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Stéphane Dion quitte la vie politique

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Dans neuf jours, Donald J. Trump recevra les clés de la Maison Blanche. Une arrivée qui inquiète plusieurs à travers le monde. Pour s'y préparer, Justin Trudeau a changé de titulaire du ministère des affaires étrangères de son gouvernement.

A chaque remaniement gouvernemental, des ministres gagnent des galons, de nouvelles recrues rejoignent l’équipe, d’autres encore se font rétrograder quand on ne les congédie pas. Le remaniement ministériel auquel a procédé, le mardi 10 janvier, le premier ministre canadien a donné lieu à toutes ces situations. Provoquant différentes réactions, dont celle de son sortant ministre des affaires étrangères.

De Sillery à Affaires mondiales Canada

Stéphane Dion est né en 1955 à Québec (Sillery). Son père, Léon, était un politologue très célèbre. Il enseignait à l’Université Laval. Il a obtenu une maîtrise en science politique à cette même université et un doctorat d’État en sociologie à l’Institut d’études politiques de Paris. De retour au Canada, il a entamé une carrière de professeur de science politique, d’abord à l’Université de Moncton (1984), puis à celle de Montréal (1984-1995).

Le référendum de 1995 lui a permis de se faire connaître en dehors des cercles universitaires. Ayant croisé le fer avec des débateurs souverainistes, il s’est fait remarquer dans l’entourage de l’ancien premier ministre libéral Jean Chrétien. Celui-ci lui a offert un poste ministériel (Affaires intergouvernementales de 1996 à 2003) alors qu’il n’était pas encore député. Son élection en 1996, lors d’un scrutin partiel, lui a permis de représenter la circonscription Saint-Laurent-Cartierville à la Chambre des Communes. Il a été réélu l’année suivante et les années 2000, 2006 et 2008. En 2004, le premier ministre Paul Martin a fait de lui son ministre de l’environnement.

Stéphane Dion a défendu de manière infatiguable le fédéralisme canadien quand cette option n'était pas très populaire au Québec. C'est lui l'homme de la loi sur la clarté. Une législation qui a suscité la colère des milieux indépendantistes. Selon cette loi, pour qu'Ottawa accepte de négocier la sécession du Québec, il faudrait que la question et le résultat référendaires soient clairs, mais sans préciser ce qu'est un résultat clair pour le gouvernement fédéral.

En 2005, le scandale des commandites a eu raison du gouvernement minoritaire libéral de Paul Martin. Cela a permis à une droite unifiée par Stephen Harper d’accéder au pouvoir et de le conserver jusqu’en octobre 2015.

La défaite électorale a été mal vécue pour un Parti libéral du Canada (PLC) habitué à l'exercice du pouvoir. Elle a contribué à l'exacerbation en son sein des divisions entre les clans des anciens premiers ministres Chrétien et Martin. Pour s’en sortir, le PLC a tenu une course au leadership en 2006. Ce processus a permis à Stéphane Dion d’en devenir le chef et de l’Opposition officielle à la chambre des Communes. Mais, deux ans plus tard, il a dû passer la main à un nouveau chef, Michael Ignatieff (1947-). Ce professeur de science politique à Toronto (et Harvard) était au début vu comme le sauveur du parti. Trois ans plus tard, il a été remplacé par Bob Rae (1948-). En avril 2013, cet ancien premier ministre néodémocrate de l’Ontario a, à son tour, cédé sa place au nouveau chef des Libéraux fédéraux, Justin Trudeau.

Après 10 ans de gouvernement conservateur, le pays était fatigué du régime Harper et voulait le changement. C’est le libéral Trudeau, et non le néodémocrate Thomas Mulcair, qui a réussi à incarner ce désir de changement aux yeux d’une majorité d’électeurs à travers le Canada. Il a par conséquent récolté 184 sièges (sur 338) à la chambre des Communes.

Stéphane Dion a cette fois encore conservé son siège. Le nouveau premier ministre lui a confié le ministère des affaires étrangères. Son département a été rebaptisé à cette occasion du nom d’Affaires mondiales Canada.

Au sein du mouvement de défense des droits humains, on a reproché au ministre la défense du contrat de vente des véhicules de combat à l’Arabie saoudite, un contrat de 15 milliards de dollars. Pour essayer d’annuler ce lucratif contrat, un ancien député bloquiste et professeur de droit à l’Université de Montréal a saisi la justice.

Stéphane Dion jette l’éponge

Le 10 janvier 2017, Justin Trudeau a effectué un remaniement ministériel. Le député de Saint Laurent a fait partie des perdants de ce brassage des cartes. Il a vu son ministère passer entre les mains d’une proche du chef libéral, Christia Freeland. Celle-ci était jusque-là ministre du commerce international.

Le premier ministre a offert à M. Dion le poste d’ambassadeur en Allemagne et de chargé des relations avec l’Union européenne. Le prestige de cette double affectation n’empêche pas que ce soit en soi une rétrogradation pour celui qui était jusque-là le chef de la diplomatie canadienne.

Prenant acte de cette décision, M. Dion a décliné l’offre du premier ministre. Il a également annoncé, en communiqué, son retrait de la vie politique. Cette réaction trahit une grande déception.

L’arrivée de Chrystia Freeland à la tête d’Affaires mondiales Canada traduit l’inquiétude d’Ottawa, un sentiment répandu dans plusieurs capitales à travers le monde, de l'impact sur le pays des décisions que pourrait prendre le prochain locataire de la Maison Blanche. Le pari de l’équipe Trudeau est que la nouvelle ministre ait les réflexes et le talent nécessaires pour s’acquitter de sa tâche et protéger les intérêts canadiens. Ses entrées à Washington et sa maîtrise de la communication sont perçues comme un atout au service de cette ambition.

***

Stéphane Dion a donc jeté l’éponge. Ce faisant, il a tourné la page de 21 ans de vie politique active et poussé le PLC à lui chercher un successeur à Saint-Laurent Cartierville. Cela dit, avec son départ du cabinet, le poids politique du Québec s’affaiblit à Ottawa. Mais, avec l’arrivée d’un nouvel acteur à la table, on ne peut insulter l’avenir. Évidemment, la présence d’un autre Québécois qui est lui à la tête du gouvernement est en soi d’importance.

11 janvier 2017



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Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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