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Nations unies: Les Palestiniens saluent la résolution 2334 contre la colonisation israélienne

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le premier ministre israélien se sentait tellement chez lui à Washington qu’il s’était permis d’humilier à plusieurs reprises le président américain. La coupe de Barack Obama était donc pleine d’un Benjamin Netanyahou qui de surcroît multipliait les obstacles sur le chemin de la création d’un État palestinien, tout en jurant de vouloir le contraire. Le locataire de la Maison Blanche a donc remis les pendules à l’heure. Un geste qui a mis en colère les Israéliens et réjoui les Palestiniens.

Israël a remporté la guerre des Six-Jours en juin 1967. Après avoir restitué à l’Égypte d’Anouar El-Sadate son Sinaï en 1979 en échange des accords de paix, l’État hébreu a gardé sous son occupation militaire la bande de Gaza et la Cisjordanie et annexé Jérusalem-Est en juillet 1980 et le Golan syrien l’année suivante. Les Nations unies n’ont pas seulement refusé de reconnaître cette occupation et ces annexions, mais les ont condamné (les résolutions 476, 478 et 497 du Conseil de sécurité).

Un Netanyahou ébranlé

Le vendredi 22 décembre, le représentant permanent de l’Égypte auprès des Nations Unies, Amr Abdellatif Aboulatta, avait soumis aux quatorze autres membres du Conseil de sécurité un projet de résolution appelant Israël à ''cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation en territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est,'' qui ''met en péril la viabilité de la solution à deux États,'' tout en rappelant son caractère illégal en vertu du droit international. Mais, le lendemain, à quelques heures de la réunion des membres du Conseil, il leur a demandé de reporter le vote.

L’hostilité et les pressions du président américain désigné Trump et du premier ministre israélien Netanyahou n’ont pas dissuadé quatre membres non-permanents du Conseil de sécurité, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, le Sénégal et le Venezuela, de prendre la relève du Caire et de présenter dès le lendemain un texte similaire à l’avis de leurs collègues. Grâce à l’abstention de la représentante permanente des États-Unis, Samantha Power, ce projet a pu être adopté. La décision américaine montre la frustration du gouvernement Obama en raison de la politique coloniale des Israéliens. Une politique qui a permis sous le gouvernement démocrate à près de 100 000 nouveaux colons de s’installer dans les territoires palestiniens occupés, portant leur nombre à presque 600 000. Cette même politique sape de facto l'option privilégié à Washington pour mettre un terme au conflit israélo-palestinien et de faire reigner une paix durable, à savoir l'option des deux États.

La résolution 2334 condamne donc la colonisation israélienne des territoires palestiniens.

Donald Trump n’a nullement apprécié le non-usage du veto par son pays au Conseil de sécurité et l’a fait connaître sur Twitter. Il a promis à cet effet de rectifier le tir après son investiture le 20 janvier prochain comme nouveau président.

La coalition de droite dure et d’extrême droite qui gouverne Israël a été sonnée par l’abstention américaine. Elle ne s’y attendait pas, vu le passé du parapluie américain protecteur à l’ONU. Elle a multiplié les déclarations attestant de son désarroi. Le premier ministre Netanyahou a pour sa part dénoncé une ''résolution honteuse,'' avant d’en sermonner les quinze membres du Conseil de sécurité et l’ambassadeur américain à Tel-Aviv. Du jamais vu pour le Conseil et pour un ambassadeur américain dans ce pays! Il a également accusé M. Obama d’être le véritable initiateur du projet de résolution. Des réactions traduisant son impuissance et sa frustration. Son cabinet a, de son côté, engagé des représailles diplomatiques contre la Nouvelle-Zélande et le Sénégal. Mais, ces deux États ne se sont pas laissé compter.

Passé le moment de surprise, Benyamin Netanyahou a demandé aux membres de son cabinet de faire profil bas, en attendant l’arrivée de la prochaine administration à Washington. Le moyen trouvé par lui pour éviter de susciter une nouvelle initiative inamicale de la part du président Obama avant qu’il ne quitte la Maison Blanche. Il craint comme la peste le Sommet de Paris prévu pour le début du mois de janvier prochain.

Satisfaction palestinienne de la résolution 2334

Une ambiance différente chez les Palestiniens.

Le président de l’Autorité palestinienne (PA) Mahmoud Abbas a qualifié la résolution 2334 le jour de son adoption de ''grand camouflet'' pour Israël. Le lendemain, il était l’invité de marque du souper organisé par la communauté franciscaine à Bethléem, lieu de naissance de Jésus-Christ, à l’occasion des festivités de Noël. Il a saisi l’occasion de son adresse pour commenter en détail la décision du Conseil de sécurité. Sur le site de l’agence de presse officielle Wafa, on peut lire des extraits de cette déclaration.

Le dirigeant palestinien a affirmé que la résolution 2334 était ''un pas dans la bonne direction'' pour son peuple, qu’elle fournit ''les bases légales'' d’une solution à deux États au conflit israélo-palestinien et qu’elle considère comme ''illégale'' la colonisation israélienne: ''Le monde a parlé, la colonisation dans les territoires palestiniens occupés en 1967, y compris Jérusalem-Est, est illégale.''

Même si la résolution a été adoptée sous le Chapitre 6 (non-contraignant) de la Charte des Nations unies, le président palestinien y a vu un appui international et sans équivoque au droit historique du peuple palestinien de disposer de son propre État indépendant.

M. Abbas a tendu la main à Israël. Il a invité son premier ministre Netanyahou (sans le nommer) ''à s’asseoir à la table des négociations pour discuter de tous les sujets en suspens entre nous et les résoudre avec de bonnes intentions… Nous sommes voisins sur cette terre sainte, et nous voulons la paix,'' a rapporté Wafa. ''Vous (Israël) avez votre État, et nous pouvons avoir notre État, et alors nous vivrons côte-à-côte en paix et en sécurité,'' a poursuivi le dirigeant palestinien. Il a ensuite évoque ''l’Initiative de paix arabe'' qui, a-t-il rappelé aux Israéliens, ''verrait 57 pays arabes et musulmans normaliser leurs relations avec Israël si un accord de paix était conclu avec les Palestiniens.'' Cela leur permettrait de ''jouir de la paix et de la sécurité,'' de manière permanente, aux côtés de l’État palestinien et de s’intégrer par la même occasion dans la région.

À Gaza-ville, même satisfaction de la résolution 2334 de la part du mouvement islamo-nationaliste qui gouverne la bande de Gaza depuis plusieurs années. Sur le site Internet du Hamas, on trouve son communiqué de presse à ce sujet. Selon son porte-parole Fawzi Barhoum, ''Le Hamas apprécie la position des États qui ont voté au Conseil de sécurité en faveur de la résolution (2334, ndlr).'' Il a également ''salué cette évolution importante dans les positions internationales en faveur des droits du peuple palestinien.'' Il a, d'un autre côté, appelé à ''davantage de prises de positions comme celle-ci'' pour ''le droit du peuple palestinien (à vivre) sur ses terres et ses propriétés'' et pour permettre ''la fin de l’occupation.''

Le Jihad islamique représente le second groupe islamiste palestinien en importance, après le Hamas. Son porte-parole Daoud Chehab a lui aussi salué la résolution 2334. Selon lui, elle permet d''’isoler, de boycotter et de poursuivre'' en justice Israël devant ''toutes les instances (internationales) pour ses crimes et agressions.''

***

La patience de la ''communauté internationale'' dans le dossier du conflit israélo-palestinien donne des signes d'épuisement. Jouer, comme le fait B. Netanyahou depuis des années, la montre pour multiplier les faits accomplis (les colonies) sur le terrain et rendre ainsi impossible la création d'un État palestinien digne de ce nom, agace même le protecteur américain de l'État hébreu.

26 décembre 2016



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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