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Donald J. Trump rappelle sa ligne rouge à Bachar El-Assad

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Il est loin le temps où le dictateur syrien déclarait, sans rire, combien il avait hâte à coopérer avec celui qui allait devenir le 45e président des États-Unis. Une fois installé à la Maison Blanche, Donald J. Trump s'est révélé une mauvaise nouvelle pour lui.

Depuis l’arrivée de Donald J. Trump à la Maison Blanche, les signes de tension avec le régime tyrannique de Bachar El-Assad se multiplient. L'armée américaine a frappé plusieurs cibles de ce qui reste de l’armée syrienne. Suscitant un concert de condamnations à Damas, Moscou et Téhéran.

La Maison Blanche accuse Bachar El-Assad de préparer une nouvelle attaque chimique et le menace

Le porte-parole de la Maison Blanche a, le lundi 26 juin, publié un communiqué. Il a accusé la dictature damascène de préparer une nouvelle attaque chimique contre les civils.

"Les États-Unis ont identifié de potentiels préparatifs d'une autre attaque chimique par le régime syrien d'Assad qui pourrait provoquer le massacre de civils, y compris des enfants innocents," a affirmé Sean Spicer. Et de préciser sa pensée: "Ces activités sont similaires aux préparatifs du régime avant son attaque à l'arme chimique du 4 avril."

Cette attaque chimique a été imputée à l’armée syrienne. Elle a frappé Khan Cheikhoun (dans la province rebelle d’Idleb). Elle a fait 88 morts, dont 31 enfants. Fort du soutien indéfectible de ses parrains, Bachar El-Assad a nié toute implication dans cette nouvelle attaque. Visiblement ému par les images des enfants tués à cette occasion, tout comme sa fille Ivanka, le président américain a ordonné des frappes contre l’endroit d’où était partie l’attaque, alors que son homologue chinois se trouvait avec lui à Mar-a-Lago, en Floride. Il le lui annoncera au moment du dessert. Depuis la Méditerranée où mouillaient deux navires de guerre américains, 59 missiles Tomahawk ont été, dans la nuit du 6 au 7 avril, lancés sur la base  aérienne d'Al-Chaayrate (près de Homs). C’était la première fois que les États-Unis ciblaient un objectif de l’armée syrienne. Damas a condamné la riposte américaine. Le président russe l’a pour sa part critiqué. Pour rassurer son client syrien, Vladimir Poutine lui a envoyé de nouveaux navires de guerre.

La précédente attaque chimique était plus meurtrière. Elle a fait en 2013 plus de 1400 morts dans la banlieue de Damas. Même s’il est le seul en Syrie à avoir les équipements et le personnel scientifique et technique pour mener à terme son œuvre, le régime Assad a nié toute implication dans cette attaque au gaz sarin et en a accusé les rebelles. Les parrains russes et iraniens sont venus à sa rescousse encore une fois pour appuyer sa version des faits.

Tout en rappelant l’objectif officiel de la mission de combat de son pays (et des autres membres de la coalition internationale) en Syrie, à savoir "l’élimination de l’État islamique en Irak et en Syrie," le porte-parole de la Maison Blanche a ajouté une mise en garde adressée en personne à Bachar El-Assad: "Si M. Assad commettait des meurtres de masse à l’aide de l’arme chimique, lui et son armée payeraient le prix fort."

Avec leur porte-avions USS George H.W. Bush dans la Méditerranée, leurs forces aériennes au Qatar, en Jordanie et en Turquie et leurs troupes au sol dans la région, les États-Unis ont les moyens de leurs ambitions stratégiques et peuvent frapper à tout moment n'importe quelle cible en Syrie s'ils le désirent. Ni le système russe de défense anti-missiles ni la présence sur place de troupes russes et iraniennes ne les avaient empêché de frapper des cibles syriennes, faisant des morts parmi les soldats loyalistes à Bachar El-Assad. Les mêmes dispositifs russes n’avaient pas non plus dissuadé l’armée israélienne de mener des frapper contre différentes cibles dans ce pays.

Sean Spicer n’a donné la moindre preuve de ses accusations du régime Assad et encore moins levé le voile sur la nature de ce que pourrait être l'éventuelle riposte américaine dont il a parlé. D'ailleurs, cinq  sources du Pentagone ont indiqué au site BuzzFeed ne pas savoir d’où viendrait cette attaque chimique potentielle (26 juin).

Depuis la publication du communiqué de presse de la Maison Blanche, le président Trump a abordé plusieurs sujets dans ses tweets, mais pas un seul message n’a été, au moment de mise en ligne de cette chronique, consacré à cette accusation. Tout le contraire de son ambassadrice à l’ONU et de son secrétaire à la défense. 

Sur Twitter, Nikki Haley en a non seulement parlé, mais servi une mise en garde aux deux parrains du tyran de Damas: "la Russie et l’Iran partageraient le blâme pour toute attaque future d’Assad contre le peuple syrien." En route vers Bruxelles où il devra participer à une rencontre de l’OTAN, le général Jim Mattis a, pour sa part, déclaré à la presse que Bachar El-Assad semble avoir pris au sérieux l’avertissement américain.

Le vassal Assad à l'ombre du bouclier russe

Le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a mis en doute la crédibilité de la nouvelle accusation américaine du vassal syrien. Il a également affirmé que son pays considère comme ''inacceptables'' de telles menaces. Moscou a enfin averti Washington qu’en cas d’attaque préemptive, sa riposte serait "digne" et "proportionnelle" (Reuters, 28 juin).

Le lendemain de la menace de la Maison Blanche, Bachar El-Assad s’est empressé de rendre visite à la base aérienne russe à Hmeymim, au sud-est de la ville de Lattaquié, dans l’Ouest du pays. Une façon pour lui de se rassurer comme il peut et de montrer qu’il bénéficie encore de la protection russe. Des photos ont circulé de cette visite sur les réseaux sociaux. Dans une, on le voit aux commandes d’un Sukhoi SU-35. Dans l’autre, on le voit, entouré de militaires, dont le général Valery Gerasimov, durant la visite.

***

Avec le changement de gouvernement à Washington, le dictateur syrien sait que la ligne rouge de Donald Trump n'est pas celle de son prédécesseur Obama. Même déception à Moscou où Vladimir Poutine assiste impuissant à des relations russo-américaines qui ne donnent pas des signes d'amélioration à l'horizon.

28 juin 2017



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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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