Tolerance.ca
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.

La plage, nouveau lieu de la contestation au Maroc

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le mouvement social dans le Rif marocain, ou #Hirak populaire, continue de manifester pour ses demandes sociales et économiques. Pour faire face à la répression et aux obstacles dressés sur son chemin par l’État, il innove.

Cela fait huit mois que la ville d’Al#Hoceima et les localités avoisinantes, dont Imezouren, dans le nord du Maroc, sont le théâtre de manifestations populaires qui ne donnent aucun répit aux forces de l’ordre. Ce mouvement social veut voir sa province dotée d’une université et d’un hôpital spécialisé dans le traitement du cancer et des investissements pour permettre la création d’emplois pour ses jeunes chômeurs. S'ils demandent un hôpital spécialisé dans le traitement de cette maladie, c'est en raison d'un taux régional de prévalence supérieur à la moyenne nationale. Comme c’est une région conservatrice, les familles souvent ne permettent pas à leurs filles de fréquenter les universités dans les autres régions du pays. Si elles insistent sur la demande de construction d’une université dans leur province, c’est pour ne plus priver leurs filles d’accès au haut savoir.

Mouiller son pantalon d’agent de sécurité face au #Hirak à Al-Hoceima

Au lieu de prêter une oreille attentive à ces demandes et leur répondre favorablement, les autorités ont fait le choix d’une approche répressive. Plus de cent manifestants sont depuis derrière les barreaux. Si une partie d’entre eux a été condamnée à des peines de prison allant jusqu’à 18 mois, les autres attendent leurs procès. En parallèle à cette campagne répressive, des médias et relais intellectuels ont été mobilisés pour essayer de convaincre la population du reste du pays d’une série de théories de complot, toutes fumeuses les unes que les autres. Ce qui en dit long sur cette tendance ancrée dans les us et coutumes du pouvoir et qui consiste à infantiliser la population.

Après avoir réussi, tant bien que mal, durant sept mois à manifester pacifiquement dans des places et boulevards ou rues à Al-Hoceima et dans d’autres localités environnantes, le #Hirak a vu les autorités multiplier les obstacles devant lui, rendant quasi impossible ses rassemblements. Il fallait donc trouver une solution pour continuer sa mobilisation. C'est pourquoi durant le dernier Ramadan, mois du jeûne des musulmans, on a vu les terrasses des maisons se transformer, durant deux nuits consécutives, en lieux de manifestation, après la prière des taraouih. L’occasion de fermer les lumières et de participer à un concert très couru de casseroles. Ce nouveau type de mobilisation a eu un succès énorme et a pris de cours les forces de l'ordre.

Avec la série d’obstacles dressés sur la route du #Hirak et la répression particulièrement violente de la manifestation du jour de l’Eïd Al-Fitr, la fête qui signe la fin du mois de Ramadan, les autorités ont cru avoir fini avec le mouvement social. Erreur!

Le #Hirak a déplacé cette semaine le terrain de la manifestation à la plage. Toute une innovation pour les mouvements sociaux au Maroc. Ce qui représente un succès pour les appels lancés cette semaine en ce sens sur les réseaux sociaux. Cela a donné lieu à des images hallucinantes qui ont circulé sur Facebook et Twitter et des vidéos partagées sur YouTube et qui montrent les manifestants faisant face à des forces de l’ordre prêtes à en découdre avec eux.

Le passage à l’acte a commencé le 29 juin dernier. Au cours de cette journée du jeudi, des dizaines de jeunes de la ville d’Al-Hoceima ont manifesté sur la plage de Quemado. L'occasion pour eux de soutenir les prisonniers du #Hirak, d'appeler à leur libération et de rappeler aux autorités les demandes sociales et économiques de leur mouvement social. Ils l’ont fait depuis la mer où ils tenaient leur sit-in. Les autorités ont alors accouru sur les lieux pour y mettre un terme.

Ce dimanche, des dizaines de membres des forces de l’ordre ont fait leur descente sur la plage pour disperser un rassemblement de jeunes d’Al-Hoceima. Les manifestants ont cette fois aussi demandé à l’État la libération de tous les détenus du #Hirak et la réalisation de leurs demandes sociales et économiques. On les a aussi entendu crier le même slogan qui revient lors des manifestations: "une chose est sûre: l’État est corrompu!"

Dans une des images qui ont été partagées aujourd'hui sur les réseaux sociaux, on voit les forces de l’ordre former une sorte de mur. Dans une autre, on les voit, les bottes dans l’eau, faire face à des jeunes portant des maillots de bain. Visiblement, ils n’étaient pas bien équipés pour courir sur la plage en cas de besoin.

***

L’approche répressive privilégiée par l’État marocain pour faire plier le mouvement social pacifique dans le Rif n’est pas parvenue à ses fins. Au lieu de retourner chez eux, les manifestants continuent leur mobilisation populaire. Plus important encore: chaque fois qu’il fait face à un nouvel obstacle sur son chemin, le #Hirak innove. Ce qui est en soi prometteur pour sa survie et pour sa cause. D’un autre côté, la monarchie a tout intérêt à trouver rapidement une issue réelle pour sortir de cette crise. Les opérateurs économiques de la région en ont besoin pour éviter une saison estivale difficile. Autrement, il se peut que l'été soit plus chaud que d'habitude étant donné que durant cette saison la plupart des migrants rifains retournent dans leur région d'origine pour passer leurs vacances avec leurs familles et contribuer par la même occasion à dynamiser une économie locale qui a tellement besoin de cette manne.

2 juillet 2017



Réagissez à cet article !
Pour écrire votre réaction, nous vous encourageons à devenir membre de Tolerance.ca® ou de vous identifier si vous êtes déjà membre. Vous pouvez poster une réaction sans devenir membre, mais vous devrez compléter vos informations personnelles pour chaque réaction.

Devenir membre (gratuit)   |   S'identifier

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®. Vous devez lire Les règlements et conditions de Tolerance.ca® et les accepter en cochant la case ci-dessous avant de pouvoir soumettre votre message.
Votre nom :
Courriel :
Titre :
Message :
 
  J'ai lu et accepté les règlements et conditions de Tolerance.ca®.
Chronique
Cet article fait partie de

La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

Lisez les autres articles de Aziz Enhaili
Suivez-nous sur ...
Facebook Twitter