Pour y arriver, ils ont essayé de faire du scrutin partiel un référendum sur le projet (et le gouvernement) libéral de légalisation du cannabis. Une tentative que le candidat libéral a cherché à désactiver en la tournant en ridicule.

Jagmeet Singh espérait que cette fois sera la bonne pour sa candidate Dallaire. Il y a deux ans, celle-ci avait chauffé le conservateur Lebel. Pour lui, se faire élire dans cette circonscription du Québec profond enverrait le message au reste du Québec et du pays que ses signes religieux ne défavoriseaient pas dans deux ans les candidats d'un NPD qui avait en 2015 passé à côté du pouvoir. La vague orange était déjà retombée.

Le parti de Martine Ouellette est né dans cette région. Mais, il est depuis plusieurs années en chute libre. D’élection en élection, ses votes fondent comme neige au soleil. Pour ses dirigeants, faire élire un onzième député enverrait le message que leur parti a encore du ressort et de l’avenir.

Depuis 1984, les Libéraux fédéraux n’ont pas réussi à faire élire un député dans ce comté. L’arracher aux Conservateurs représenterait une percée importante pour eux au Québec et enverrait le message que les Jeannois ne sont pas insatisfaits du gouvernement Trudeau au moment où ils sont plus inquiets que jamais à cause de ce qui se trame à Washington à propos de l’ALENA.

Avec la compétition des cinq partis fédéraux, les jeux étaient assez ouverts et était malin celui qui pouvait prédire l’issue du scrutin dans une circonscription où le député sortant n’avait récolté, il y a deux ans, que le tiers des suffrages exprimés.

Une percée importante pour les Libéraux au Lac-Saint-Jean

Les 264 bureaux de vote ont été ouverts à 9h30. Ils ont fermé à 21h30.

Selon Élections Canada, sur 84 829 électeurs inscrits, 5842 (environ 7%) avaient déjà voté par anticipation entre le 13 et le 16 octobre.

34 829 électeurs inscrits ont voté. Cela représente un taux de participation de 41,06%.

La lutte s’est déroulée cette année entre les Libéraux et les Bloquistes. La fois précédente, elle l’était entre les Conservateurs de Stephen Harper et les Néodémocrates de Thomas Mulcair.

Le Libéral Hébert est le grand gagnant du scrutin. Il a obtenu 13 442 voix et 38,6% des suffrages exprimés.

Le Bloquiste Marc Maltais s’est classé deuxième. Il a obtenu 8141 voix (23,4%). Au début du dépouillement des votes, il menait la course, avant de glisser à la deuxième place, derrière le Libéral qui a fini par creuser son écart avec le reste des candidats. 5301 voix séparent le Bloquiste de l’élu. Pour relativiser la défaite bloquiste, Martine Ouellette a déclaré que son parti venait de loin. Mais, si le Bloc a amélioré son score en termes de pourcentage, elle sait qu'il a perdu 2011 voix et que seulement un électeur sur quatre a appuyé son option souverainiste. Ce qui est un mauvais présage pour la prochaine campagne fédérale et un mauvais signe supplémentaire pour le mouvement souverainiste au Québec en général.

Le conservateur Leclerc a eu 8710 voix (25%). Il a perdu près de 10 000 suffrages (8%). Le fait d’être adjoint politique d’un ex-député et ministre ne garantit donc pas d’être élu. Cette défaite est une mauvaise nouvelle pour Andrew Scheer. Elle montre qu’il ne réussit pas encore à percer dans l’opinion québécoise. Si on ajoute à cela deux faits troublants, les Conservateurs devraient se poser des questions dans la perspective des prochaines élections fédérales générales. D’une part, Dane Lloyd (27 ans). En 2009, il voulait ouvrir un chapitre canadien du puissant lobby américain des armes, la NRA. Il a affirmé avoir évolué depuis sur cet enjeu. En 2015, il s’est prononcé contre  le projet de retrait du monument du controversé général confédéré Robert E. Lee d’un jardin public à Baltimore. Ces faits n'ont pas empêché ce jeune homme d’extrême droite d'être investi par le PC avant d’être élu dans son château fort Sturgeon River–Parkland en Alberta. C'était le comté de Rona Ambrose, l’ancienne ministre de M. Harper et chef intérimaire du parti et qui s’est retirée en mai dernier de la vie politique. M. Lloyd était assistant du député Michael Cooper (St. Albert-Edmonton). Il a récolté 16 125 voix (77,4%) des 20 844 suffrages valides. Ce qui représente une majorité écrasante par rapport aux résultats du Libéral Brian Gold (12%), de la Néodémocrate Shawna Gawreluck (7,7%) et du candidat du Parti de l’Héritage Chrétien Ernest Chauvet (2,9%). Le taux de participation a été de 23,69% des 87 968 électeurs inscrits.  En 2019, les adversaires des conservateurs ne résisteront pas à la tentation de rappeler ces faits controversés aux électeurs.

L’autre fait troublant à propos du leadership de M. Scheer: lui et son parti ont nommé Hamish Marshall, l’ancien directeur du site d’extrême droite The Rebel, comme directeur de la campagne électorale fédérale du Parti conservateur pour 2019.

***

Maintenant que les Libéraux ont gagné, leurs adversaires cherchent à minimiser cette importante percée. Quand ils ne l'associent pas au charisme de M. Trudeau, il l'imputent au désir des Jeannois d'être du bord du pouvoir. Ce qui revient à les accuser d'opportunisme politique et à minimiser le travail accompli sur le terrain par le candidat Hébert et son équipe. Ce qui est doublement injuste. Mais, ces attaques partisanes ne peuvent voiler l'état réel des adversaires des Libéraux dans le comté. Rendez-vous donc en 2019.

23 octobre 2017



Comment on this article!
To post a comment, we encourage you to become a member of Tolerance.ca® or log in if you are already a member. You can still post your commentwithout registering, but you will need to fill your personal information each time.

Become a member (free)   |   Log in

Postings are subject to the terms and conditions of Tolerance.ca®. Before submitting your message , you must read the Terms and conditions of Tolerance.ca® and agree to them by checking the box below.
Your name:
Email:
Heading:
Message:
 
  I have read and agree to the Terms and conditions of Tolerance.ca®.
Contributor
This article is part of

The Justin Trudeau Era
By Aziz Enhaili

Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

Read the other articles by Aziz Enhaili
Follow us on ...
Facebook Twitter