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Le Pape François appelle à la fin de la guerre en Syrie

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le Pape François n’est pas un chef d’État comme un autre. Même s’il ne dispose pas d’armée, son pouvoir moral est d’importance. Sa parole n’est donc pas à prendre à la légère.

Il y a quelques jours, le Pape François a célébré ses 80 ans. A l’occasion des fêtes de Noël de cette année, il a adressé, ce dimanche 25 décembre, son traditionnel message "Urbi et orbi" ("à la ville et au monde"). Le Vatican a publié sur son site Internet un verbatim de ce discours.

Le pape François veut la fin du conflit en Syrie

Le souverain pontife a, depuis le balcon central de la Basilique Saint-Pierre de Rome, devant 40 000 fidèles, prié pour "(les) hommes et (les) femmes dans la Syrie martyrisée." Un pays où, selon lui, "trop de sang a été versé." Pour lui, Alep (Est) était "théâtre ces dernières semaines d’une des batailles les plus atroces." Bachar El-Assad a, il y a quelques jours seulement, repris sa partie rebelle par la force et avec l’appui des armées russe et iranienne et le concours de milices chiites sectaires recrutées par Téhéran en Iran, au Liban, en Irak, en Afghanistan et au Pakistan, et à coup de plusieurs crimes de guerre. Suite à un accord négocié par Ankara et Moscou, 13 000 civils et rebelles ont pu quitter la ville.

Le chef spirituel de 1,2 milliard de catholiques a également plaidé pour la fin de la guerre dans ce pays: "Il est temps que les armes se taisent définitivement." Il a aussi appelé la "communauté internationale" à agir "activement" pour trouver "une solution négociée" et acceptable pour les différentes parties syriennes. C’est ce type de solution qui permettrait, selon lui, le rétablissement du "vivre ensemble civil dans le pays."

Mais, dans le contexte actuel, comment arriver à un telle solution entre deux parties aux positions irréconciliables. D'une part, Bachar El-Assad est déterminé à rester au pouvoir par la force, et ce peu importe le prix que pourrait payer encore son pays pour assouvir cette ambition dévorante en termes d'élimination d'opposants, de crimes de guerre et de perte de ce qui reste de souveraineté nationale. D'autre part, avec la destruction de la fabrique syrienne en cinq ans de guerre contre les civils, les crimes de guerre du camp de Bachar El-Assad et la perte du semblant de légitimité  de l'homme fort de Damas, il est peu probable qu'une bonne partie du peuple syrien accepte comme fait accompli tout projet négocié par des puissances étrangères et qui chercherait à lui imposer la reconduction de la Maison des Assad à la tête du pays. C'est dire que le conflit en cours en Syrie n'est pas prêt de trouver une issue de sortie à court terme.

Le Pape argentin a enfin appelé la "communauté internationale" à apporter de manière urgente et garantie "assistance et réconfort à la population civile (qui est) à bout de forces, qui se trouve encore dans une situation désespérée et de grande souffrance et détresse," conformément au droit humanitaire.

"Écrire une nouvelle page de l'histoire" israélo-palestinienne

Le successeur de Saint-Pierre a d’un autre côté évoqué le conflit israélo-palestinien. Il a dit espérer "la paix" en Terre sainte. D’où son appel aux deux parties pour en faire une réalité: " Qu'Israéliens et Palestiniens aient le courage et la détermination d’écrire une nouvelle page de l’histoire" et au lieu de céder à la " haine" et à la "vengeance," qu’ils construisent "ensemble un avenir de compréhension réciproque et d’harmonie."

Cet appel intervient deux jours après le vote au Conseil de sécurité des Nations unies d’une résolution condamnant la politique de colonisation israélienne des territoires palestiniens occupés depuis la guerre des Six-Jours en juin 1967 (Cisjordanie et Jérusalem-Est). C’est l’abstention de la représentante des États-Unis à l’ONU, Samantha Power, qui a permis l’adoption de cette résolution par les quatorze autres membres du Conseil de sécurité. Une décision qui a mis très en colère un premier ministre israélien qui n’a pas hésité à s’en prendre au président Barack Obama et aux pays qui avaient reproposé à l’appréciation du Conseil de sécurité le projet égyptien de résolution. Le président désigné américain Donald Trump a promis de rectifier le tir après son investiture, lui qui s’était montré hostile au projet de cette résolution et l’avait exprimé sur son compte Twitter, après avoir été contacté par Benyamin Netanyahou. Il avait d'ailleurs, tout comme le chef du Likoud, exercé de fortes pressions sur le président égyptien pour qu'il retire son projet de résolution. Pour ne pas perdre complètement la face devant son peuple, Abd El-Fattah El-Sissi a déclaré avoir demandé au Conseil de sécurité de reporter le vote, en attendant l'issue de consultation avec la Ligue arabe. Mais, quatre membres non-permanents du Conseil de sécurité, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, le Sénégal et le Venezuela, ont finalement décidé autrement.

Appel à la concorde également dans le reste du monde

Le souverain pontife s’est également montré sensible à ce qui se passe dans des pays touchés par la guerre, les conflits interethniques, le terrorisme, les crises politiques, les injustices tenaces et la prédation économique. Pour illustrer son propos, il a mentionné les noms des pays suivants: l’Irak, la Libye, le Yémen, le Nigéria, le Soudan, la République démocratique du Congo, l’Ukraine orientale, la Colombie, le Venezuela, le Myanmar et la Péninsule coréenne.

Le Pape François a eu également une pensée pour les victimes du terrorisme, de la violence en général et de la traite des personnes, les exclus, les migrants, les réfugiés et les déplacés.

Le catholique en chef a aussi appelé la "communauté internationale" à agir sans tarder et de manière concrète pour mettre un terme à toutes ces souffrances endurées par tant de monde et à faire régner une ''concorde'' universelle.

***

Encore une fois, le successeur de Saint-Pierre s’est montré fidèle à l’enseignement de paix prêché en leur temps par Jésus-Christ et ses apôtres. Il a essayé de montrer à tous ces gens qui souffrent tant aux quatre coins du monde qu’ils ne sont pas seuls, qu'il se préoccupe de leur sort et qu’il prie pour eux. Mais, il est peu probable qu’il ignore que son message ne sera pas entendu par les puissants du monde puisque leur action obéit à un autre type de considérations.

25 décembre 2016



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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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