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#Charlottesville: Un rassemblement de suprémacistes blancs tourne au drame

Avec l'élection du président Trump, l'extrême droite américaine se mobilise et fait parler d'elle de plus en plus. Pour accroître sa visibilité et sa capacité de recrutement par la même occasion, elle transforme les rassemblements en démonstration de force.

L’élection du premier président noir de l’histoire des États-Unis, en l’occurrence Barack Hussein Obama, était mal accueillie et mal vécue par l’extrême droite de son pays. En 2016, celle-ci a vu dans l’ancien magnat de l’immobilier son candidat. Elle s’est donc mobilisée pour qu’il soit élu. Une fois à la Maison-Blanche, le président républicain a fait de Steven Bannon, une des figures de cette droite identitaire, son stratège politique en chef. Il a également coopté d’autres collaborateurs issus de cette sensibilité. Enfin, il n’a pas renoncé à sa rhétorique xénophobe de la récente campagne électorale.

Démonstration de force des suprémacistes à Charlottesville

Depuis, le génie est sorti de sa bouteille... L’extrême droite se sent les coudées franches. Elle prétend que l’élection du président Trump légitime son discours raciste (elle appelle cela le nationalisme blanc). Dans ce contexte, le nombre des attaques contre des personnes et des institutions communautaires juives et musulmanes a pris des proportions inquiétantes. Mêmes des cimetières n’ont pas été épargnés. Il y a une dizaine de jours, une mosquée au Minnesota a été attaquée à l’explosif. Des Afro-Américains ont eux aussi eu leur part de cette campagne de haine.

Pour l’extrême droite, toutes les occasions sont à saisir pour faire parler d’elle. Elle y voit une manière de se faire de la publicité et d’attirer de nouvelles recrues parmi la population caucasienne. Dans ce contexte, on peut comprendre son empressement à exploiter la décision au début de cette année de la municipalité de Charlottesville (Virginie) de déplacer du jardin de l’Emancipation, où elle trône depuis 1924, la statue de Robert E. Lee (1807-1870). Pour rappel, ce général en chef de l’armée confédérée pendant la guerre civile était un esclavagiste cruel. Après sa défaite à Gettysburg, il s'est rendu au général de l’Union Ulysses S. Grant en 1865.

Le conseil de Charlottesville n’est pas le premier à avoir envisagé de déboulonner d’une place publique une statue du général sudiste, puisque celui du New Orléans l’avait fait en 2015. Toujours dans le cadre de la guerre contre les symboles de la ségrégation et du racisme, Nikki Haley, l’actuelle représentante permanente des États-Unis à l’ONU et gouverneure à l’époque de Caroline du Sud, avait la même année retiré le drapeau confédéré des jardins du parlement de l'Etat. La même année, le gouverneur de l’Alabama, Robert Bentley, avait fait retirer du devant du siège du Capitole de l’État à Montgomery quatre de ces bannières qui flottaient autour d’un monument dédié à la mémoire des soldats confédérés. Les deux gouverneurs républicain  l’avaient fait dans le contexte du massacre perpétré par Dylann Roof (21 ans), un jeune suprémaciste blanc, dans l’Emanuel African Methodist Episcopal, une église historique pour les Afro-américains de Charleston, en Caroline du Sud.

L’extrême droite a donc sonné le tocsin et donné rendez-vous à ses troupes pour manifester, le samedi 12 août, à Charlottesville, une ville où vivent 46 597 habitants (2015). Dans la nuit du 11 au 12 août, le campus universitaire de la paisible ville de Virginie a vu défiler des membres du Ku Klux Klan, des Néonazis de l’Alt-right et des membres d’autres groupuscules suprémacistes blancs, dont Vanguard America. Ils avaient à la main des torches et des drapeaux nazis et confédérés. Ils faisaient des saluts nazis et criaient des slogans racistes. Plusieurs d’entre eux portaient des tenues paramilitaires et avaient des fusils semi-automatiques.

Le samedi, le rassemblement suprémaciste blanc a débuté officiellement. Pour prévenir toute violence, le sexagénaire gouverneur démocrate de l’État, Terry McAuliffe (élu en 2014), a appelé la population à ne pas se rendre cette journée à l’Emancipation Park. Il a au passage décrété un état d’urgence à Charlottesville pour pouvoir mobiliser davantage de policiers. La police anti-émeute et la Garde nationale de l’État ont été mis mobilisées pour la circonstance.

Les craintes des autorités se sont rapidement révélées fondées. Plusieurs heurts violents se sont produits entre suprémacistes et groupes antiracistes. Ils se sont échangés insultes, coups de poing et de bâton. Cette violence a incité la police à mettre un terme à la manifestation suprématiste en fin de matinée. Si les suprémacistes blancs pouvaient se réjouir de la tenue en soi de leur rassemblement puisqu’il leur a fourni l’occasion de faire parler d’eux dans les réseaux de télévision nationale, les milieux antiracistes pouvaient pour leur part voir une victoire dans la fin abrupte de la manifestation. Mais, un suprémaciste blanc originaire de l’État de l’Ohio avait délibérément décidé d’assombrir la joie des antiracistes. Au début de l’après-midi, James Alex Fields (20 ans) a foncé à vive allure avec sa voiture Dodge Challenger de couleur argent sur un groupe de militants antiracistes. Il a tué Heather Heyer, une avocate âgée de 32 ans, et blessé 19 personnes, dont cinq sont dans un état grave. Il a été rapidement arrêté. Cette attaque à la voiture rappelle un des modus operandi du groupe terroriste État islamique. Elle a également été utilisée par l'extrême droite en Europe, notamment en Grande-Bretagne, contre des musulmans.

Le lendemain du drame, l’organisateur du rassemblement suprémaciste, Jason Kessler, a, lors d’une conférence de presse improvisée, accusé les forces de l’ordre et les groupes antiracistes d’être les vrais responsables de ce qui c’était passé la veille et en a blâmé ce qu’il a qualifié de "haine des Blancs." Le blogueur n’a pas pu dire davantage et a dû rapidement quitter les lieux, après avoir provoqué les insultes et la colère de plusieurs dans le public.

C’est l’état de choc dans le pays de Donald J. Trump suite au drame.

Le maire démocrate de Charlottesville, Mike Signer (élu en 2016), s’est d’abord dit, dans un tweet, "révolté et écœuré par cette collision automobile qui a fait beaucoup de blessés," avant d’ajouter un peu plus tard "(avoir) le cœur brisé qu’une vie humaine ait été perdue." Le lendemain, il a, à l’antenne de NBC, parlé d’une "attaque terroriste."

Un autre drame a alourdi le bilan des victimes. Deux policiers de l’État ont perdu la vie quand l’hélicoptère dans lequel ils se trouvaient pour surveiller ce qui se passait s’était écrasé.

Plusieurs membres de la famille et de l’administration Trump n’ont pas tourné autour du pot pour exprimer ce qu’ils pensaient de ce qui c’était passé à Charlottesville. Melania, la propre femme du président, a tweeté bien avant son mari. Elle l’a fait à 9 heures 36 minutes de la matinée du samedi. Pour elle, si les États-Unis encouragent la liberté d’expression, il vaudrait mieux "communiquer sans haine dans nos cœurs (puisqu’) aucun bien ne ressort de la violence" (Our country encourages freedom of speech, but let's communicate w/o hate in our hearts. No good comes from violence. #Charlottesville). Ce message lui a valu plus de 21 000 commentaires. Si 126 723 tweeteurs l’ont apprécié, 36 189 l’ont retweeté. La fille et adjointe de Donald Trump, Ivanka, a été, dès 8 heures 09 minutes de la matinée du dimanche, plus claire et plus tranchée. Elle a, dans un message en deux parties, dénoncé, sans le moindre détour, les Néo-nazis: "Il ne devrait y avoir aucune place dans notre société pour le racisme, le suprémacisme blanc et les néo-nazis. Nous devons tous nous rassembler en tant qu’Américains –et être un pays UNI" (1:2 There should be no place in society for racism, white supremacy and neo-nazis. 2:2 We must all come together as Americans -- and be one country UNITED. #Charlottesville). La première partie du message d’Ivanka a suscité 9393 réactions et 6335 retweets et 28 867 likes. La seconde partie a provoqué plus de réactions encore: 27 946 commentaires, 67 763 likes et 15 891 retweetes.

Le ministre de la justice Sessions a de son côté qualifié de ''terroriste'' le meurtre de Heather Heyer. Même constat pour le conseiller à la sécurité nationale de Donald J. Trump, le général HR McMaster.

Au lieu de faire acte de leadership et prononcer les mots que plusieurs Américains espéraient entendre de sa bouche, le président Trump a préféré renvoyer l’extrême droite et les manifestants antiracistes dos à dos: "Nous condamnons, en les termes les plus forts cette flagrante démonstration de haine, de sectarisme et de violence, de plusieurs bords." Suscitant la colère des uns et un surcroît de pressions politiques de l’autre. Dans son camp, plusieurs sénateurs, dont Cordy Gardner (Colorado), Marco Rubio (Floride) ou Orrin Hatch (Utah), lui ont demandé d'appeler un chat un chat. Dans le camp démocrate, plusieurs lui ont transmis la même doléance.

Ce lundi, le procureur a accusé le suprémaciste blanc James Alex Fields de meurtre au deuxième degré. Le juge lui a quant à lui refusé la liberté provisoire.

***

Donald J. Trump a encore une fois échoué le test de leadership. Choqué par l’attaque terroriste perpétrée par un suprémaciste blanc, le pays s’attendait de la part de son président à ce qu'il agisse rapidement en chef de la nation. Mais, au lieu de prendre le taureau par les cornes et appeler un chat un chat, il a préféré patiner. S'isolant un peu plus au sein de son propre camp.

14 août 2017



** Une bannière avec l'image de Heather Heyer. Crédit de l'image: Twitter.


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Le monde de Donald J. Trump
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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