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Donald J. Trump félicite le Turc Erdogan pour sa victoire référendaire

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Donald J. Trump l'a dit en campagne électorale. Il s'est engagé à détruire le groupe combattant État islamique (EI) par tous les moyens et là où il se trouve. Il voit dans le président Erdogan un allié dans cette lutte à mort. Autre facteur de rapprochement entre les deux dirigeants: ils sont confrontés à des opposants qui ne sont pas prêts à lâcher prise et à les laisser gouverner en toute quiétude.

Dimanche dernier, un référendum constitutionnel s'est tenu en Turquie. L’enjeu était considérable. Les Turcs devaient dire s’ils étaient favorables ou non au changement du type de régime politique dans leur pays.

Donald J. Trump félicite le président Erdogan

Selon les chiffres officiels, une majorité de Turcs (51,4%) a voté en faveur du remplacement du régime parlementaire par un régime présidentiel. Si le pouvoir en place s’est réjoui du déroulement du processus référendaire et du résultat et a parlé d’un ''moment historique'' pour son pays, des partis de l’opposition et les observateurs de l’OSCE ont dénoncé une série d’irrégularités commises durant la campagne et le jour du vote. Deux principaux partis de l’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, kémaliste) et le Parti démocratique des peuples (HDP, pro-kurde), ont tenté de faire annuler le vote. Mais, le Haut-Conseil électoral turc a, ce mercredi, confirmé le résultat du 16 avril.

Le lendemain du vote, le président américain a appelé son homologue turc pour le féliciter pour son succès référendaire. Il a évité, à cette occasion, tout ce qui pouvait irriter M. Erdogan. Pas un mot donc sur quelque irrégularité que ce soit durant la campagne ou le jour du vote.

M. Trump a également saisi l’occasion pour aborder la question de la Syrie avec son homologue. Il l’a remercié pour son soutien au raid américain de la semaine dernière. Pour rappel, cette attaque a été menée le 6 avril, soit deux jours après le raid aérien au gaz sarin à Khan Cheikhoun (dépendant d'Idlib) qui avait causé la mort de dizaines de civils, dont nombre d’enfants en très bas âge. Comme si cela n’était pas suffisant pour terroriser la population de la zone rebelle ciblée, une fois sa mission maléfique accomplie, la chasse ennemie a bombardé l’hôpital le plus proche du lieu du massacre; faisant de nouvelles victimes. En guise de riposte à l’attaque au gaz sarin, Washington a lancé 59 missiles Tomahawk sur la base aérienne de Shaayrat près de Homs, une base associée au programme d'armes chimiques de Damas. C’est aussi à partir de là qu’avait été menée l’attaque contre la localité située à Idlib.

Comme il fallait s’y attendre, Bachar El-Assad a non seulement juré son innocence de ce qu’on lui reprochait, mais s’est également fondu d’une nouvelle théorie conspirationniste où il se donne le rôle d’une pauvre victime d’un vaste complot occidentalo-saoudien visant le renversement de son régime et le démembrement de son pays, comme si son sort et celui de son pays se confondaient; c'est dire sa mégalomanie! Une fable bien appréciée des amateurs des théories du complot en Occident et dans le monde arabo-musulman. Vladimir Poutine a encore une fois clamé l’innocence de son client de ce qui est arrivé le 4 avril et en a accusé les rebelles. Mais, sa théorie ne résiste pas elle non plus au moindre examen critique. D'ailleurs, lui et son protégé savent tous les deux que les rebelles ne disposent ni là ni ailleurs en Syrie d'aviation et ne pouvaient donc être derrière le largage par les airs du gaz toxique. Des vidéos et témoignages concordants de citoyens de la place ciblée sapent eux aussi la nouvelle mystification des deux dirigeants.

Le rapprochement depuis plusieurs mois entre le président russe et son homologue turc n’a donc pas empêché celui-ci non seulement de considérer le raid sur Shaayrat comme ''insuffisant,'' mais également de se déclarer prêt à apporter son concours à une action américaine plus significative. D’ailleurs, MM. Trump et Erdogan ont convenu de l'importance de mettre le dirigeant damascène devant ses responsabilités, autrement dit: de lui faire payer le prix de ses actions contre son propre peuple.

Autre sujet d’intérêt commun: l’État islamique (EI). Les deux pays sont alliés dans la lutte contre ce groupe combattant en Syrie et en Irak. Leurs dirigeants ont, lors de cette conversation téléphonique du 17 avril, convenu de l’importance de coopérer non seulement contre l’EI, mais également contre tous les groupes qui se servent du terrorisme pour atteindre leurs objectifs. Le même message a été transmis à Ankara par le ministre américain des affaires étrangères, Rex Tillerson, au président Erdogan, à son premier ministre et ministre des affaires étrangères, à l’occasion de sa récente visite en Turquie, juste avant la tenue à Washington d’une réunion internationale pour faire le point sur l'état de la lutte des pays de la coalition internationale contre l’EI.

***

Ce n’est pas la première fois que Donald J. Trump appelle Recep T. Erdogan. Il l'a fait la dernière fois en février de cette année. Il a alors assuré à son homologue considérer son pays comme un important allié de l’OTAN et un partenaire dans la lutte contre l’EI. Mais, l’entente affichée ce 17 avril par les deux dirigeants n’empêche pas la divergence de leurs pays à propos du plan américain de lutte contre l’EI en Syrie. Ankara n’apprécie guère de voir Washington armer des combattants kurdes qualifiés par elle de terroristes. C'est dire l'état inconfortable de la situation pour les deux alliés.

19 avril 2017



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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