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Les six paramètres du plan de paix de Barack Obama pour le Proche-Orient

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

À quelques semaines de quitter la Maison Blanche, le gouvernement Obama laisse de plus en plus transparaître sa frustration à propos de Benyamin Netanyahou. La raison? Sa politique de colonisation des territoires palestiniens occupés mine à terme les chances de la solution des deux États qui a les faveurs de Washington pour résoudre le conflit israélo-palestinien.

Le mercredi 28 décembre, John Kerry a, depuis son ministère des affaires étrangères, prononcé un discours sur la vision du président Barack Obama de la solution du conflit israélo-palestinien. Il l’a fait quelques jours seulement après le vote du Conseil de sécurité des Nations unies d’une résolution (2334) condamnant la colonisation israélienne des territoires palestiniens occupés depuis juin 1967, y compris à Jérusalem-Est.

Pas de paix pour Israël sans la solution des deux États

John Kerry a critiqué la politique de colonisation du gouvernement Netanyahou. Selon lui, cette politique met en danger la solution des deux États que Washington privilégie pour résoudre de manière définitive le conflit israélo-palestinien. C’est en raison de ce danger, a-t-il déclaré, que la représentante permanente de son pays a laissé les quatorze autres membres du Conseil de sécurité de l’ONU approuver le projet de résolution 2334 le vendredi dernier. Cette résolution considère toute les colonies de peuplement israélien dans les territoires palestiniens occupés comme illégales, y compris à Jérusalem-Est. Elle appelle également la communauté internationale à faire la distinction entre les produits en provenance d’Israël et ceux des territoires occupés.

Pour le secrétaire d’État américain, si l’option d’un État unique prévaut, alors Israël "sera juif ou démocratique car il ne peut être les deux (dans ce contexte, ndlr), et ne vivra jamais en paix." Autre inconvénient de l’option du grand Israël: "les Palestiniens ne pourront réaliser pleinement leur potentiel dans leur propre patrie." C’est dire les nombreux inconvénients de l’option du Grand Israël.

Si le premier ministre israélien répète à qui veut l’entendre qu’il est pour la solution des deux États, M. Kerry a constaté qu’avec sa coalition de droite dure et d’extrême droite, jamais un gouvernement israélien n’a été autant otage des colons et que les "tendances sur le terrain –la violence, le terrorisme, l’incitation (à la haine parmi les Palestiniens, ndlr), l’expansion des colonies et l’occupation visiblement sans fin- contribuent à détruire les espoirs d’une paix dans les deux camps et rendent irréversible l'option d'un État unique (celui du grand Israël, ndlr)." A son avis, "la politique de Benyamin Netanyahou est davantage favorable aux colonies que celle de n’importe lequel de ses prédécesseurs et elle penche dans la direction de l’option d’un État unique." M. Kerry a également fait remarquer que l’État hébreu "a renforcé son contrôle sur une bonne partie de la Cisjordanie pour servir ses propres fins." Pendant ce temps, les Palestiniens sont empêchés de se développer: "Les fermes israéliennes fleurissent dans la vallée du Jourdain et les stations israéliennes bordent la mer Morte où aucun développement palestinien n'est permis," a-t-il noté.

Même "sans préjuger ni imposer d’issue" aux parties israélienne et palestinienne, John Kerry a cru bon de dresser les principes qui constituent, selon Barack Obama, une base solide de négociations sérieuses de la paix. Il s’agit d’un plan en six points censé aider les "deux camps" à accoucher d’un accord de paix final puisque "répondant à leurs besoins" et est basé sur un "large consensus international."

Ces six paramètres sont:

1) Les frontières: "Établir des frontières sûres et reconnues par la communauté internationale entre Israël et une Palestine viable et d’un seul tenant, et négociées sur la base du tracé de 1967 avec des échanges mutuels de territoires équivalents acceptés par chacun." Ce principe est contenu dans la résolution onusienne 242 adoptée le 22 novembre 1967 au Conseil de sécurité de l'ONU, quelques mois donc après la guerre des Six-Jours. Pour que les choses soient très claires pour les Israéliens, M. Kerry a averti: "Aucun changement ne sera reconnu par la communauté internationale à moins qu’il ne soit accepté par les deux côtés."

2) Les deux États: "Accomplir la vision de la résolution 181 (adoptée le 29 novembre 1947, ndlr, par) l’Assemblée générale des Nations unies de deux États pour deux peuples, l’un juif, l’autre arabe, avec une reconnaissance mutuelle et une égalité des droits pour la totalité de leurs citoyens respectifs." Autrement dit: les deux peuples vivront dans deux États indépendants et jouissant d’une reconnaissance mutuelle et pourront accomplir leurs aspirations nationales.

3) Le problème des réfugiés: "Trouver une solution juste, acceptable, équitable et réaliste au problème des réfugiés (palestiniens, ndlr), avec l’assistance (de la communauté) internationale, et qui inclut une compensation (financière, ndlr), des options et une aide pour leur trouver des résidences, une reconnaissance de leur souffrance ainsi que d’autres mesures nécessaires pour une résolution globale et cohérente avec (le principe des) deux États pour deux peuples." Mais, le règlement de cette question ne peut "affecter l’essence d’Israël." Autrement dit: que les millions de réfugiés palestiniens ou leurs descendants ne devraient pas s’attendre à pouvoir retourner dans l’Israël d’aujourd’hui.

4) La question de Jérusalem: "Trouver une solution acceptée mutuellement pour Jérusalem comme capitale internationalement reconnue de deux États, protéger et (prendre les mesures nécessaires pour) assurer la liberté d’accès (de tous, ndlr) aux sites religieux en concordance avec le statu quo établi." Autrement dit: Jérusalem devra être partagée entre Israéliens et Palestiniens (et non divisée) et les fidèles des trois religions monothéistes devraient pouvoir accéder à leurs sites.

5) La garantie de sécurité de l’État hébreu et la fin de l’occupation: "Répondre de manière satisfaisante aux besoins d’Israël en matière de sécurité et mettre un terme complet à toute occupation, tout en faisant en sorte qu’Israël puisse se défendre efficacement et que la Palestine puisse assurer la sécurité de sa population dans un État souverain et non militarisé." Le ministre américain est conscient du fait qu’atteindre un juste équilibre dans ce domaine n’est pas une chose aisée, vu sa complexité.

6) Mettre un terme à toutes les revendications des deux camps: "Mettre fin au conflit et à toutes les revendications en suspens, permettant l'établissement de relations normalisées et renforçant la sécurité régionale pour tous, comme envisagé par l’initiative de paix des pays arabes." Pour M. Kerry, ce règlement final permettra aux Palestiniens de vivre enfin dans la dignité et à Israël non seulement d’être reconnu par une cinquantaine de pays arabes et musulmans, mais également d’établir des relations diplomatiques avec eux et de s’intégrer de manière permanente dans la région.

John Kerry a également fustigé la violence, le terrorisme et l’incitation à la haine parmi les Palestiniens. Il a également averti qu'avant de quitter la Maison Blanche Barack Obama ne reconnaîtra pas de manière unilatérale l’État palestinien.

Des voix critiques du discours de John Kerry

John Kerry a rapidement pris connaissance de la réaction suscitée dans son pays et à l'étranger par son discours. Il a dû s’y attendre.

Chuck Schumer (New York) est le futur chef de la minorité démocrate au Sénat. Il a, dans un communiqué, déclaré que ce discours pourrait contribuer, sans le vouloir, à "renforcer les extrémistes des deux côtés." Comment? Il ne l’a pas expliqué! Quand on se rappelle que ce politicien chevronné a ouvertement critiqué l’abstention de son pays au Conseil de sécurité au moment du vote, le 23 décembre, du projet de résolution 2334, on ne peut s’étonner de sa réaction critique du message du secrétaire d’État. Même ton critique chez le Whip des démocrates à la Chambre des représentants, Steny H. Hoyer (Maryland). Pour lui, il faudrait que Washington exprime un soutien sans équivoque à Israël. Mais, la vice-présidente démocrate de la commission sénatoriale des Renseignements Dianne Feinstein (Californie) a soutenu la démarche de M. Kerry, tout comme l’abstention de son pays au Conseil de sécurité. Pour elle, la sécurité de l’État d’Israël passe par la solution des deux États.

Parmi les adversaires républicains, plusieurs voix de poids se sont élevées pour rejeter le discours de John Kerry.

Le président désigné Trump ne s’en est jamais caché: c’est un défenseur inconditionnel de l’État hébreu. Il avait essayé (et échoué) de convaincre le président sortant Obama d’opposer son veto au projet de résolution (2334) au Conseil de sécurité des Nations unies. Avant même que le secrétaire d’État Kerry ne prononce son discours, il a, le même jour, dans un tweet, promis aux dirigeants israéliens qu’une fois investi, les choses seront différentes par rapport à l’administration Obama.

Sur son compte Twitter, le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a affirmé que le ministre n’avait aucune crédibilité de parler de la paix israélo-palestinienne puisqu’il a laissé passer la résolution 2334 à l’ONU: "After allowing this anti-Israel resolution to pass the UN, Secretary Kerry has no credibility to speak on Israeli-Palestinian peace." Ce message a été retweeté 2980 fois et a récolté 6508 j’aime.

Toujours dans le camp républicain, Marco Rubio, sénateur de Floride et candidat malheureux à l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle de cette année, a réagi à deux reprises sur son compte Twitter à l’adresse de John Kerry. Il a, dans un communiqué publié sur ses comptes Facebook et Twitter, déclaré que "le secrétaire d’État (John) Kerry a décidé encore une fois de répondre aux demandes des ennemis de la liberté et a consacré tout un discours à fustiger un pays (Israël, ndlr) qui est l’un de nos plus proches alliés." Il a également déclaré attendre "avec impatience de travailler avec le président élu (Donald) Trump et son administration pour remettre sur les rails notre relation avec Israël." Sur Twitter, ce message a été relayé 432 fois et a obtenu 991 j’aime. Quelques minutes plus tard, le politicien d’origine cubaine a publié un autre tweet pour s’en prendre à l'ONU. Il s'est engagé à "travailler pour que son pays coupe les vivres aux Nations unies si elle voudrait continuer à promouvoir les vues antisémites et anti-israéliennes." Une affirmation injuste et démagogique.

***

Le gouvernement américain privilégie la solution des deux États pour régler de manière finale et globale le conflit israélo-palestinien. Cette option est fidèle à l’héritage des Nations unies, à l’initiative arabe et aux paramètres de Bill Clinton à ce chapitre. Également, elle cherche à réaliser un équilibre entre le besoin de sécurité pour l’État d’Israël et l’aspiration du peuple palestinien à vivre enfin dans un État indépendant et viable. Mais, avec l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche le 20 janvier prochain, la question de l'avenir de cette option se pose. Sera-t-elle mise sur la glace?

30 décembre 2016



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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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