Tolerance.ca
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.

Le régime Assad responsable de l’attaque au gaz sarin de Khan Cheikhoun

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Ce qui était encore de l’ordre du soupçon est bien établi désormais. Un rapport des Nations unies considère le régime de Bachar El-Assad comme le responsable de l’attaque au gaz sarin du village Khan Cheikhoun du 4 avril 2017. Une première pour l’organisation internationale.

Khan Cheikhoun fait partie du gouvernorat d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Le 4 avril dernier, ce village rebelle était la cible d’une attaque au gaz Sarin. Elle a causé la mort de 83 personnes, dont 23 femmes et 28 enfants, et fait 300 blessés. Devant les condamnations de cette attaque à travers le monde, Damas a accouché d’une théorie pour justifier ce qu’a fait sa chasse.

Attaque chimique entre mensonge damascène et relais poutiniens

Selon la version du régime Assad, le massacre a été causé par le bombardement malheureux de la chasse syrienne d'un hangar où des rebelles avaient entreposé du gaz sarin. Moscou et Téhéran se sont dépêchées de relayer cette version fantaisiste des faits. Leurs réseaux en Occident et dans le monde arabe ont pris le relais pour inonder les réseaux sociaux de cette nouvelle théorie. D’ailleurs, ce n’était ni la première ni la dernière fois que le président russe Vladimir Poutine vole au secours de son protégé et client.

Le lendemain de l’attaque de Khan Cheikhoun, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni en urgence à New York pour en parler. La représentante des États-Unis, Nikki Haley, a brandi devant ses collègues des photos d’enfants gazés, en demandant: "combien d’enfants devraient-ils mourir avant que la Russie ne daigne s’en préoccuper?" Elle a également accusé la Russie de complicité avec le "régime barbare d’Assad" et de répandre un faux récit sur la Syrie. Elle a aussi fait une mise en garde: "les États-Unis prendront des mesures unilatérales en Syrie si l’ONU ne parvient pas à répondre à l’attaque chimique."

Les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont présenté un projet de résolution pour condamner l’attaque de Khan Cheikhoun et appeler à une enquête complète et rapide de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). Mais, comme il fallait s’y attendre, la Russie veillait au grain. Elle a rejeté le projet. A partir de là, il était condamné d’avance. Cette issue ne devait pas surprendre l’ancienne gouverneure de la Caroline du Sud.

Le même jour, Donald Trump a fait une déclaration transmise par les réseaux nationaux d'information. Il a dénoncé une ''attaque chimique atroce'' contre des ''gens innocents, des femmes, des petits enfants et même de beaux petits bébés.'' ''Leur mort fut un affront à l’humanité,'' a-t-il ajouté. Un changement de ton pour le dirigeant républicain qui semblait ému par des images de bébés tués dans l’attaque au gaz sarin: ''cette attaque sur des enfants a eu un énorme impact sur moi.'' ''Mon attitude vis-à-vis de la Syrie et (de Bachar) El-Assad a nettement changé. (…) Ce qui s’est passé est inacceptable pour moi,'' a-t-il ajouté. Mais, il s’est gardé de dire ce qu’il comptait faire. Sa fille aînée et principale conseillère, Ivanka, semblait elle aussi affectée par ces images de bébés gazés et l'a fait savoir sur son compte Twitter.

Le lendemain, 59 missiles Tomahawk ont frappé Shayrat, la base militaire d’où avait décollé l'engin de la mort, un Soukhoï-22, et qui est associé au programme d'armes chimiques de Damas. Cette base est située dans la province de Homs. C’était les représailles du président américain à l'attaque chimique de Khan Cheikhoun. Son homologue chinois Xi Jinping était avec lui à Mar-a-Lago ce jour-là et a appris la nouvelle en primeur du président américain en personne.

Le 6 septembre, soit cinq mois plus tard, l’ONU a rendu public un rapport de sa commission d'enquête sur la situation des droits de l’homme en Syrie. Ce rapport (32 pages) impute la responsabilité de l’attaque chimique de Khan Cheikhoun à l’armée de Bachar El-Assad. On savait, dès le 30 juin, grâce à l’OIAC, que le gaz sarin a été utilisé pendant cette attaque. Pour ceux qui l'auraient oublié, c’est à cette organisation que Bachar El-Assad, dos au mur des menaces d’intervention américaine, avait remis, en juin 2013, tout son stock d’armes chimiques déclaré pour qu’il soit détruit, tout en jurant ne plus avoir en sa possession la moindre arme chimique. La même année, l’OIAC a obtenu le prix Nobel de la paix pour le travail accompli.

Ce rapport de l’ONU a non seulement rejeté la thèse défendue par Damas et Moscou, mais également montré pourquoi leur scénario ne résiste pas à un examen minutieux du déroulement des événements tragiques.

***

Désormais, la responsabilité unique de l’armée de Bachar El-Assad dans le massacre au gaz sarin de la population rebelle de Khan Cheikhoun est établie. On peut donc se demander si la Russie va changer son fusil d’épaule, à la lumière du rapport onusien, et permettre au Conseil de sécurité des Nations unies d’adopter une résolution contre son client. Mais, si le passé est garant d’avenir, on ne peut envisager une telle éventualité. Si les Américains et leurs alliés occidentaux insistent, le parrain russe pourra encore une fois faire usage de son droit de veto pour protéger son vassal. Nikki Haley devrait le savoir. C'est dire la division du Conseil de sécurité et le blocage de la voie de l'ONU dans le dossier syrien. Aussi, l'attaque de la ville rebelle de 52 972 habitants (recensement de 2011) a montré que Damas n’a pas livré tout son stock d’armes chimiques à l’OIAC. Que vont donc faire les Nations unies à la lumière de cette révélation? Vont-elles fermer les yeux?

7 septembre 2017



** L'ambassadrice Nikki Haley au Conseil de sécurité de l'ONU. Crédit de l'image: sa page Facebook.


Réagissez à cet article !
Pour écrire votre réaction, nous vous encourageons à devenir membre de Tolerance.ca® ou de vous identifier si vous êtes déjà membre. Vous pouvez poster une réaction sans devenir membre, mais vous devrez compléter vos informations personnelles pour chaque réaction.

Devenir membre (gratuit)   |   S'identifier

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®. Vous devez lire Les règlements et conditions de Tolerance.ca® et les accepter en cochant la case ci-dessous avant de pouvoir soumettre votre message.
Votre nom :
Courriel :
Titre :
Message :
 
  J'ai lu et accepté les règlements et conditions de Tolerance.ca®.
Chronique
Cet article fait partie de

La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

Lisez les autres articles de Aziz Enhaili
Suivez-nous sur ...
Facebook Twitter