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Jordanie: Série d’attaques armées à Karak

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La Jordanie est un pays relativement sécuritaire dans un environnement régional instable. Son alliance avec les États-Unis n'est pas bien vue par une partie de sa population. Des jihadistes pourraient pour leur part essayer de lui faire payer sa participation à la lutte contre le groupe État islamique, en la frappant là où cela ferait assez mal: le tourisme.

La Jordanie est un allié traditionnel des États-Unis. Elle fait partie de la coalition internationale engagée, sous leur égide, dans les frappes aériennes du groupe combattant État islamique (EI) en Irak et en Syrie depuis 2014. Plusieurs jordaniens s’opposent à cette participation car ils craignent d'en payer un jour ou l'autre le prix en termes de sécurité. L’EI a, en décembre 2014, diffusé une vidéo insoutenable où on voit le chasseur jordanien Maaz al-Kassasbeh brûlé vif dans une cage. Il était originaire de Karak. Ce crime effroyable a suscité indignation et colère dans le royaume hachémite. Le lundi 6 juin, premier jour de Ramadan, le mois de jeûne pour les musulmans, un attentat-suicide a visé l'antenne locale des Renseignements généraux de la police à proximité d'un vaste camp de réfugiés palestiniens au nord d'Amman. Cette attaque a causé la mort de cinq jordaniens, dont trois sous-officiers. Les autorités ont arrêté l'auteur présumé de l'attaque. Le mardi 21 juin, un attentat-suicide à la voiture piégée dans une région limitrophe de la Syrie a coûté la vie à six gardes-frontières jordaniens près de la frontière avec la Syrie. Cinq jours plus tard, l’EI a revendiqué cet attentat. Le 4 novembre, trois militaires américains ont été tués dans une fusillade à l'entrée d'un camp d'entraînement militaire situé au sud du pays. Le dimanche 18 décembre, Karak a elle aussi été la cible d’une série d'attaques armées.

La Canadienne Linda Vatcher parmi les victimes de l’attaque armée de Karak

Karak est à environ 120 kilomètres au sud de la capitale jordanienne Amman. Elle comptait en 2004 20 280 habitants. Son château croisé est un monument touristique prisé. Il date du XIIe siècle.

Selon la version des autorités jordaniennes, les événements se sont déroulés en trois moments. D’abord, Qatraneh. Dans cette petite ville de 6949 âmes, dans le district de Karak, la police a reçu un appel pour incendie dans une maison. Quand elle est arrivée sur les lieux, on lui a tiré dessus. Les tireurs ont blessé deux policiers dans l’échange des coups de feu. Ensuite, les malfaiteurs ont pris la fuite à bord d’une voiture. Au passage, ils ont à nouveau tiré d'autres coups de feu sur des policiers en patrouille dans la ville de Karak, mais sans faire de victime cette fois. Ils ont également tiré sur le commissariat de police de la ville. Mais, cette fois, ils ont blessé des policiers et de simples citoyens qui étaient là par hasard. Une chasse à l’homme est alors lancée. Les assaillants se sont retranchés dans la citadelle des croisés qui est à proximité.

Comme des touristes étrangers visitaient au moment des événements le monument historique, les hommes armés les ont pris en otage.

Sur Twitter, un des hashtags dédiés à ce qui s’est passé, #الكرك (#Karak), permettait de suivre presque en temps réel le déroulement de cette opération. La police est parvenue en quelques heures à venir à bout des assaillants et à libérer leurs otages.

Le bilan des victimes est lourd. Les autorités jordaniennes ont recensé côté victimes dix morts, soit sept policiers, deux civils jordaniens et une touriste canadienne, et vingt-sept blessés, des policiers et des civils. Les quatre hommes armés retranchés à la citadelle ont eux aussi été tués.

La Canadienne Linda Vatcher fait partie des dix personnes qui ont perdu la vie hier. Cette enseignante retraitée de Terre-Neuve était âgée de 62 ans. Au moment de l’événement tragique, elle visitait la citadelle en compagnie de son fils. Chris Vatcher fait quant à lui partie des vingt-sept blessés.

Aujourd’hui, le bureau du premier ministre canadien a, sur son site Internet, publié un communiqué dans lequel Justin Trudeau s’est dit "choqué et attristé d’apprendre la mort d’une Canadienne et la blessure de son fils dans une attaque terroriste." Il a offert ses "condoléances à la famille et aux amis des victimes de cet acte haineux et violent." Il s’est aussi dit "solidaire" de l’allié jordanien et lui a offert l’aide du Canada pour lutter contre le terrorisme.

L’ambassade canadienne à Amman a demandé, sur Twitter, aux citoyens canadiens d’éviter de voyager près de Karak jusqu'à nouvel ordre.

Pas de revendication des attaques armées

C’est la première fois en Jordanie qu’une attaque armée se déroule dans un site touristique.

Pour le moment, les autorités restent muettes sur l’identité des assaillants. On ne sait pas s’ils sont des bandits ou des terroristes. Mais, une chose est claire au moment de la mise en ligne de cette chronique: pas de revendication de l’EI ou d’un autre groupe terroriste de ces attaques armées.

Sur Twitter, beaucoup de Jordaniens ont exprimé leur indignation à cause des attaques armées. Ils les ont condamnés. Plus de mille volontaires ont rapidement fait des dons de sang pour venir en aide aux blessés.

***

Plusieurs attentats ont donc eu lieu ces derniers mois en Jordanie. Un pays où le tourisme représente une manne importante pour l’économie nationale: 14% du PIB en 2015. Comme la sécurité est un élément clé de l’économie du tourisme, le risque est que la succession d’attaques armées démoralise même les plus téméraires des touristes et les pousse à chercher des destinations alternatives et plus sécuritaires. Approfondissant la crise économique du pays et créant de nouvelles tensions politiques. La recette idéale pour ébranler la société et secouer le régime politique en place.

19 décembre 2016



** La victime canadienne Linda Vatcher. Droits de l'image: sa page Facebook. 


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État islamique
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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