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L’élection présidentielle française de 2017

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

L'élection présidentielle française de 2017 n'est pas comme les précédentes. Elle s'est déroulée dans un contexte particulier marqué par le Brexit, l'élection de Donald J. Trump aux États-Unis, la percée des partis d'extrême droite ou populistes en Europe, la menace terroriste grandissante, les craintes d'ingérences russes dans les élections et le discrédit qui frappe plus que jamais la classe politique traditionnelle. C'est dire les craintes qu'elle suscitait.

Après cinq ans à l’Élysée, le président François Hollande a jeté l’éponge. Il a préféré ne pas se représenter pour un nouveau mandat. Pour lui succéder, onze candidats se sont, le 23 avril, affronté au premier tour. Deux de ces adversaires se sont qualifiés pour le second tour. Une bonne partie de la société française a mal vécu la qualification de la chef du parti d’extrême droite à ce tour. Cela a alimenté la tension dans la société et la pression sur plusieurs acteurs politiques pour qu’ils se rallient au candidat arrivé en tête et votent en sa faveur lors du second tour qui s’est principalement déroulé le 7 mai.

Une campagne présidentielle accidentée et riche en rebondissements

Contrairement aux élections présidentielles précédentes, la campagne électorale de cette année s’est déroulée dans un contexte politique particulier. La France vit depuis les attentats du 13 novembre 2015 sous un état d’urgence. C’est inédit sous la Ve République. Ces attentats ont fait 130 morts sur le sol français. Cet état d’exception devra durer encore au moins jusqu’au 15 juillet prochain. L’attentat survenu sur les Champs-Élysées quelques jours seulement avant le premier tour n’a rien arrangé.

Autre nouveauté cette année: contrairement à la pratique en vigueur sous la Ve République, le président sortant a renoncé à se représenter pour un nouveau mandat de cinq ans en raison de son record en termes d’impopularité.

Contrairement à leurs habitudes, plusieurs partis n’ont pas présenté en leurs noms propres des candidats à cette élection. C’est le cas du Parti communiste français (PCF), d’Europe Écologie-Les Verts, du MoDem et de l’UDI. Mais, cela ne les a pas empêché de s’allier à d’autres acteurs présents dans la course.

Pour désigner leurs candidats, Les Républicains (LR) et le Parti socialiste (PS) ont organisé leurs primaires. Il s’agit de deux partis traditionnels qui ont gouverné à tour de rôle la France sous la Ve République. Ils sont donc habitués à l’exercice du pouvoir. Là aussi, on a eu droit à des surprises de taille. Les Républicains ont, dès le premier tour de la primaire de la droite et du centre, montré la porte de sortie au candidat et ancien président Nicolas Sarkozy. L’ancien premier ministre Alain Juppé, qui était vu comme le favori, a été battu, le 27 novembre, par un autre ancien premier ministre, François Fillon. Au lieu de choisir un candidat consensuel, les LR ont donc préféré un porteur du message de la droite dure. Ils y voyaient un favori.

Les socialistes ont eux aussi eu leur lot de surprises. Au lieu des deux favoris du début, l’ancien premier ministre Manuel Valls et le ministre Arnaud Montebourg, ils ont porté leur choix sur un autre candidat, l’ancien ministre Benoît Hamon (58,69% des voix), identifié à la gauche du parti. Si M. Valls (41,3%) n’a pas trouvé grâce à leurs yeux, c’est à cause de son style autoritaire et de son appui à des politiques rejetées par une bonne partie de la gauche française, dont la loi du travail Khomri et le projet de la déchéance de la nationalité.

Ces deux partis traditionnels se sont donc retrouvés avec deux candidats qui n’étaient pas au départ leurs favoris.

Les neufs autres formations ou mouvements n’ont pas eu recours au mécanisme de la primaire pour désigner leurs candidats au premier tour de l’élection présidentielle.

Seuls onze candidats ont, le 18 mars, réussi leur examen d’éligibilité aux yeux du Conseil constitutionnel. Ils ont, entre autres, fourni la signature de 500 parrainages valides parmi les parlementaires (577 députés et 348 sénateurs) et les 618.384 élus locaux.

Ces candidats* sont: François Fillon (LR: 3635 appuis), Benoît Hamon (PS: 2039), Emmanuel Macron (En Marche!, EM: 1829), Marine Le Pen (Front national, FN: 627), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France, DLF: 707), François Asselineau (Union populaire républicaine, UPR: 587), Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise, FI: 805), Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière, LO: 637), Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste, NPA: 573), Jean Lassalle (Résistons!: 708) et Jacques Cheminade (Solidarité et progrès, SP: 528).

François Fillon est né en 1954 au Mans. Il est père de cinq enfants. Il a un diplôme d’études approfondies en droit. Il est député de Paris (2012-) et ancien député de la Sarthe (de 1981 à 1993, de 1997 à 2002 et de 2007 à 2012). Il a commencé sa carrière professionnelle en 1976 comme assistant parlementaire du gaulliste Joël Le Theule. Il était premier ministre de Nicolas Sarkozy (2007-2012), plusieurs fois ministre, sénateur, président du conseil de région et maire.

Benoît Hamon est né en 1967 à Saint-Renan (Finistère). Son père est un ingénieur et sa mère une secrétaire. Il est père de deux filles. Après avoir décroché une licence en histoire, il est devenu, en 1991, assistant parlementaire du député socialiste Pierre Brana. Il était député européen de 2004 à 2009. Il est député des Yvelines depuis 2014. C’est un ancien ministre et plusieurs fois ministre délégué. Suite à son rejet de la philosophie social-libérale du président Hollande, il a claqué la porte du gouvernement. Après son investiture comme candidat PS, l’écologiste Yannick Jadot s’est rallié à lui.

Emmanuel Macron est né en 1977 à Amiens. Il a étudié dans de grandes écoles françaises. C’est un haut fonctionnaire et banquier d’affaires. Il était ministre de l’économie (2014-2016) de François Hollande. Il n’a jamais été candidat à une élection. Il se dit centriste. En prévision de l’élection présidentielle de cette année, il a lancé en avril 2016 un mouvement qui a l’ambition de rassembler les Français au-delà des clivages partisans: le mouvement En Marche! Plusieurs figures de la droite, du centre (François Bayrou) et de la gauche, y compris d’anciens premiers ministres (Dominique de Villepin et Emanuel Valls) et des ministres anciens et sortants (Jean-Yves Le Drian), s’y sont ralliées avant d’appeler à voter pour lui.

Marine Le Pen est née en 1968 à Neuilly-sur-Seine. Elle est mère de trois enfants. Elle a obtenu une maîtrise en droit en 1990 et un DEA de droit pénal en 1991. L’année suivante, elle est devenue avocate. À cause de son patronyme, elle était ostracisée dans la profession. Six ans plus tard, son père l’a nommé au service juridique de son parti. Elle a réussi à se faire élire la même année comme conseillère régionale d’Île-de-France. Ce ne sera pas son dernier mandat local. En 2004, elle est devenue députée européenne. Son père Jean-Marie l’avait préparé pour lui succéder un jour à la tête du FN. Ce sera chose faite, sept ans plus tard. Une fois aux commandes du parti d’extrême droite, elle a œuvré, sans relâche, à sa dédiabolisation, condition nécessaire, selon elle, de son accès au pouvoir suprême. La stratégie de Nicolas Sarkozy consistant à chasser sur les terres du FN l’a acculé à la troisième place au premier tour de l’élection présidentielle de 2012, l’a empêché de rééditer le coup de son père Jean-Marie en 2002 quand il s’est qualifié au second tour face au gaulliste Jacques Chirac. Mais, si son père a fait son meilleur score en 2002 (16,86%), elle a quant à elle obtenu 17,90% des voix (6 421 426 voix). Elle a donc enregistré le meilleur score du FN dans une élection présidentielle.

Nicolas Dupont-Aignan est né en 1961 à Paris. C’est un haut fonctionnaire et père de deux filles. Son père est un courtier en vin. Il a obtenu en 1985 un diplôme d’études supérieures spécialisées en gestion de l’entreprise à l’Université Paris-Dauphine. Il est également diplômé de l’IEP de Paris (1982). Il a aussi étudié à l’ENA (1989). Il est maire des Yerres (depuis 1995), député de l’Essonne (depuis 1997) et président de DLF depuis 2008. Il était candidat à l’élection présidentielle de 2012. Avec ses 1,7% des suffrages, il était septième.

François Asselineau est un souverainiste. Il est inspecteur général des finances. Il est né en 1957 à Paris. Il est diplômé de HEC Paris (1980) et de l’ENA (1985). Il est père de deux enfants. Il préside aux destinées de l’UPR depuis 2007.

Jean-Luc Mélenchon est né en 1951 à Tanger, au Maroc. Il est père d’une fille. En 1972, il a obtenu une licence de philosophie à l’Université de Besançon. Trois ans plus tard, il a entamé une carrière d’enseignant. En 1976, il a fait ses premiers pas politiques en adhérant au PS. Deux années plus tard, il est nommé directeur de cabinet du maire de Massy, Claude Germon. En 1983, il est élu conseiller local de Massy. Depuis, il a assumé plusieurs mandats locaux et sénatorial. Il a siégé de 2000 à 2002 au gouvernement de Lionel Jospin comme ministre délégué. En 2008, il a quitté le PS. Il a fait partie des fondateurs du Parti de gauche (PG). En 2009, il est élu député européen sous la bannière du Front de gauche, dont fait partie le PG. En 2012, il s’est présenté à l’élection présidentielle. Ses 11,10% de suffrages lui ont permis d’occuper la quatrième position. En 2014, il a réussi à conserver son poste de député européen.

Nathalie Arthaud est née en 1970 à Peyrins (la Dôme). Ses parents sont des garagistes. Elle est titulaire d’une agrégation d’économie et de gestion. Elle a fait carrière dans le domaine de l’enseignement. En 1988, elle a rejoint les rangs du parti trotskiste Lutte ouvrière (LO) pour en devenir la porte-parole vingt ans plus tard. Elle est également conseillère à la municipalité de Vaulx-en-Velin. Elle s’est présentée à plusieurs scrutins. En vain. A l’élection présidentielle, son score n’a pas dépassé 0,56% des suffrages la dernière fois.

Philippe Poutou est né en 1967 à Villemomble (Seine-Saint-Denis). Il n’a pas de diplôme. Son père est un postier. Il travaille comme ouvrier. En 1995, il a rejoint la LO. Il en est exclu deux ans plus tard. Il s’est présenté à l’élection présidentielle de 2012 sous la bannière du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et a récolté 1,15% des suffrages.

Jacques Cheminade est né en 1941 à Buenos Aires, en Argentine. Son père travaillait comme représentant de compagnies françaises dans ce pays. En plus d’être diplômé de HEC et de l’ENA, il a obtenu en 1965 une licence en droit. Il a été haut fonctionnaire. En 1996, il a fondé et dirige depuis le SP, un parti qui a succédé à la Fédération pour une nouvelle solidarité. Il s’est vainement présenté aux élections législatives de 1978 (0,12% des voix) et aux élections présidentielles des années 1995 (84 969 voix: 0,27%) et 2002 (89 545 voix: 0,25%).

Jean Lassalle est né en 1955 à Lourdios-Ichère (Pyrénées-Atlantique). Il a été élevé dans une famille de bergers. Il est père de quatre enfants. C’est un technicien agricole. Il avait 21 ans quand il a été élu maire de sa commune. En 1981, il est devenu conseiller général (départemental) sans affiliation politique. Après avoir été suppléant de 1988 à 2002 d’un député RPR, il est à son tour élu député en 2002. Il a conservé son siège suite aux législatives de 2007 et 2012. En 2007, il est passé de l’UDF au MoDem. En 2016, il s’est retrouvé au sein de Résistons!

Cette élection était au suffrage universel et direct. Le mode de scrutin était uninominal majoritaire à deux tours: le 23 avril et le 7 mai (la veille à l’étranger).

Selon les chiffres du ministère de l’intérieur (1), 46 316 165 Français majeurs se sont inscrits sur les listes électorales révisées en vue des échéances présidentielles et législatives. 88,6% d’entre eux résident en France et le reste à l’extérieur. Près de 90% des Français en âge de voter se sont donc inscrits. Le corps électoral a donc augmenté de 824 000 inscrits (dont 716 000 jeunes âgés de 18 ans), soit une progression de 1,8%. Cela montre l’enjeu que représentent les élections de cette année pour le pays.

Au cours de la campagne présidentielle du premier tour, malgré son programme de droite dure en économie, le candidat des Républicains était perçu comme le favori de l’élection. La chef du parti d’extrême droite se voyait quant à elle dans un duel avec lui au second tour de l’élection. Mais, suite aux révélations successives du Canard Enchaîné sur les allégations d’emplois fictifs de son épouse (Penelopegate) et de ses enfants, l’image de François Fillon est durablement ternie et sa campagne endommagée. Pour ne rien arranger à ses affaires, plus il réagissait aux allégations, davantage il s’enfonçait. Sans parler de ses revirements qui n’ont fait que le caler encore plus. Son discours de droite identitaire n’a pas sauvé sa barque du naufrage annoncé. Au lieu d’en tirer la conclusion qui s’imposait, il a refusé de lâcher prise. L’affaire Jeanne et celle des assistants FN au parlement européen ont rattrapé Marine Le Pen.

Si le débat du 20 mars a vu cinq candidats seulement s’affronter, celui du 4 avril a inclus les autres prétendants. Le 20 avril, on a eu droit à une série d’entretiens télé séparés des candidats en lice.

Durant la campagne, Emmanuel Macron a bien tiré son épingle du jeu, tout comme Marine Le Pen. Différents sondages les mettaient en tête devant François Fillon et Jean-Luc Mélenchon.

Le 23 avril, jour du premier tour, les électeurs en France se sont rendus aux urnes. Sur les 47 568 588 inscrits, 35 503 471 électeurs sont allés aux bureaux de vote, ce qui représente un taux de participation de 76,65% (contre 80,42% en 2012). 9 871 871 se sont abstenus de voter (21,31% contre 22,5% en 2012). 649 934 électeurs (1,4%) ont mis un bulletin blanc dans l’urne et 290 889 (0,63%) ont annulé leurs votes. 940 823 électeurs se sont rendus aux bureaux de vote, mais n’ont accordé leur suffrage à aucun des onze candidats.

Les votes blancs ont dépassé les suffrages des candidats Jean Lassalle (433 997: 0,93%), Philippe Poutou (392 455: 0,84%), François Asselineau (329 937: 0,7%), Nathalie Arthaud (231 654: 0,49%) et Jacques Cheminade (65 079: 0,14%).

Emmanuel Macron a récolté 8 528 488 suffrages (18,19%) et devancé Marine Le Pen (7 658 994: 16,33%) et MM. Fillon (7 126 632: 15,20%), Mélenchon (7 011 979: 14,95%), Hamon (2 268 845: 4,8%) et Dupont-Aignan (1 689 690: 3,6%).

Emmanuel Macron et Marine Le Pen se qualifient pour le second tour de l’élection

C’est l’électrochoc en France! Pour la première fois sous la Ve République, aucun candidat des deux partis qui avaient alterné à l’Élysée, durant les 60 dernières années, ne se retrouvera au second tour. Le prochain président ne sera donc issu de leurs rangs.

Rapidement, M. Fillon et plusieurs ténors de la droite républicaine (Alain Juppé, François Baroin, Jean-Pierre Raffarin, Christian Estrosi, Nathalie Kosciusko-Morizet) ont appelé à voter au second tour en faveur du candidat d’En Marche! Benoît Hamon et plusieurs figures de la gauche (Bernard Cazeneuve, Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls et Cécile Duflot) ont eux aussi appelé à voter pour M. Macron. Le président sortant Hollande est sorti de sa réserve pour aller dans le même sens. Même chose du côté du centriste Bayrou et de bien d’autres figures du centre. Le candidat de la France insoumise a refusé d’appeler à voter pour M. Macron, tout en déconseillant aux siens le vote Le Pen. Il n’a pas accepté sa défaite. Il a déclaré laisser la décision aux 450 000 membres de son mouvement. La semaine d’après, leurs deux-tiers ont refusé d’apporter leurs appuis à l’adversaire de la frontiste.

M. Dupont-Aignan a apporté son soutien à Mme Le Pen. Renvoi d'ascenseur: elle a déclaré qu’en cas de son élection le 7 mai il sera son premier ministre. Mais, c’était loin de suffire pour la porter au pouvoir.

En prévision du débat du 20 avril, la candidate d’extrême droite disait avoir hâte d’en découdre avec M. Macron. Elle a cherché à le définir comme un ''candidat de la mondialisation'' qui se met à plat ventre devant la chancelière allemande Merkel. Elle s’est définie comme la ''candidate du peuple,'' cette France qui souffre et qui est assaillie sans fin par une marée d'immigrants qui menacent son modèle de société et son art de vivre, et qui a de surcroît perdu sa souveraineté au profit de Bruxelles.

Emmanuel Macron ne l’a pas épargné. Il a dressé d’elle un portrait peu reluisant. A l’en croire, elle serait une candidate du défaitisme et de la xénophobie et qui ne sait pas de quoi elle parle.

Les deux adversaires comptaient sur le second débat pour convaincre les indécis. Les échanges ont tourné en faveur de M. Macron qui a eu l’air d’être plus présidentiel que son adversaire et de maitriser mieux qu’elle les dossiers économiques cruciaux. A partir de là, le chef d’En Marche n’avait même plus besoin de se forcer pour ramasser les appuis. L’enjeu pour son adversaire était désormais non pas de devenir la prochaine présidente de la France, mais de limiter la casse dans un électorat sonné par sa mauvaise performance.

Le 7 mai était jour du second tour. Selon les chiffres officiels (1), sur les 47 568 588 inscrits, 31 397 916 se sont rendus aux bureaux de vote, ce qui représente un taux de participation de 66% (contre 77% au premier tour). 12 101 416 se sont abstenus (25,44% contre 21,31%). 3 019 724 électeurs (6,35% contre 1,4%) ont mis un bulletin blanc dans l’urne et    1 049 532 (2,21% contre 1,39%) n’ont accordé leur suffrage à aucun des deux candidats.

Si au premier tour Emmanuel Macron avait récolté 8 528 488 suffrages (18,19%), il s’est attiré cette fois les faveurs de 20 753 798 votants, soit un peu plus des deux-tiers des suffrages exprimés et 43,63% des inscrits sur les listes. Cela a montré que 47,91% des électeurs ont appuyé le candidat d’En Marche! au second tour. Cela lui a donc permis de remporter l'élection.

10 644 118 électeurs ont voté pour Marine Le Pen. Cela représente 22,38% des inscrits sur les listes. En plus des voix des électeurs du populiste Dupont-Aignan, 1 270 627 parmi les électeurs d'autres candidats défaits ont voté pour elle.

Emmanuel Macron devient donc à l’âge de 39 ans le nouveau président de la France. Pour mieux apprécier cela, rappelons-nous que, il y a trois ans, il était un inconnu pour le grand public et personne ne croyait à ses chances présidentielles il y a un an.

Son élection est à juste titre un développement majeur. Il montre le ras le bol grandissant de la population face à une classe politique traditionnelle perçue comme hautaine et déconnectée du reste de la société. Cela montre aussi la soif d’une bonne partie du peuple d'un discours ouvert, positif et pragmatique.

Même si Marine Le Pen n’a pas réussi à être élue cette fois, elle a fait progresser de manière significative le vote du parti extrémiste. Après avoir reconnu sa défaite, elle a pris acte du fait que la bannière frontiste est un plafond de verre infranchissable pour son parti. D’où sa déclaration vouloir ‘constituer une nouvelle force politique,’ à l’aide, entre autres, d’alliances avec toute force qui serait intéressée par son projet.

La main tendue par Emmanuel Macron a provoqué des tiraillements au sein des différentes forces politiques républicaines. Si M. Baroin cherche à faire jouer à son LR le rôle de l’opposition dans le prochain parlement, plusieurs ténors de son parti font les yeux doux à la République en Marche! (le nouveau nom d’En Marche!) pour faire partie de sa députation ou son gouvernement. Même hémorragie au sein du PS. Deux signes qui ne trempent pas sur la fin du parti de François Mitterrand tel que nous le connaissons: d'une part, son candidat à l'élection présidentielle, Benoît Hamon, a annoncé son intention de lancer un nouveau mouvement; d'autre part, d’autres ténors socialistes ont eux aussi annoncé leur intention de lancer le leur.

En vue des élections législatives des 11 et 18 juin prochain, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon aimeraient chacun devenir le chef de l’opposition au président Macron. Tout comme d’autres adversaires politiques, ils espèrent que les électeurs ne lui accordent pas la majorité qu’il demande pour mener à bien ses politiques.

***

L’élection d’Emmanuel Macron comme président de la France annonce la mort de la vieille formule d’un système politique à deux partis dominants. La question est de savoir si le nouveau président aura gain de cause en mois de juin. Mais, une chose est sûre: ses oppositions chercheront à l’empêcher de gouverner.

12 mai 2017



*Pour rédiger les notes biographiques, on s'est principalement basé sur les pages Facebook et sites des candidats ainsi que sur les notes biographiques parues dans plusieurs journaux et magazines français et sur le site Wikipedia.

1) http://elections.interieur.gouv.fr/presidentielle-2017/index.html


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France 2017
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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