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Nikki R. Haley nommée ambassadrice à l’ONU

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le président élu Donald J. Trump a nommé plusieurs fidèles à des postes clés au sein de son gouvernement. Après avoir nommé plusieurs hommes, il a, le 23 novembre, désigné une première femme à un poste clé. C'est Nikki Haley. Elle devrait succéder à Samantha Power au poste d'ambassadrice aux Nations unies.

Dès son élection à la tête des États-Unis, le républicain Donald J. Trump a su qu’il n’avait pas beaucoup de temps devant lui avant le jour de son investiture comme nouveau président. Pour s'y préparer, il a multiplié les rencontres et les consultations. Devant les fortes pressions subies de part et d'autre, il a été obligé d'annoncer assez rapidement différentes nominations importantes: son chef de cabinet, son stratège politique, ses ministres de la justice et de la sécurité nationale et le directeur de la CIA. Une nouvelle personnalité a été nommée quelques jours plus tard.

D’une petite enfance à Bamberg aux marches du State Capitol de Raleigh

Nimrata Nikki (Haley) est née en 1972 à Bamberg, en Caroline du Sud (sud-est). Ses parents sikhs, Dr. Ajit Singh et Raj Kaur Randhawa ont, au cours des années 1960, immigré aux États-Unis en provenance d’Inde. Les Randhawa se sont installés dans cet État. Leur labeur dans le secteur privé leur a permis de devenir prospères. En 1998, leur fille Nikki a obtenu un baccalauréat en comptabilité à l’Université de Clemson.

Nikki Randhawa a d’abord travaillé dans Exotica international, l’entreprise de sa mère des vêtements haut de gamme. Elle a siégé en 1998 au conseil d’administration de la chambre de commerce du comté Orangeburg et en 2003 à celui de la chambre de commerce de Lexington. L’année suivante, elle est devenue la présidente de l’Association nationale des femmes propriétaires d’entreprises. Cela lui a donné de la visibilité sociale et lui a ouvert les portes de nombreuses organisations, dont la West Metro Republican Women (WMRW) et le chapitre de la NAWBO en Caroline du Sud. La NAWBO est une association professionnelle nationale dédiée à la défense des intérêts des femmes d’affaires. Elle a des chapitres dans plusieurs villes américaines.

Nikki Randhawa s’est convertie à la foi méthodiste, avant de se marier en 1996 avec Michael Haley, un capitaine de la Garde nationale et vétéran d’Afghanistan. Elle est mère de deux enfants, Rena (18 ans) et Natin (15 ans).

En 2004, elle s’est présentée au nom du Parti républicain à l’élection de la Chambre des représentants de l’État. C'était un plébiscite en sa faveur (98,94%). Elle s’est par la suite fait aisément réélire à deux reprises à ce poste en 2006 et 2008.

Son conservatisme fiscal, ses valeurs sociales et ses états de service à la Chambre ont fait gagner à sa candidature au poste de gouverneur de la Caroline du Sud les appuis de figures nationales du Tea Party, dont l’ancienne gouverneure de l’Alaska et colistière de John McCain à l’élection présidentielle de 2008 Sarah Palin, et de Républicains modérés, dont l’ancien gouverneur du Massachusetts et candidat à l’élection présidentielle de 2012 Mitt Romney. La vague Tea party lui a permis d'accéder en 2011 au poste de gouverneur de son État. Elle l'a conservé lors du scrutin suivant. Avec son élection, elle a réussi le double exploit: être la première femme gouverneure dans l'histoire de cet État conservateur et la plus jeune des gouverneurs du pays. Sans oublier le fait qu'elle est la seconde personne d’origine indienne à devenir gouverneur. Le gouverneur de la Louisiane Bobby Jindal avait montré la voie dès 2007.

Comme gouverneure de la Caroline du Sud, Mme Haley a prôné le conservatisme fiscal comme philosophie de gestion. La transparence du gouvernement, la réforme de l’éducation, le commerce et la création de l’emploi ont fait, selon son site officiel (governor.sc.gov), partie de ses priorités. Elle s’est, sur un autre plan, opposée à l’accord nucléaire conclu il y a une année entre l’Iran d’un côté et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU en plus de l’Allemagne. Elle a d'ailleurs cosigné l’année dernière, avec quinze gouverneurs républicains, une lettre adressée au président démocrate Barack Obama pour signifier leur opposition à cet accord. Elle s’est également montrée intraitable à propos de BDS, un mouvement palestinien qui cherche en fait à contraindre Israël à mettre un terme à son occupation des territoires palestiniens et ce en encourageant la "communauté internationale" à boycotter ce pays, à ne pas y investir et à adopter à son endroit des sanctions. Quand il pense à cela, le fondateur de BDS a à l’esprit la campagne internationale de boycott de l'Afrique du Sud du temps de l’Apartheid et qui avait finalement menée à la fin de ce régime raciste, à la libération du leader historique de l'ANC Nelson Mandela et à la transition démocratique dans son pays. Sous le leadership de la gouverneure Haley, la Caroline du Sud est devenu un des deux premiers États de l’Union (l’autre est l’Illinois) à adopter des mesures hostiles à BDS (Loi no. H3583). Avec cette opposition à l’accord nucléaire et à BDS, elle s’est trouvée un point en commun avec la droite israélienne, a réjoui le lobby pro-Israël dans son pays et s’est inscrite dans la droite ligne de la politique de l’establishment républicain.

La gouverneur Haley s’est fait connaître dans le pays en 2015. Le 17 juin de la même année, un suprématiste blanc du nom de Dylann Roof (21 ans) s’est introduit dans une église historique pour les Afro-Américains à Charleston, l'Emanuel African Methodist Episcopal Church, et a fait neuf morts et cinq blessés, des fidèles qui priaient au moment de l’attaque. Ce crime haineux a choqué le pays. La Chambre des représentants de l’État s’est alors réunie et 94 de ses 114 membres ont voté le retrait du drapeau confédéré, symbole de la ségrégation, des jardins du parlement de l'Etat. Au Sénat local, 37 votants contre 3 avaient, deux jours plus tôt, voté en faveur de la même chose. Ouvrant la voie à la signature, le 10 juillet, par la gouverneure du décret autorisant une telle chose. Une fois la bannière décrochée, elle s’est retrouvée au Confederate Relic Room and Military Museum.

Au cours des primaires de l’investiture du Parti républicain de cet été, Nikki Haley avait d’abord soutenu le sénateur de Floride Marco Rubio et après son désistement s’est tournée vers le sénateur du Texas Ted Cruz. Mais, après le retrait de celui-ci, elle a, du bout des lèvres, appuyé la candidature du magnat de l’immobilier Donald J. Trump. Elle lui reprochait, entre autres, le fait de ne pas prendre ses distances avec les suprématistes blancs et sa promesse d’interdire aux musulmans de fouler le sol américain. Il a rétorqué en l’accusant d’être "faible" face à l’immigration illégale. Les sympathisants du Newyorkais n’ont pas apprécié qu’elle le critique ouvertement. Pour se venger, ils sont allés jusqu’à se moquer de son prénom indien, Nimrata.

Une ambassadrice à l’ONU sans expérience internationale

Le 8 novembre, le candidat Trump est élu comme nouveau président du pays. Après avoir désigné plusieurs membres de son futur cabinet, on a fait remarquer qu’ils sont tous des hommes blancs, d’un certain âge et des loyalistes de la première heure au Républicain. C’est dans ce contexte que la nomination à la tête de la diplomatie américaine aux Nations unies de Nikki Haley (ainsi que celle d’une autre femme le même jour) a été annoncée le 23 novembre. La gouverneure de la Caroline du Sud a accepté le poste. Elle en a parlé sur son compte Twitter. Selon un communiqué publié par l’équipe de Donald Trump: Mme Haley a réagi avec ces propos après sa nomination: "Notre pays doit faire face à d'énormes défis, au niveau domestique et international, et je suis honorée que le président élu m'ait demandé de rejoindre son équipe et de servir le pays que nous aimons en tant que prochaine ambassadrice aux Nations unies."

C’est inhabituel qu’un président élu annonce la nomination de son ambassadeur à l’ONU avant même que son secrétaire d’État ne soit désigné. Aussi, les présidents Ronald Reagan, Bill Clinton, George W. Bush and Obama n’avaient choisi leurs ambassadeurs avant la date de leur assermentation comme nouveaux présidents. C’est dire l’importance que Donald Trump accorde à ce poste.

L’expérience internationale de Nikki Haley se résume à ses sept missions commerciales en Europe à titre de gouverneure pour négocier des accords avec des entreprises étrangères. Mais, elles n’ont pas toutes été une réussite et un de ses périples (effectué en 2011) a coûté $127.000 aux contribuables de son État. Ils ne s’en ont pas cachés. Le président élu était au courant de ce manque d’expérience en politique étrangère. Mais, cela n’a pas pesé dans la balance au moment de prendre sa décision. Dans un communiqué, il a insisté sur le talent de négociatrice de la gouverneure, un atout nécessaire, selon lui, pour bâtir des coalitions et conclure des accords internationaux. Le sénateur de son État Lindsey O. Graham a lui aussi défendu ce choix. À ses yeux, le fait qu'elle soit consciente de l’enjeu de la guerre contre l’islam radical la rendait éligible pour le poste. Mais, soyons juste avec la Républicaine. Son prédécesseur au même poste, Samantha Power, avait une longue expérience internationale avant d'être nommée par Barack Obama. Mais, cela ne lui a pas été d’un grand secours face à plusieurs crises internationales. Elle avait l’air à plusieurs reprises (et son gouvernement avec elle) d’être prise de cours face aux coups de poker de Vladimir Poutine. Au final, elle a été réduite à constater l’impuissance de son pays à lui faire échec par exemple en Ukraine ou en Syrie.

Si elle est confirmée par le Sénat, Nikki Haley devra faire face à plusieurs crises internationales complexes et d’envergure. On peut mentionner ici la guerre contre les civils (et non la guerre civile, comme on l'entend souvent dans les médias et le discours public) en Syrie qui a détruit la fabrique sociale, causé la mort de plus de 400 000 personnes et poussé des millions de civils à se déplacer à l’intérieur de leur pays ou à prendre le chemin de l’exil, accentuant la pression sur plusieurs pays d’accueil dans la région et dans l’Union européenne. On peut également penser à la politique agressive de la Russie face aux pays qui, dans le passé, faisaient partie de l’espace soviétique ou étaient sous son influence et qui aujourd'hui lui résistent à l’ombre du parapluie otanien. Cette politique a permis à Vladimir Poutine d’annexer une partie du territoire de l’Ukraine (Crimée) et d’envahir sa partie Est, avec l’intention de dicter à Kiev sa politique domestique et étrangère et le choix de ses alliances internationales, comme si ce pays n’était pas souverain. C’est cette même motivation qui l’a amené à déployer des systèmes de défense anti-aérienne S-400 et des missiles de courte portée Iskander à Kaliningrad, une enclave russe coincée entre les pays baltes et la Pologne, tous membres récents de l’UE et de l’Otan. Le déploiement de cet arsenal militaire dans cette région a surpris les pays européens membres de l’OTAN et a irrité les États-Unis. Moscou a justifié son geste en le présentant comme une réaction au déploiement par l’OTAN de son système de défense anti-missiles en Pologne et en Roumanie et de ses troupes dans les États baltes.

On peut aussi penser à l’avenir de l’OTAN, aux tensions sino-américaines dans les mers Est et Sud de la Chine, au casse-tête d’une Corée du Nord aux ambitions nucléaires, à la guerre au Yémen, au conflit israélo-palestinien, à la politique agressive de l’Iran dans son voisinage arabe et la prolifération nucléaire. Ces exemples montrent combien les défis qui l’attendent sont énormes.

***

La nomination de Nikki Haley permet à Donald Trump de faire d’une pierre plusieurs coups. Elle lui permet de tendre la main à l’establishment républicain. Elle apporte une dose de diversité dans une équipe assez homogène. Elle enverrait un signe d’apaisement à l’adresse des minorités, cible de ses attaques pendant la campagne. Si elle est confirmée par le Sénat, Nikki Haley sera la seule femme à siéger au milieu de quatorze hommes au Conseil de sécurité des Nations unies. Elle devra alors agir comme l’interprète de la politique étrangère de son pays et des décisions de son président auprès des pays membres des Nations unies.

3 décembre 2016



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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