Tolerance.ca
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.

Donald Trump nomme Dan Coats Directeur du renseignement national

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Les services de renseignement américains se méfient du tropisme putinien du président élu Donald J. Trump. D’où l’intérêt pour lui d’inclure au sein de son gouvernement des personnalités connues pour leur fermeté face à la Russie et à son président.

 

Le président élu Donald Trump continue de garnir les rangs de son équipe de sécurité nationale. La nouvelle recrue est nulle autre que Dan Coats. Il est nommé au poste de Directeur du renseignement national.

Dan Coates, de Jackson aux marches du pouvoir à Washington

Daniel Ray Coats est un Républicain de longue date. Il est né en 1943 à Jackson, dans l’État du Michigan. Après avoir étudié au Collège Wheaton en Illinois, il a rejoint l’École Robert H. McKinney à l’Université de l’Indiana où il a obtenu en 1971 son doctorat en droit. Il a servi dans les forces armées durant trois ans, de 1966 à 1968. Il est père de trois enfants et grand-père de dix petits-enfants.

Une fois diplômé, il s’est lancé dans une carrière d’avocat à Fort Wayne, dans l’État de l’Indiana.

Sa longue carrière politique a débuté en 1976, quand il a rejoint, à l’âge de 33 ans, le Républicain James Danforth Quayle III, plus connu sous le nom de Dan Quayle (1947-). Il a travaillé pour lui comme assistant pendant quatre ans, entre 1976 et 1980. À l'époque, M. Quayle était représentant de l’Indiana. Treize ans plus tard, le président républicain George H.W. Bush a fait de lui son vice-président.

En 1981, Dan Coats a succédé à Dan Quayle à la Chambre des représentants. Sept ans plus tard, la nomination à la vice-présidence de M. Quayle lui a permis de lui succéder au Sénat. En 1998, il ne s’est pas représenté aux élections sénatoriales. En 2001, le président républicain George W. Bush l’a nommé ambassadeur en Allemagne. Une fois sa mission diplomatique terminée en 2005, il s’est lancé dans des activités de lobbying à Washington. En 2010, l’appui de 54,6% des électeurs lui a permis de reprendre son siège de sénateur. Il a siégé à la Commission du renseignement. En 2016, il a pris sa retraite du Sénat.

Un maître-espion persona non grata en Russie

La destitution, le 22 février 2014, du président ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovytch et son remplacement par un nouveau pouvoir pro-occidental et aspirant à rejoindre l’Union européenne ont été vus par le maître du Kremlin comme un acte hostile à son pays. Vladimir Poutine a donc multiplié les actions de déstabilisation du nouveau pouvoir à Kiev. En plus de faire paralyser la partie Est de ce pays, Moscou a déployé ses troupes dans la péninsule de Crimée avant de l’annexer le 18 mars, suite à un simulacre de référendum tenu deux jours plus tôt.

A cause de ce coup de force, les États-Unis, le Canada et l’Union européenne ont rapidement imposé une série de sanctions à la Russie. En guise de représailles, Moscou a à son tour imposé les siennes. Les 20 et 24 mars, elle a publié une liste de vingt-deux personnalités américaines et canadiennes interdites de séjour en Russie. Il s’agit de neuf américains, six sénateurs et représentants et trois membres de la Maison Blanche, et de treize Canadiens. Le sénateur Dan Coats figure encore à ce jour sur cette liste, aux côtés notamment du président de la Chambre des Représentants John Boehner, du sénateur et ancien candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2008 John McCain, deux Républicains, et des sénateurs démocrates Harry Reid et Robert Menendez. M. Coats s’est enorgueilli de figurer sur cette liste.

Le fait que le nom de l’ancien sénateur figure sur cette liste russe n’a visiblement pas empêché le président élu Trump de le choisir comme Directeur du renseignement national. Une décision annoncée le jeudi 5 janvier. Dans un communiqué publié deux jours plus tard, M. Trump a confirmé son intention de le nommer au poste de maître-espion: "Je suis certain que le sénateur Dan Coats est le bon choix." Il "guidera la vigilance permanente de mon administration envers ceux qui cherchent à nous nuire," a-t-il ajouté.

Si l’ancien sénateur est confirmé par le Sénat, il devra coordonner les activités des dix-sept agences de renseignement américaines, dont la CIA, la NSA et le FBI. Pour rappel, ce poste a été créé en avril 2005 par le président George W. Bush, à peu près quatre ans après les attaques terroristes du 11-Septembre 2001 menées par le réseau international Al-Qaïda sur le sol américain. Son détenteur est chargé, entre autres, de la circulation de l’information entre les 100 000 membres de ces agences.

La désignation de M. Coats est annoncée au moment où les relations entre le président élu et la communauté du renseignement de son pays sont tendues. Vladimir Poutine est au cœur de cette tension.

La Maison Blanche a accusé le Kremlin de s’être ingéré dans la récente élection présidentielle américaine pour nuire à la démocrate Hillary Clinton et faire élire son adversaire républicain Trump. À la lumière de cela, Barack Obama a annoncé, le 30 décembre, une nouvelle série de sanctions contre la Russie, dont l’expulsion de 35 diplomates russes œuvrant aux États-Unis. Le camp Trump a rejeté du revers de la main les accusations du président démocrate car autrement cela reviendrait à remettre en question la légitimité de l’élection du magnat de l’immobilier. Celui-ci est allé jusqu’à faire l’éloge d’un maître du Kremlin qui a déclaré qu’il ne prendrait pas de mesures de rétorsion à l’encontre des diplomates américains installés dans son pays.

Pour tirer au clair cette affaire de piratage informatique russe des serveurs du Parti démocrate, le Sénat a appelé des représentants des services de renseignement américains à témoigner devant sa commission des forces armées.

James Clapper est l’actuel directeur du renseignement national (depuis 2010). Il a comparu avant-hier devant le Sénat. Il était accompagné du directeur de l’Agence de sécurité nationale (la NSA), Michael Rogers. Selon le vieux routier des services secrets, la Russie représente une "menace majeure" pour les intérêts américains, en raison de ses capacités de piratage "avancées et sophistiquées." Contrairement à l’avis du président élu, il a affirmé qu’il y a eu effectivement ingérence russe dans la récente élection présidentielle américaine et que "seuls les plus hauts responsables russes ont pu autoriser les vols et les publications de données liées à l'élection américaine." Ce qui revient à épingler et le Kremlin et son chef Poutine en personne. Selon lui, cette ingérence fait partie d’un plan d’ensemble visant à déstabiliser les régimes démocratiques en Occident et à influencer l’opinion publique dans le monde à l’aide, entre autres, de la diffusion de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux.

M. Clapper a également mis en garde le président élu suite à ses propos controversés mettant en doute les conclusions des services secrets américains sur l’ingérence russe dans l’élection présidentielle: "Il y a une différence entre sain scepticisme et médisance" (Associated Press, 5 janvier).

L’audition de M. Clapper s’est passée avant de remettre, quelques heures plus tard, au président élu un rapport complet demandé par le président sortant Obama à ses services secrets et qui porte sur l’ingérence russe dans la récente élection. A la sortie dans l'après-midi de sa séance de briefing à ce sujet, M. Trump a qualifié, laconiquement, cette rencontre de ''constructive.''

***

Pour pouvoir exercer ses nouvelles fonctions, Daniel Coats aura besoin de la confirmation du Sénat. Il est peu probable qu’il ne l’obtienne pas. D’un autre côté, comme on ne peut le soupçonner de complaisance à l’endroit de la Russie, sa présence à la tête de la DNI devra rassurer tous ceux, au sein de la communauté du renseignement et de l’establishment républicain, qui sont inquiets de la fascination de Donald Trump pour Vladimir Poutine. Il devra, tout comme Mike Pompeo, nommé il y a quelques semaines nouveau directeur de la CIA, être questionné là-dessus par ses anciens collègues.

8 janvier 2017



Réagissez à cet article !
Pour écrire votre réaction, nous vous encourageons à devenir membre de Tolerance.ca® ou de vous identifier si vous êtes déjà membre. Vous pouvez poster une réaction sans devenir membre, mais vous devrez compléter vos informations personnelles pour chaque réaction.

Devenir membre (gratuit)   |   S'identifier

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®. Vous devez lire Les règlements et conditions de Tolerance.ca® et les accepter en cochant la case ci-dessous avant de pouvoir soumettre votre message.
Votre nom :
Courriel :
Titre :
Message :
 
  J'ai lu et accepté les règlements et conditions de Tolerance.ca®.
Chronique
Cet article fait partie de

Le monde de Donald J. Trump
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

Lisez les autres articles de Aziz Enhaili
Suivez-nous sur ...
Facebook Twitter