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Pour Marine Le Pen, les Français juifs devraient renoncer à leur citoyenneté israélienne

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Marine Le Pen ne veut pas entendre parler de la double nationalité pour les Français. Une fois présidente de la République, les binationaux de son pays devraient se limiter à une seule.

En avril prochain, la France tiendra le premier tour de l’élection présidentielle. Le mois suivant, un second tour devra être organisé. Les différents sondages d’opinion montrent que la chef du parti d’extrême droite sera au second tour.

Pour Marine Le Pen, pas de double nationalité extra-européenne

Le jeudi 9 février, Marine Le Pen était l’invitée de l’''Émission politique'' de France 2. Elle était là pour s’expliquer sur son programme.

A une question de l’animatrice Léa Salamé portant sur la double nationalité, elle a d’entrée de jeu montré ses couleurs: "moi, je suis contre la double nationalité." C’est pourquoi si elle devient présidente, les binationaux parmi ses compatriotes devront choisir une des deux, a-t-elle prévenu. Cette mesure ne s’appliquera pas aux détenteurs d’une nationalité européenne, y compris les Russes.

A une sous-question portant sur les juifs français et Israël sous l’angle de la bi-nationalité, elle a déclaré que "Israël n’est pas un pays européen. Je crois que même Israël accepte de le dire et de le penser." C’est pourquoi elle a enchaîné: "je (leur) demande(rai) de choisir leur nationalité." Mais, pour ne pas être mal comprise, elle a ajouté la précision suivante: "ça veut pas dire que s’ils ne choisissent pas la nationalité française, ils devront partir de France. La France a parfaitement la possibilité d’accueillir sur son sol, y compris pour un temps long, des gens qui sont étrangers, qui gardent la nationalité étrangère, pour peu qu’ils respectent les lois françaises, les valeurs françaises, car c’est bien souvent un des problèmes de l’immigration." Pour qu’on ne l’accuse pas d’être antisémite ou anti-israélienne, elle a déclaré que sa position sur cette question: "c’est pas par rapport à un problème avec Israël."

Les Français juifs qui disposent également de la nationalité israélienne ont donc appris à cette occasion que sous la présidence Le Pen ils ne pourront continuer d’avoir la double nationalité. Ils devront donc, dans cette hypothèse, faire un choix difficile. Ceux qui auront fini par garder la citoyenneté israélienne deviendront, du jour au lendemain, des étrangers dans le pays qui les avait vu naître et prospérer, eux et les leurs.

Cette déclaration de la chef de l’extrême droite française devrait réjouir au moins le gouvernement de droite dure et d’extrême droite en Israël. Elle ajoute de l’eau au moulin de tous ces dirigeants israéliens qui continuent depuis des années à multiplier les appels aux Français juifs à quitter leur pays d’origine et à émigrer en Israël. On peut citer ici, à titre d’exemple, le cas du raciste ministre de la défense Avigdor Lieberman qui avait, en décembre dernier, appelé les Français juifs à immigrer en Israël: "vous devez quitter la France et venir vous installer en Israël". "Ce n'est pas votre pays, ce n'est pas votre terre, quittez la France et venez en Israël," a-t-il déclaré. En désespoir de cause, il a ajouté: "Si vous voulez rester juifs et que vos enfants et petits-enfants restent juifs, vous devez quitter la France et venir vous installer en Israël." Pour ne rien arranger à une réputation déjà sulfureuse, il avait qualifié la conférence de paix de Paris qui allait se tenir le 15 janvier 2017 de "version moderne du procès de Dreyfus." La référence est faite ici au tristement célèbre procès d’Alfred Dreyfus, un capitaine de l’armée française qui a été accusé en 1894 de trahison avant d’être acquitté en 1898 et finalement innocenté et réhabilité en 1906. Cela s’est passé sous la Troisième République. Ce procès a contribué à donner de la vigueur au mouvement sioniste en Europe.

Le CRIF, une des composantes du lobby pro-Israël en France, n’a pas apprécié les propos du ministre controversé et a pris ses distance avec lui. Il a rejeté la comparaison faite par lui entre la conférence de Paris et l’affaire Dreyfus. Il a également mis en garde le ministre contre le fait que de tels propos peuvent "faire le jeu des antisémites."

***

Si d'aventure ils ne le savaient pas, les Français juifs sont maintenant au courant de la politique que mettra en place une présidente Le Pen les concernant. Une politique qui s'ajoute à son intention d'interdire les signes religieux, dont la Kippa, en public, au nom de ce qu'elle appelle la lutte contre l'islamisme dans son pays.

9 février 2017



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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