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Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.
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Observatoire des droits humains
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L'identité québécoise est-elle inclusive ?

par
Ph.D., Université de Montréal, Directeur, Tolerance.ca®

Fondé en 2002 par Victor Teboul, le magazine Tolerance.ca a été appelé à intervenir sur plusieurs sujets. Son directeur a été l'invité notamment du groupe de réflexion «Les Sceptiques«. Sa conférence portait sur l'identité québécoise.

Les Québécois dont la générosité est légendaire partagent-ils pour autant leur identité ? Sont-ils prêts à considérer comme Québécois ceux et celles dont les origines ne sont pas canadiennes-françaises ? Quelles sont les étapes à franchir pour être admis au sein de la grande famille québécoise ? Ceux et celles qui ont des origines autres que canadiennes-françaises sont-ils prêts, par ailleurs, à se considérer québécois ? 

Ce sont là les questions auxquelles a tenté de répondre le directeur de Tolerance.ca ® dans le cadre de la conférence qu’il prononçait au centre Saint-Pierre à l’invitation du groupe «Les Sceptiques».

_____________

La notion contemporaine de « Québécois », faut-il le préciser, est relativement récente, désignant d’abord en 1960 les Canadiens dits « français ». À la fin des années 1960, le Parti québécois s’arrogea même cette désignation prétendant représenter les aspirations de tous les Québécois, quoique René Lévesque, un des fondateurs de cette formation, lui-même reconnût que c’était un peu prétentieux que de s’approprier cette appellation.

Il y avait de quoi se réjouir lorsque le terme de «Québécois» s’est répandu, car le terme de «Canadien français», plus restrictif, désignait davantage une ethnie qu’une nationalité. Ce néologisme englobait tous ceux et toutes celles qui habitaient le territoire du Québec. En théorie, tout habitant du territoire québécois pouvait alors s’y identifier.

Si, à mon arrivée au Québec au moment de la Révolution tranquille, je me demandais si je pouvais un jour devenir canadien-français, voilà que le terme de «Québécois», plus englobant, répondait à mes interrogations et m’invitait à me joindre à cette nouvelle nation qui était en cours de formation. D’ailleurs, le mouvement souverainiste s’ouvrait aussi aux autres ethnies, Lévesque répètera souvent, à ceux qui estimaient encore que le terme de «Québécois» désignait un seul groupe, que tous ceux et toutes celles qui payaient leurs taxes au Québec étaient des Québécois.

À l’inverse, le terme de «Canadiens français» était si étroitement associé aux catholiques parlant français, que lorsque je révélais mon identité juive à mes interlocuteurs, certains d’entre eux réagissaient en répondant que j’étais sans doute un juif catholique puisque je m’exprimais en français !

Langue et religion autrefois inextricablement liées

Il est vrai qu’arrivant de France et imprégné de l’accent parisien, j’avais plusieurs obstacles culturels à franchir. Et on ne manquait pas de me poser des questions sur mes origines. Un étranger parlant français était à l’époque plutôt une exception, il était plus facile de se joindre au groupe anglophone où l’on posait moins de questions sur les origines d’un nouvel arrivant. Le milieu anglophone était plus habitué à une certaine forme de pluralisme, et l’accessibilité aux études, plus particulièrement aux cours du soir conduisant à un diplôme reconnu, y était également davantage facilitée, notamment à l’Université Sir George Williams, devenue depuis, l’Université Concordia. Il n’était pas facile de s’intégrer non plus dans le milieu de travail francophone, lui-même plutôt restreint jusqu’aux années 1970. J’ai évoqué cette période dans mon roman Que Dieu vous garde de l’homme silencieux quand il se met soudain à parler, publié en 1999.

Depuis, les choses ont heureusement beaucoup changé, mais il n’est pas sûr pour autant que la définition de l’identité québécoise se soit élargie.

La tolérance des Québécois et la définition de leur identité


Il existe un paradoxe entre, d’une part, l’esprit de tolérance des Québécois, reflété d’ailleurs dans les lois et les actes officiels du Québec, et une certaine réticence de leur part à inclure les Québécois d’une autre origine que canadienne-française dans la définition qu’ils se donnent de la nation québécoise.

J’ai tenté pour ma part de m’approprier la littérature et l’histoire du Québec afin de me trouver des points de repère qui me permettraient de m’identifier à la nation québécoise car, pour moi, l’histoire tient une importance appréciable dans le développement du sens d’appartenance. Appartenir à une nation, c’est aussi faire sienne son histoire. C’est aussi inclure dans son identité les luttes qui ont permis de changer les mentalités. Ces faits historiques me servent de points de repères identitaires.

Parmi ces derniers, il ne m’est pas indifférent de savoir, par exemple, que le Québec a accordé des droits politiques aux Juifs dès 1832 et qu’il a devancé à cet égard la Grande-Bretagne de 25 ans, même si Ezéchiel Hart, le premier député juif à être élu par des Canadiens français à l’Assemblée législative du Québec, sera subséquemment exclu de la Chambre par ses pairs.

Dans mes démarches de réappropriation de l’histoire, j’ai découvert aussi des événements au cours desquels s’étaient manifestées des tensions, parfois assez dramatiques, entre les groupes,

Le cas du Dr Samuel Rabinovitch

Je me suis intéressé personnellement au cas du docteur Samuel Rabinovitch, ce jeune médecin juif, qui fut engagé en 1934 comme interne à l’hôpital Notre-Dame de Montréal et qui a été rejeté par les internes canadiens-français. Ces derniers déclencheront une grève pour exiger son renvoi parce qu’il était juif et leur arrêt de travail perturbera les services de plusieurs hôpitaux environnants. Bien que ces moments d’exclusion ne soient ni spécifiques ni exclusifs au Québec, je sens toujours un malaise lorsqu’on les évoque. Il faut pourtant bien connaître ces moments difficiles lorsqu’on se penche sur le concept de notre identité en tant que Québécois. Ces moments sont des étapes marquantes de notre évolution, d’autant plus que des voix québécoises vont s’élever contre ces actes de discrimination flagrante. Ces voix, certes minoritaires à l’époque, sont néanmoins présentes, et elles contribueront à lutter contre l’exclusion.



Parmi ceux qui condamnent l’action des médecins grévistes de l’Hôpital Notre-Dame, notons le rôle d’Olivar Asselin qui s’éleva pour dénoncer à la une du journal L’Ordre leur comportement. D’autres Québécois dénonceront aussi les attitudes antisémites de cette période, tel Jean-Charles Harvey dans son journal Le Jour. Olivar Asselin, Jean-Charles Harvey, sont, pour moi, des points de repère, des figures phares, qui méritent d’être davantage reconnus parce qu’ils ont contribué au changement des mentalités. C’est pour cela que j’ai consacré un ouvrage à Jean-Charles Harvey et à son journal Le Jour : Le Jour. Émergence du libéralisme moderne au Québec, publié aux éditions HMH.

Cela a été important pour moi de savoir que si Rabinovitch et d’autres ont été victimes d’exclusion, ils n’étaient pas seuls et que d’autres Québécois sont venus à leur défense. J’ai essayé de comprendre ce qui s’est passé en fouillant la correspondance du médecin et en prenant contact avec ce dernier, dans les années 1990, alors qu’il continuait de pratiquer sa profession à un âge bien avancé. Je n’étais pas étonné qu’il fût réticent d’évoquer cette période difficile. Je l’étais moins toutefois de l’entendre dire qu’il était très reconnaissant à l’administration de l’hôpital qui, d’après lui, n’approuvait pas du tout l’action des internes.

J’estime que l’histoire du Québec recèle des trésors qui nous feraient mieux connaître les batailles qui nous ont permis de nous affranchir des vieux préjugés et des vieux tabous. Ce sont des récits passionnants dont devraient s’emparer les scénaristes, les réalisateurs et les éducateurs afin que les générations futures, quelles que soient leurs origines, prennent connaissance des luttes pour les droits qui ont eu cours au Québec, au-delà des combats pour la survie de la langue française, et qu’elles se sentent fières d’appartenir à la société québécoise. Je me suis intéressé à l’histoire des idées pour comprendre ces luttes qui ont contribué à nous faire évoluer, au-delà des frictions avec le Canada anglais, qui ont trop souvent monopolisé le récit de cette histoire.

La littérature comme véhicule de stéréotypes

J’ai essayé de voir aussi du côté de la littérature si je pouvais trouver des points de repères. Au début, en lisant certaines œuvres, écrites antérieurement aux années 1960, j’avais l’impression qu’elles avaient été rédigées pour être lues uniquement par des Canadiens français, comme si leurs auteurs ne pensaient pas qu’elles auraient pu être lues par d’autres francophones ou même par des lecteurs parlant une autre langue que le français.

En préparant ma maîtrise en littérature à l’Université McGill, j’avais décidé de rédiger mon mémoire sur l’image du Juif dans la littérature québécoise et l’éminent critique, Jean Éthier-Blais, professeur à cette université, avait accepté de la diriger. Mes recherches me conduisirent à analyser la revue L’Action française que dirigeait l’abbé Groulx, mais je dus modifier mes thèses originales pour les faire accepter par mon directeur de mémoire. M. Jean Éthier-Blais avait en effet beaucoup de difficultés à accepter ce que mes recherches révélaient. Il ne pouvait admettre que cette revue et d’autres publications nationalistes de l’époque, comme également certains romans, aient pu véhiculer des stéréotypes antisémites.

Pourtant, M. Éthier-Blais manifestait une grande ouverture à l’égard de ceux qui étaient d’une autre origine que canadienne-française.

Mon premier essai Mythe et images du Juif au Québec ne ressemblait donc pas du tout à mon mémoire de maîtrise ! Sa publication fit l’effet d’une bombe. Le livre fut publié tandis que le Parti québécois venait de prendre le pouvoir en 1976, et dans certains milieux, on pensait que la publication de l’ouvrage avait été orchestrée par la communauté juive anglophone, qui, on le sait, était plutôt terrorisée à l’idée qu’un parti sécessionniste prît le pouvoir à Québec !

Je découvrais que le monde des lettres aussi pouvait véhiculer des stéréotypes et je tenais à les dénoncer. Mais il n’a pas été facile de critiquer publiquement la littérature québécoise. Ce fut difficile car les œuvres du Québec appartenaient à un domaine intouchable. La littérature – tout comme l’histoire – constituait une des cordes sensibles de l’identité québécoise, comme si en dénonçant certaines images stéréotypées des étrangers - et celles des juifs en particulier – que les œuvres dépeignaient, je remettais en question une certaine pureté, une certaine innocence du Québec.

Le livre fit l’objet de nombreuses recensions. Parmi les critiques littéraires les plus connus, Jacques Renaud, l’auteur du célèbre roman Le Cassé, alors critique au Devoir et l’écrivain Jacques Ferron, critique au journal indépendantiste Le Jour, lui consacrèrent de longs articles. Je constatai qu’un certain malaise s’en dégageait. Au Québec, on acceptait mal la critique lorsqu’elle prenait pour objet les œuvres littéraires et peut-être même encore plus difficilement lorsqu’elle provenait d’un membre «étranger» à la famille. Je demeure toujours perplexe, par ailleurs, que, avant que j’entreprenne ma propre critique, des personnalités engagées dans le domaine littéraire, et à fortiori dans le rapprochement intercommunautaire, ne se soient pas aventurées à questionner ces œuvres très connues, et dont certaines sont même des classiques de notre littérature.

Un des rares écrivains à avoir franchement accepté mes critiques fut l’écrivain Yves Thériault, auteur du roman Aaron, un classique de la littérature québécoise, dont l’intrigue se situe dans un univers juif de Montréal. Thériault eut même un certain plaisir à me lire. Il exprima sa pensée avec une sincérité désarmante.

« Pensez que nous y passons à peu près tous, même Gabrielle Roy, même Laurendeau, et je l'ai déjà nommé, Yvon Deschamps. Romanciers, critiques littéraires, critiques de cinéma, essayistes, éditorialistes, et jusqu'à Lionel Groulx. L'épluchage a été total, les citations abondantes et bien commentées (...) un livre aussi révélateur que fascinant. » a-t-il écrit dans Le Livre d’Ici. (Vol. 3, No 40, 1978-07-12, p.1.)



L’accueil chaleureux qu’il fit à mon ouvrage m’incita à aller le rencontrer. J’enregistrai un entretien d’une heure avec lui dans le cadre de la série sur la communauté juive que je préparais et que j’ai animée à la radio de Radio-Canada.


L’humour et les stéréotypes : ma rencontre avec l'humoriste Yvon Deschamps   



Un humoriste québécois qui s’est interrogé sur les stéréotypes et les a exploités afin de confronter le public à ses propres préjugés est Yvon Deschamps. J’adore ce grand humoriste parce qu’il sait utiliser l’humour pour nous faire réfléchir. Ses monologues provocants visent à nous sensibiliser à nos propres comportements. Il y réussit souvent, mais pas toujours. À preuve, son monologue intitulé Histoire sainte : la création, qui date des années 1970.

On sait qu’Yvon Deschamps a critiqué, dans ses célèbres monologues, les stéréotypes accolés à divers groupes sociaux, les femmes, les hommes, les handicapés, les syndicats, les minorités… Mais des membres de ces groupes étaient toujours présents dans la salle lors de ses représentations, et Deschamps pouvait évaluer leurs réactions et en tenir compte. D’ailleurs lorsqu’on écoute les enregistrements des spectacles, on découvre que Deschamps entretenait (comme il le fait encore) des rapports d’interaction avec son auditoire. Ce qui n’est pas le cas pour les juifs, en grande majorité anglophones, qui sont absents, lors des représentations de l’humoriste.

J’ai rencontré Yvon Deschamps à la fin des années 1980. L’interview, dont quelques extraits suivent, est demeurée inédite, les grands quotidiens québécois ayant refusé de la publier.

Mon entretien avec Yvon Deschamps

J’abordai plusieurs aspects avec Yvon Deschamps, notamment la spécificité de l’humour québécois.

Yvon Deschamps : La spécificité de tout humour est la même partout. On parle toujours des mêmes thèmes, mais l’humour est véhiculé par des êtres différents, qui ont une culture différente et, finalement, disent tous les mêmes choses, mais avec des petites nuances. Si je regarde les Français ou les Américains à partir des années 1950, on a tous écrit sur les mêmes affaires, sauf qu’on a des différences, parce que notre quotidien est différent. Si tu prends l’humour juif, par exemple, tu vas t’apercevoir que l’humour québécois lui ressemble beaucoup. Parce qu’il y a toujours une espèce de culpabilité en arrière de tout. Tu as peur d’être trop riche, d’être trop bien, d’être fin. Tu te sens coupable quand ça va bien. Tu te dis : il va sûrement arriver quelque chose.

V. Teboul : Est-ce que l’humour juif, celui de Woody Allen, par exemple, vous a influencé ?

Yvon Deschamps : Il est assez spécial de penser que l’humour américain est majoritairement juif. Et j’ai été influencé par cet humour là. C’est pas parce qu’on rit que c’est drôle.

V. Teboul : Avez-vous eu des problèmes avec des gens qui prenaient votre humour au premier degré ?

Y.Deschamps : Certainement, j’en ai eu beaucoup ! Je dois l’accepter, je n’ai pas de sous-titres. Je présente des personnages avec des défauts et des travers importants, sans rien expliquer. Je ne suis pas un preacher, mais un comique. Quand j’ai fait L’intolérance , qui est un monologue très dur qui finissait sur l’intolérance face aux juifs, ils disent qu’on a été banni de tous les Miracle Mart (magasins à grande surface, propriété de la famille Steinberg). Et j’ai eu une poursuite de la société B’nai Brith. Après avoir écouté mon monologue comme il faut, ils ont réalisé que c’était un pamphlet contre l’intolérance. Je me rappelle que je faisais une fois un monologue qui s’appelait Nigger black . Je ne savais pas qu’il y avait plein de Noirs dans l’auditoire et tous les gens riaient autour d’eux. Les Noirs sont montés sur la scène et je n’ai pas pu finir mon monologue.

V. Teboul : Ce dernier monologue était-il raciste ?

Y.Deschamps : Mais pas du tout. C’est un peu ce que Lenny Bruce faisait dans les années 1950. C’est de présenter, de mettre les gens devant un défaut énorme qui est là, qui fait partie de leur vie, mais qu’ils n’acceptent pas. Ils ne le voient pas. Il faut que tu le mettes assez gros pour qu’ils le voient.

Note de Victor Teboul - Au cours de l’entretien, j’observe qu’il désire susciter chez le Québécois une prise de conscience de ses propres préjugés. Mais je lui fais remarquer que l’Intolérance visait à confronter l’auditeur, tandis que dans La Création, monologue écrit plus tard, le Juif, incarné par le patriarche Abraham, est prêt à tout pour faire de l’argent – même à tuer son propre fils.  

Écoutez un extrait du monologue :  
 



 


V. Teboul : Comment expliquez-vous ça ?

Y. Deschamps : C’est le même processus, sauf que c’est en trois lignes. C’est la vision qu’on peut avoir qu’un Juif est quelqu’un qui veut faire de l’argent.

V. Teboul : Y croyez-vous ?

Y. Deschamps : Mais, non ! C’est dans nos mœurs. C’est difficile de se débarrasser de cette image-là. Si je parle de la violence du gars qui bat sa femme, les gens rient. Cela ne veut pas dire qu’ils n’y pensent pas par après. Mais, sur le coup, ils sont engagés dans un processus de rire. C’est un processus dont j’ai la maîtrise et que je mène à ma guise au cours d’un spectacle.

Note de V. Teboul - Je lui mentionne que les Juifs sont rarement dans la salle lorsqu’on rit d’eux.

Y. Deschamps : S’ils n’y sont pas c’est leur problème. Je ne peux pas aller les chercher chez eux, ils devraient être là.

*

Nous faisons face ici à une réalité qui n’est pas encore résolue et qui est au coeur même de l’idée d’identité, car comment inclure un groupe qui est peu présent dans certaines manifestations culturelles très populaires auprès des francophones ?

L’ambivalence identitaire

Si, à cause principalement de l’adoption des chartes québécoise et canadienne des droits et libertés, on ne s’aventurerait guère aujourd’hui à faire des blagues sur les minorités, il n’est pas sûr cependant que l’on ait intégré dans les mentalités le fait que l’on puisse être québécois tout en étant d’une autre origine, et cela trente après l’adoption de la Charte de la langue française qui a contraint les enfants issus de l’immigration à fréquenter l’école francophone. Un article de la revue L’Actualité (15 septembre 2007), consacré aux «Enfants de la loi 101», donnait la parole à des anciens d’une école multiethnique québécoise et, de façon significative, aucun de ceux qui étaient interviewés ne se sentait québécois ; ils reconnaissaient ressentir plutôt une «ambiguïté perpétuelle» quant à leur identité.

Or, faut-il leur signaler, ce ne sont pas seulement eux qui baignent dans l’ambiguïté, mais la notion de «Québécois» elle-même. Mentionnons au passage ce tiraillement constant entre l’identité québécoise et canadienne. On entend souvent l’expression « au Québec et au Canada », plutôt que « au Québec et dans le reste du Canada », comme si ces deux concepts formaient deux réalités distinctes. Un nouvel arrivant doit donc composer avec cette ambivalence et réaliser qu’au Canada - et au Québec - existent deux nations.

J’ai été frappé de découvrir le reflet de cette ambivalence identitaire dans les paroles mêmes de l’hymne national canadien. Dans mon roman Que Dieu vous garde de l’homme silencieux quand il se met soudain à parler, j’ai voulu décrire de manière humoristique cette ambiguïté, car, au moment de l’obtention de la nationalité canadienne, les fonctionnaires, souhaitant se montrer accommodants, mettent à la disposition des aspirants à la citoyenneté leurs livres saints afin qu’ils puissent prêter serment. Mais, lorsqu’à la fin de la cérémonie on entonne la version française de l’hymne canadien, les nouveaux Canadiens, de confession musulmane, juive ou hindoue, sont tous étonnés d’avoir à invoquer les symboles de la religion catholique… De plus, ils seront surpris de découvrir que les versions française et anglaise du même hymne sont tout à fait différentes. En français, les paroles « porter la croix » et « foi trempée » dévoilent un passé glorieux et religieux, tandis qu’en anglais, c’est un chant à la gloire des rivières, des sapins et des grands espaces. Le dernier couplet en français constitue d’ailleurs une déclaration sans ambages liant la fierté d’être canadien à la religion chrétienne (et catholique) par ses paroles : « Amour sacré du trône et de l’autel », « Parmi les races étrangères, notre guide est la foi », et finalement, « Pour le Christ et le Roi ». Les immigrants d’autres confessions peuvent donc effectivement s’interroger sur le pluralisme canadien dont on leur fait régulièrement l’éloge.

L’existence de la nation québécoise a parfois même besoin d’être officiellement affirmée, comme si en adoptant certaines résolutions, nos parlementaires rendraient les choses plus claires. Rappelons comment, au niveau fédéral, les partis politiques de l’opposition - et en particulier le Bloc québécois qui prône la séparation du Québec – furent pris au dépourvu ne sachant quelle position adopter lorsque le gouvernement Harper, en novembre 2006, proposa de reconnaître que les Québécois formaient une nation. La résolution qui fut finalement adoptée par le parlement canadien reconnaissait l’existence de la nation québécoise au sein d’un Canada uni (sic) : « That this House recognize that the Québécois form a nation within a united Canada ».

Pourquoi, s’est-on interrogé dans les médias, a-t-on utilisé le terme « Québécois » dans la formulation anglaise de la motion ? Pour ne pas forcer ceux qui ne se sentent pas québécois d’adopter cette identité, a expliqué un ministre du gouvernement fédéral. On aurait donc le choix d’être ou de ne pas être québécois…

De plus, l’Assemblée nationale du Québec avait déjà adopté à l’unanimité une motion proclamant que le peuple québécois formait une nation.

Le terme « Québécois » semble, par ailleurs, s’appliquer difficilement aux Québécois d’origine étrangère. Dans le cadre d’une émission du populaire talk show québécois Tout le monde en parle, diffusée en hiver 2007, le premier ministre du Québec, M. Jean Charest, identifiait la députée Fatima Houda-Pépin comme une «Marocaine d’origine musulmane».

Les médias francophones et leur projection de l’identité québécoise

Un secteur important qui forge quotidiennement une ou plusieurs images de notre identité est, bien sûr, le secteur des médias francophones, un autre secteur qui a peu l’habitude d’être remis en question ou critiqué. Si l’on compare le moindrement les médias anglophones aux médias francophones, on s’apercevra très vite de la différence. Contrairement aux médias francophones, les médias anglophones ne donnent pas la parole à des individus parce qu’ils font partie de tel ou tel groupe ethnique. On voit dans les médias anglophones des individus appartenant à divers groupes ethnoculturels s’exprimant en fonction de leurs occupations et non en tant que membres d’une communauté culturelle. Ils représentent même souvent l’identité canadienne. Pensez à des animateurs de la télévision anglaise de Radio-Canada, tel George Stroumboulopoulos par exemple ou à tant d’autres journalistes ou animateurs dont les noms n’ont aucune consonance canadienne-anglaise «de souche». Cela est beaucoup plus rare dans nos médias, et ce trente ans après l’adoption de la Charte de la langue française qui a poussé les jeunes issus de l’immigration dans les écoles francophones. Les Masbourian, les Nuovo, les Foglia demeurent encore une exception.

De plus, dans les émissions d’information ou d’affaires publiques, les médias francophones ne donnent la parole à des Québécois d’autres origines ethniques que dans des moments de crise. Une exception récente, qui confirme la règle, a été la couverture des événements tragiques au collège anglophone Dawson, en septembre 2006. On put alors constater que plusieurs Québécois allophones pouvaient aussi s’exprimer adéquatement en français. Les médias ont donc un rôle à jouer pour élargir la notion d’identité québécoise.

Exception faite des artistes appartenant aux communautés noires, les professionnels de ces mêmes groupes, tels les médecins, les enseignants, les infirmiers, les directeurs d’écoles sont absents des informations télévisées, Pourtant, les Québécois d’autres origines prennent part à la vie sociale et économique de tous les jours, et ont le droit de la commenter sans rapport à leur ethnicité ou à leur religion. Également, les journalistes francophones ont plus tendance à rechercher les porte-parole (et souvent les mêmes) des groupes ethnoculturels plutôt que des individus issus de ces milieux dans leurs reportages. Est-ce à cause de leur méconnaissance de ces groupes ou est-ce la présence peu significative dans les médias francophones de journalistes issus de l’immigration ?

Par ailleurs, lorsque les membres de «communautés culturelles» (un qualificatif qui lui aussi les cantonne à des groupes monolithiques) apparaissent au petit écran, ils prennent la parole lors de crises ou de controverses culturelles, telle celle des accommodements raisonnables, de telle sorte qu’on pourrait même s’interroger si, dans de tels contextes, ils ne finissent pas par paraître, dans l’esprit du public, comme étant une source de problèmes. D’autant plus que les journalistes qui les interrogent sont presque exclusivement des Québécois de souche.

Mes Aïeux et «Dégénérations»

Un autre exemple qui montre bien qu’une certaine confusion persiste dans l’image que l’on projette de soi est la chanson Dégénérations du groupe Mes Aïeux. 

 



En écoutant cette chanson on peut bien se demander, lorsqu’on n’est pas d’origine canadienne-française, comment diable on pourrait s’inclure parmi les défricheurs des terres québécoises évoqués par les paroles de la chanson. Non pas bien sûr qu’il ne faille plus se rappeler les arrières-arrières-grands-pères des «pure laine», mais n’y aurait-il pas moyen de creuser un peu plus loin et d’intégrer peut-être aussi le périple migratoire de tous les habitants du Québec, dans lequel plusieurs tranches de générations québécoises, «pure laine», «pure soie» et «pur coton», pourraient s’identifier ?


Une enfance méditerranéenne

On me demande souvent d’où me vient cet intérêt -certains diraient cette fixation- pour le pluralisme. Sans doute que mon enfance méditerranéenne et ma famille multilingue n’y étaient pas étrangères. Natif d’Alexandrie, que j’ai dû quitter en 1956 durant la guerre de Suez, j’ai baigné dans un monde plurilingue que j’ai tenté de décrire dans La Lente découverte de l’étrangeté, publié en 2002. C’est vrai que je ressens parfois une certaine ambiance à Montréal qui ressemble à la vie cosmopolite que j’ai connue à Alexandrie.

Mais ce roman est aussi le récit d’une rupture, causée entre autres par une certaine indifférence à l’égard de la majorité arabe et de sa culture, qui n’a cessé de s’accentuer jusqu’au départ inévitable d’Égypte.

Dans La Lente découverte de l’étrangeté, j’ai essayé de cerner les raisons qui ont rompu l’harmonie cosmopolite d’Alexandrie. J’y évoque l’éveil légitime du nationalisme égyptien qui n’a pas su inclure, dans son combat, les groupes établis au pays depuis longtemps. De nombreux juifs seront chassés d’Égypte au milieu des années 1950 à la suite de la guerre de Suez.

Je me suis aussi aperçu en écrivant ce roman combien mon père n’éprouva jamais de rancune à l’endroit des Égyptiens et des injustices qu’il eut à subir durant ces moments difficiles. Au cours des événements de Suez, plusieurs centaines de juifs, dont mon père, furent jetés en prison, parce qu’ils ne détenaient pas de passeport égyptien et parce qu’ils étaient juifs. Si je n’ai jamais vraiment pardonné aux responsables ce qu’ils lui ont fait subir, je n’ai jamais entendu mon père proférer une quelconque injure à l’endroit du peuple égyptien. On m’a fait remarquer qu’il incarnait, dans mon roman, l’idée du pardon et de la tolérance. Je n’y avais pas vraiment pensé en l’écrivant. J’avais entamé un dialogue avec mon père dans La Lente découverte de l’étrangeté alors qu’il s’était éteint quelques années auparavant. Nous avions deux perceptions très différentes d’une même rupture.

L’affaire Michaud : lorsque la censure s'exerce au nom de la tolérance

En fait, c’est un événement de l’actualité québécoise qui me fera réfléchir sur la tolérance. Il s’agit de l’affaire Michaud. Cet aspirant candidat du Parti québécois dans une élection complémentaire et membre important de cette formation politique avait exprimé des propos considérés blessants à l’égard du peuple juif, et en particulier envers le B’nai Brith qu’il accusait d’être une organisation extrémiste. Une motion de blâme, adoptée unanimement par l’Assemblée nationale du Québec, le condamnera pour ces déclarations jugées racistes, en décembre 2000. Le Parti québécois, alors au pouvoir à Québec, désirait ainsi se dissocier clairement de tout propos considéré raciste exprimé par un de ses membres, propos que les nationalistes de naguère, comme on sait, ne s’empressaient guère de dénoncer.

Je considérais cette réaction démesurée. À mon avis, elle brimait sévèrement les droits fondamentaux de liberté d’expression et je fus étonné qu’aucun organisme de défense des droits ne s’élevât pour protester.

J’estimais que Michaud aurait dû être sévèrement critiqué plutôt qu’officiellement condamné. Cela lui aurait permis de corriger ses propos; ce qu’il a d’ailleurs fait plus tard.

Cette controverse au cours de laquelle le mot tolérance avait été utilisé à toutes les sauces, notamment dans le slogan «Tolérance zéro à l’intolérance» (entre autres par une représentante d’un organisme juif à laquelle j’ai senti la nécessité de répliquer), m’a poussé à une longue réflexion sur ce qu’on entendait par l’idée de tolérance.

Fondation du webzine Tolerance.ca ®

J’ai décidé de créer en 2002 un outil de réflexion sur la tolérance, qui tiendrait compte d’un principe fondamental non écrit dans aucune de nos lois ni de nos chartes. Il s’agit non pas de la liberté d’expression, principe généralement admis, mais de la place capitale qu’occupe dans toute société démocratique le sens critique. Il me semblait que ce qui nous avait permis d’évoluer en tant que Québécois et Canadiens, c’était la tension saine et féconde de la critique. Bien que tolérance signifie le respect de la liberté de penser et d’agir d’autrui, elle ne peut réussir à s’imposer sans interaction et compréhension, car elle doit susciter une évolution de part et d’autre. Cela n’apparaît possible qu’en valorisant le sens critique et la libre discussion dans le respect mutuel, bien sûr, des interlocuteurs, et non pas par le baîllonnement de l’expression. On devrait aussi insister davantage sur les réalisations de la société québécoise, réalisations accomplies dans l’harmonie, mais grâce à des débats vigoureux et parfois violents faut-il le reconnaître, si l’on pense à l’épisode du FLQ et à la crise d’Octobre 1970. Mais ce sont là des moments épisodiques qui ne caractérisent nullement notre société.

Cet outil de réflexion et d’information critique a pris la forme du magazine Tolerance.ca ®, publié sur Internet depuis 2002. Ce magazine publie des reportages, des enquêtes et des articles de fond sur les grands enjeux qui interpellent aujourd’hui nos sociétés et auquel contribuent également des spécialistes et des penseurs du Canada et de l’étranger. On y privilégie l’échange d’idées – la confrontation même de certains points de vue opposés – dans le but de parvenir à une meilleure compréhension et ainsi faire évoluer les mentalités. Connaître les autres cultures et les accepter ne signifie pas qu’il faille tout accepter d’elles, surtout si elles vont à l’encontre d’acquis fondamentaux, telle l’égalité entre les hommes et les femmes.

Le magazine fait appel aux services de professionnels (journalistes pigistes, réviseurs, traducteurs, photographes, webmestre) et une équipe d’une dizaine de professionnels bénévoles, sensibles à la tolérance dans nos sociétés pluriculturelles, y participent en tant que membres du groupe Tolerance.ca ® 

Tolerance.ca ®organise aussi des événements, notamment à la Maison des écrivains et dans divers établissements. Il en publie les comptes rendus sur le site. Voir les rubriques Campus, Campus Mag et Événements.

Les thèmes abordés sur Tolerance.ca ®

Ce « webzine » sur la tolérance aborde différents thèmes. Une série sur les Grandes figures de la tolérance a permis de faire connaître les personnalités québécoises et canadiennes qui ont fait évoluer la société vers cet idéal de tolérance active, tels Charles Taylor, Lucille Teasdale, John Humphrey ou l’avocat Julius Grey.


Dans les rubriques Campus et Campus Mag, Tolerance.ca ® propose des articles écrits parfois aussi par des étudiants de différents collèges et universités, mais édités par des professionnels. On y traite des sujets de l’heure qui préoccupent les étudiants, tels le multiculturalisme, le féminisme, l’homosexualité, le racisme et la diversité.

Dans d’autres rubriques, des points de vue minoritaires y sont aussi largement représentés, comme celui de Yakov Rabkin qui a publié une histoire de l’opposition juive au sionisme.

Préserver notre liberté d’expression

Mais cette indépendance se fait parfois aux dépens d’une certaine sécurité financière. Pour qu’on puisse s’exprimer librement, il faut en avoir les moyens. Si on veut obtenir l’appui des gouvernements ou celui d’autres partenaires, il faut aussi que ces derniers reconnaissent la nécessité de promouvoir ce sens critique. Or, lorsque vous devez la plupart du temps montrer que vous disposez d’appuis auprès des «communautés culturelles», admettons que cela soit plutôt difficile si vous remettez en question certaines thèses chères à ces mêmes communautés.

Ceux et celles qui se préoccupent de préserver les valeurs fondamentales de notre société, telle la liberté d’expression, devraient se pencher sur le pouvoir grandissant qu’exercent les groupes sur les individus, notamment sur les moyens mis à la disposition de ces groupes par les autorités. Dans cet esprit, Tolerance.ca ® privilégie des partenariats qui permettent de promouvoir le libre échange d’idées dans un contexte où l’on peut exercer son esprit critique. Il tente ainsi de contrecarrer les nombreux groupes de pressions qui exercent leur influence pour limiter la liberté d’expression et la libre discussion.

Enfin, il importe de préserver, au-delà des partis, des groupes religieux ou autres, l’esprit d’indépendance qui a toujours caractérisé les sociétés démocratiques et, au moment où au Québec on se penche sur les accommodements raisonnables, de promouvoir cet acquis fondamental tout en s’interrogeant sur l’évolution de l’identité québécoise. Car, dans le Québec des années 2000, les citoyens du Québec, quelles que soient leurs origines, continueront de parler français et forgeront sans doute une nouvelle identité, laquelle nécessitera, au-delà de la connaissance de la langue française, l’appartenance aux valeurs fondamentales du Québec en tant que société démocratique.

Pour plus d'information sur les ouvrages de Victor Teboul, veuiller cliquer ICI


La Lente découverte de l’étrangeté, roman, Éditions Les Intouchables.




Que Dieu vous garde de l’homme silencieux quand il se met soudain à parler, Éditions Les Intouchables.  




 

 

René Lévesque et la communauté juive, entretiens, Éditions Les Intouchables. 

 

 

Le Jour. Émergence du libéralisme moderne au Québec, essai, Éditions HMH.



 

 

 

 

 

Mythe et images du Juif au Québec, essai, disponible en bibliothèque seulement.



 

 

Pour en savoir plus

Pourquoi publier un webzine sur la tolérance

Yvon Deschamps, Monologues, Leméac, 1973.

Yvon Deschamps, L’Histoire Sainte (côté A), Le Positif (côté B), disque enregistré à la Place des Arts, octobre 1975, Éditions Kébec Spec (C.A.P.A.C).

Version remaniée du texte de la conférence « Ambiguïtés et ouverture de la nation québécoise. L'itinéraire d'un Québécois pur coton» prononcée le 13 mai 2007 au centre Saint-Pierre de Montréal à l’invitation du groupe Les Sceptiques du Québec.

29 janvier 2012
 


 



* Conférence du directeur de Tolerance.ca ® , Victor Teboul, au centre Saint-Pierre de Montréal. (Photo : Gunther Gamper)

** Un public nombreux a assisté à la conférence du directeur de Tolerance.ca ® , Victor Teboul, au centre Saint-Pierre de Montréal, à l’invitation du groupe Les Sceptiques. (Photo Gunther Gamper)

*** M. Yves Thériault en compagnie de Victor Teboul, lors de l’entrevue. Collection privée de V. Teboul.

**** Dans l’ordre habituel, M. Georges Dussault, M. Yvon Deschamps, Victor Teboul et Mme Sylvie Barry. Collection privée de V. Teboul.

***** Victor Teboul s’entretenant avec des membres de l’assistance.


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Le multicultiralisme est un atout pour leQuebec
par mohamed alami le 12 octobre 2007

D'apres ma lecture de cet article,je remarque que certains Quebecois dits de souche,ont des idees recues apropos d'autres gens dont les origines ne sont pasccanadiennes-francaises,mais,le QUebec,a toujours ete une terre accueillante,pour les gens venus d'ailleurs quelque soit leurs religions;leurs langues,la couleur de leur peau.....Je me demande quand est-ce que l'humanite oublierait ces differences,pour s'aimer,respecter et reconnaitre l'autre tel quel est.
LA TOLÉRANCE DES CULTURES
par Dormata le 15 octobre 2007

Sur la tolérance des cultures, le philosophe québécois, Charles Taylor disait : La tolérance ? « C'est une notion ambiguë très difficile à saisir. Car elle peut être entendue dans un sens péjoratif et traduire l'attitude que l'on adopte envers des gens que l'on n'aime pas : nous disons alors qu' ‘on les tolère’. Mais je crois qu'il existe une autre manière, plus vertueuse de la définir, et qui implique que l'on essaie de comprendre l'autre afin de trouver ce qu'il y a d'intéressant en lui. » Alors, peut-être que existent-t-ils deux tolérances : une tolérance forcée et oppressive et une tolérance libératrice. La première pratique une discrimination occulte à derrière d'une convivialité fictive et par contraste la deuxième fait la reconnaissance d'autre de la différance et pratique une convivialité réel avec lui. On ne connaît la culture qu'à travers les cultures, le langage qu'à travers les langues, la musique qu'à travers les musiques, l'Art qu'à travers les arts, l'amour qu'à travers des amours, la amitié qu'à travers des amitiés. C'est-à-dire que la relation entre l'unité et la diversité est inséparable. Ceux qui ne voient que la diversité occultent l'unité culturelle; ceux qui ne voient que l'unité occultent la diversité culturelle. Une culture riche est une culture qui, à la fois, sauvegarde et intègre. C’est une culture à la fois ouverte et unitaire. Les cultures sont imparfaites en elles-mêmes, comme nous sommes nous-mêmes imparfaits. Les cultures, constituent un mélange de superstitions, fictions, fixations, savoirs accumulés et non critiqués, erreurs grossières, vérités profondes. Les cultures peut-être comme nous, elles pouvaient apprendre à complémenter ses antagonismes et à faire la paix dans milieu des conflits. D'où ce paradoxe qui sera celui au commencement à l'heure du troisième millénaire : il faut à la fois préserver et ouvrir les cultures. Cela n'a, du reste, rien de novateur, car à la source de toutes les cultures, y compris celles qui semblent les plus singulières, il y a rencontre, association, syncrétisme, métissage. Toutes les cultures ont une possibilité d'assimiler en elles ce qui leur est d'abord ‘étranger’, du moins jusqu'à un certain seuil, variable selon leur vitalité, et au-delà duquel ce sont elles qui se font assimiler et / ou changer. Ainsi, la condition paradoxale des cultures selon un double impératif complexe dont nous ne pouvons annuler la contradiction interne—¿mais cette contradiction paradoxal peut-elle être dépassée et n'est-elle pas nécessaire à la vie même des cultures?—nous devons en même temps défendre les singularités culturelles et promouvoir les hybridations et les métissages. Il nous faut lier la sauvegarde des identités et la propagation d'une universalité métisse ou cosmopolite, qui tend à changer ces identités. ¿Comment intégrer sans désintégrer ? Le problème se pose dramatiquement pour les cultures autochtones. Il faudrait savoir les faire profiter des avantages de la civilisation occidentale, mais savoir les aider à conserver les secrets de leur sagesse propre, de leurs savoir-faire millénaires et leurs connaissances de la nature. Il s'agirait d'aller vers une société universelle fondée sur l’intelligence de la diversité et non sur le manque d'intelligence de l'homogénéité, ce qui nous amène à une double exigence, qui porte en elle sa contradiction paradoxal, et ne peut se féconder que dans la contradiction : partout préserver, étendre, cultiver, développer l'unité planétaire; partout préserver, étendre, cultiver, développer la diversité. Aussi, il faut laisser aller des humaines et les cultures vers le métissage généralisé et diversifié, lui-même diversifiant en retour. Les interdits porteurs de ségrégation, qui, dans l'ère de la diaspora humaine des immigrations, constituaient les défenses immunologiques des cultures traditionnelles, sont devenus des obstacles à la communication, à la compréhension et à la création dans l'ère planétaire. Les mêleurs de style sont considérés comme des confusionnistes; les métis d'ethnies sont rejetés comme bâtards et hérétiques par leurs communautés d'origine, peut-être à nom péyoratif ‘des accommodements raisonnables’. Telle comment aujourd'hui se passer avec la Grande enquête sur la tolérance des Québécois sur les pratiques ‘d'accommodements’ appelles ‘raisonnables’ reliées aux différences culturelles. Selon une consultation dans tout le Québec pour prendre le pouls des Québécois sur cette question ‘des accommodements raisonnables’. Mais, l'humanité est à la fois une et multiple. Sa richesse est dans la diversité des cultures, mais nous pouvons et devons communiquer les uns les autres dans la même identité terrienne C'est en devenant vraiment citoyens du monde, partageant une même culture planétaire, que nous deviendrons vigilants et respectueux des héritages culturels. Et peut-être qui des cultures sont comme nous sommes et aussi comme nous avons une citoyenneté planétaire polycentrique et pluricentrique et une identité multiple pluriethnique et pluriculturel dans l'horizon des horizons de l'anthropoéthique comme éthique du genre humain, et comme une même communauté de destin. "Ramón Armando Garzón Mendoza"
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