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Élections partielles de 2017 à Québec: Geneviève Guilbault arrache Louis-Hébert aux Libéraux

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Une élection partielle agit souvent comme un test pour le désir de changement au sein de la population. À un an de la prochaine élection générale, le gouvernement Couillard a eu l’occasion de mesurer la température dans Louis-Hébert.

Suite à la démission du député libéral Sam Hamad, le gouvernement a organisé une élection partielle dans la circonscription de Louis-Hébert, à Québec. Pour lui succéder, dix candidats se sont affrontés dans ce château fort libéral. Ce lundi, les électeurs ont réservé toute une surprise au Caquiste François Legault et envoyé un message clair au premier ministre libéral Philippe Couillard.

10 candidats pour le siège de Louis-Hébert

Le 30 août dernier, le premier ministre Philippe Couillard a déclenché une élection partielle à Louis-Hébert. Les 45 540 citoyens inscrits sur les listes électorales avaient à leur disposition 152 bureaux de vote. Ils étaient plus de 80% à participer en 2014.

La campagne électorale était mouvementée. Des allégations d’harcèlement psychologique en milieu de travail ont rattrapé les candidats du Parti libéral du Québec (PLQ) et de la Coalition Avenir Québec (CAQ), respectivement Éric Tétrault (ArcelorMittal) et Normand Sauvageau (Banque Scotia). Cela les a obligé, le 6 septembre dernier, à mettre un terme abrupt à leurs campagnes.

L’attaché politique de Sam Hamad, Ihssane El Ghernati, a, le 11 septembre, pris la relève du candidat libéral et Geneviève Guilbault la veille celle du Caquiste. Huit autres candidats ont fait eux aussi la campagne: Normand Beauregard (Parti québécois, PQ), Guillaume Boivin (Québec solidaire, QS), Alex Tyrrell (Parti vert du Québec, PVQ), Martin St-Louis (Option nationale, ON), Denis Blanchette (Nouveau Parti démocratique du Québec, NPD-Q), Sylvie Asselin (Parti conservateur du Québec, PCQ), Jean-Luc Rouckout (Équipe autonomiste, EA) et l’indépendant Vincent Bégin. L’EA est un parti de droite créé en 2012 et qui compte plusieurs anciens Adquistes.

Ihssane El Ghernati est native du Maroc. Elle est mère de deux enfants. Elle est arrivée au Québec il y a 22 ans. Elle avait alors 29 ans. Après avoir été adjointe au cabinet du ministère de l’emploi et de la solidarité, elle a œuvré pendant près de dix ans comme attachée politique de Sam Hamad. Rappelons que ce député sortant de Louis-Hébert avait, en 2003, arraché cette circonscription au péquiste Paul Bégin. Ce dernier est un avocat et un ancien ministre de la justice. Il avait rempilé à l'Assemblée nationale durant deux mandats successifs (1994-1998 et 1998-2003). M. Hamad avait été pour sa part élu à cinq élections générales: 2003, 2007, 2008, 2012 et 2014. Sa dernière campagne l’avait vu récolter 18 327 voix (49,22%) sur un total de 37 324 bulletins et une majorité de 8677 suffrages. Il avait donc amélioré substantiellement sa majorité par rapport à la consultation précédente: 2092 voix. Les allégations de favoritisme dans l'octroi de contrats publics ont écorné son image. Mais, il a été blanchi. Le 27 avril, un an après sa mise à l’écart du conseil des ministres, il a quitté la vie politique car il savait que Philippe Couillard ne pouvait le ramener au conseil des ministres. Il travaille depuis dans le secteur privé. Durant ces cinq campagnes, le PQ et la CAQ (ADQ en 2003) se battaient pour la deuxième place. À l’occasion de l’élection partielle, Mme Ghernati s’est principalement engagé à régler le dossier Anacolor d’ici les douze prochains mois. Elle a misé sur sa notoriété pour remplacer M. Hamad.

Geneviève Guilbault est une ancienne libérale. Elle est née en 1982 à Greenfield Park à Québec. Elle habite à Saint-Augustin-de-Desmaures. Elle a obtenu une maîtrise en communication publique à l’Université Laval en 2011. Après avoir travaillé de 2006 à 2008 comme attachée de presse adjointe du ministre libéral Jacques Dupuis (sécurité publique), elle a rejoint le service de Martin Coiteux (Conseil du trésor) de 2008 à 2009. Elle a depuis œuvré comme directrice des communications et porte-parole du Bureau du coroner de Québec. Comme on l’a vu ci-dessus, elle avait remplacé au pied levé Normand Sauvageau comme candidate de la CAQ. Elle a expliqué son passage du PLQ à la CAQ en raison notamment des révélations troublantes de la commission Charbonneau. Elle s’est plainte au cours de la campagne de tentatives visant à la disqualifier à cause de sa grossesse. Sa principale promesse l’élargissement à trois voies de la 138 à Saint-Augustin-de-Desmaures. Elle a fait de l’intégrité le principal thème de sa campagne.

Normand Beauregard s’est présenté comme l’homme du changement. Il est originaire de Granby et habite à Saint-Augustin. C’est un père de famille établi à Québec depuis près de 30 ans. Il a une maîtrise en environnement. Il a fait carrière dans la fonction publique québécoise comme biologiste. Le 28 août dernier, sa candidature péquiste a été confirmée. Trois jours plus tard, il a retourné sa carte de membre de Québec solidaire. Il se présente comme un souverainiste de gauche. Illustration de sa conception de la convergence souverainiste: avant de devenir le candidat du PQ, il adhérait en même temps à quatre partis souverainistes: le PQ, QS, ON et le Bloc québécois. Il s’oppose au projet d’oléoduc Energie Est. Pour lui, la santé est un enjeu majeur dans une circonscription où le quart des habitants est âgé de plus de 60 ans.

Guillaume Boivin est né en 1979 à Québec. Il a étudié à l’Université Laval en droit, en science politique et en histoire (maîtrise). Il travaille depuis deux ans comme avocat en droit social. Cette année, c’est sa cinquième campagne solidaire (Parti de la démocratie socialiste, l'Union des forces progressistes et QS) et sa seconde à Louis-Hébert. Il avait obtenu en 2012 1359 voix (3,58%) et s’était classé quatrième, derrière les candidats Rosette Côté (PQ: 21,38%), Michel Hamel (CAQ: 32,92%) et le sortant Hamad (PLQ: 38,42%). Il a fait cette année de l’environnement sa priorité.

Alex Tyrrell est le chef du parti des Verts au Québec. Il est né en 1988 à Montréal et y habite. Il étudie à l’Université Concordia depuis 2011. C’est donc un candidat parachuté dans Louis-Hébert. Cette année est sa première tentative comme candidat Vert à Louis-Hébert et sa quatrième au provincial. Ses voix aux consultations précédentes n’ont jamais atteint les 5%.

Martin St-Louis se présente comme un ouvrier de Québec. Il est membre du conseil national d’ON depuis avril dernier.

Denis Blanchette est né en 1956 à Québec. C’est un retraité de la fonction publique québécoise. Il travaillait comme analyste informatique. Il a pris les rênes de la jeune formation NPD-Q. En 2011, il était le député néodémocrate de la circonscription fédérale de Louis-Hébert (38,65% des suffrages). Ses tentatives comme candidat néodémocrate au fédéral en 2008 (9% des voix) et 2015 (20,8%) n’ont pas été aussi fructueuses. L’élection partielle de cette année est un premier test pour une formation forte de l’appui d’un peu plus de 300 membres.

Sylvie Asselin préside le Réseau femmes et politique municipale de la Capitale-Nationale. Elle a mené sa carrière dans le domaine de la construction et de l’éducation. Elle a milité au sein du Parti conservateur du Canada (PCC), de l’ADQ de Mario Dumont et de la CAQ avant d’atterrir e dans le PCQ. Elle était directrice du bureau du député conservateur fédéral de Portneuf à Québec, Joël Godin. Aux élections municipales de 2015, elle a fait campagne pour remplacer le maire démissionnaire de Saint-Augustin-de-Desmaures, Marcel Corriveau. Elle a fait alors face à trois adversaires: Éric Dussault, Jean-François Dufour et Sylvain Juneau. Avec ses 32,3% des suffrages, elle est arrivée deuxième, derrière M. Juneau (34,3%). Pour elle, le conservatisme fiscal et la réduction de l’intervention de l’État sont cruciaux.

Jean-Luc Rouckout est d’origine française. Il est âgé de 62 ans. Il vit au Québec depuis plus de 13 ans. Il ne réside pas dans la circonscription. Après 35 ans passés principalement dans l’industrie métallurgique, il a pris sa retraite. C’est sa première campagne électorale. Le transport en commun et la langue française sont ses priorités.

Vincent Bégin est un candidat indépendant. Sur sa page Facebook, aucune information sur son profil.

La CAQ met un terme au règne libéral dans Louis-Hébert

Le 2 octobre, les bureaux de vote ont fermé à 20h. Sur 45 540 électeurs inscrits, 6800 personnes avaient déjà voté par anticipation. Selon les résultats officiels publiés sur le site du Directeur général des élections du Québec, le taux de participation a atteint 52,44%. Si 23 690 bulletins (soit 99,2%) ont été validés, les 190 restants ont été rejetés.

Autre enseignement du scrutin: c’est la candidate de la CAQ qui a remporté l’élection partielle et est devenue la nouvelle députée de Louis-Hébert. Geneviève Guilbault a donc arraché ce château fort libéral. Sa victoire est sans appel: 51,04% des voix (soit 12 091 votes). Le taux élevé de participation l’a favorisé. C’est donc mission accomplie pour elle. Autre enseignement: sa majorité est de 7658 suffrages. Le PLQ a vu ses appuis fondre entre le scrutin général de 2014 et celui partiel de cette année: 4433 suffrages (18,71%) pour Mme Ghernati contre 18 327 voix (49,22%) pour M. Hamad. Comme le PLQ est un parti connu pour sa machine efficace à sortir le vote, on ne peut que poser la question de la raison (ou des raisons) de cette fonte du vote libéral. A quoi est-elle due? Que traduit et exprime-t-elle?

Le péquiste Beauregard est arrivé troisième (3852 votes: 16,26%). Ce n'est donc pas lui qui a réussi cette fois à incarner le changement. Mais, il a devancé le solidaire Boivin (1235 votes: 5,21%), la conservatrice Asselin (976 votes: 4,12%), le Vert Tyrrell (490 votes: 2,07%), le Néo-démocrate Blanchette (319 votes: 1,35%), l’indépendant Bégin (215 votes: 0,91%), l’ONiste St-Louis (61 votes: 0,26%) et l’Autonomiste Rouckout (18 votes: 0,08%).

Le Parti québécois a enregistré dans cette circonscription son pire résultat depuis l’élection générale de 2003. Mais, on ne peut mettre cela sur le dos du seul Jean-François Lisée puisque le poids péquiste avait reculé également sous d’autres chefs. Si QS a gagné de nouveaux soutiens, l’effet GND ne s’est pas faire sentir.

L’hirondelle Guilbault fera-t-elle le printemps caquiste?

Un vent de changement a soufflé sur Louis-Hébert, mettant un terme à un règne libéral de 15 ans. La candidate libérale en a été la victime. Cela a permis à une jeune candidate, Geneviève Guilbault, d’être élue et d’offrir par la même occasion à son parti ce château fort libéral et à son chef Legault la possibilité de rêver en couleur et en plein jour à un balayage caquiste du Québec à l’élection générale de l’année prochaine. Mais, depuis quand une élection partielle était un baromètre d’une élection générale et à un an d’intervalle? Aussi, l’ancien homme d’affaires est bien placé pour savoir qu’un an est une éternité en politique. D’ici-là, beaucoup d’eau aura coulé sous le pont caquiste et il se peut qu’il s’enfarge dans de nouvelles déclarations controversées, mine par la même occasion ses chances et facilite l’entreprise de tous ceux qui chercheraient alors à le dépeindre comme inapte pour la fonction de chef de gouvernement.

Les Libéraux ont donc perdu un château fort. La déception de leur chef était visible le soir du scrutin. Mais, a-t-il saisi le message des électeurs? En tout cas, il a promis de remplir les engagements libéraux. Les péquistes n’ont été pour leur part ni capables de sauver les meubles ni d'arrêter l’effritement de leurs appuis dans un comté pourtant francophone.

***

Une majorité écrasante des électeurs de Louis-Hébert est mécontente des Libéraux de Philippe Couillard. Elle l’a fait savoir. Elle a l’impression qu’ils la prennent pour une population qui leur est acquise d’avance quand ils ne l’écoutent pas. Plusieurs libéraux disent qu’ils ont saisi le message. Mais, le véritable risque pour eux, c'est de voir le thème du changement s’imposer à l’élection générale prochaine. À court terme, leur chef devrait se pencher sur la question du remaniement ministériel à la lumière de ce qui s'est passé dans cette circonscription.

2 octobre 2017



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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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