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Donald Trump veut punir la profanation de la bannière étoilée

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La bannière étoilée fait partie des symboles forts de l’imaginaire américain. Si elle est intouchable pour une partie de la population, pour l’autre la brûler fait partie des manières d’exprimer une opinion politique.

Quand il veut exprimer une opinion, le président élu Donald Trump le fait très souvent sur Twitter. Pour en apprendre un peu plus, il invite ses 16 400 000 abonnés à le faire sur Facebook où il compte 15 681 646 abonnés. Souvent, il ne s’exprime ni sur le contexte ni sur la raison de sa prise de position. Le message sur l’outrage au drapeau est la plus récente illustration de cette mécanique.

"Personne ne devrait avoir le droit de brûler le drapeau américain"

A 7 heures du matin du mardi 29 novembre, Donald Trump a affirmé sur Twitter que  "personne ne devrait avoir le droit de brûler le drapeau américain. Si certains le font, il doit y avoir des conséquences, peut-être la déchéance de nationalité ou la prison!" Une prise de position qui n’est pas passée inaperçu.

Cette opinion est anticonstitutionnelle.

La Cour suprême des États-Unis s’est prononcée sur cette question, à deux reprises. Une première fois en 1989. La seconde, l’année suivante. Conformément à son arrêt "Texas v. Johnson" rendu (à cinq juges contre quatre) en 1989, les lois d'État réprimant le fait de brûler le drapeau (et donc le geste de Gregory Johnson) ont été déclarées incompatibles avec le premier amendement et la Constitution américaine. Dans le même ordre d'idée, le juge ultra-conservateur Antonin Scala, décédé en février, a affirmé en 2012, à l’antenne de CNN, que brûler des drapeaux était une forme d’expression protégée par le premier amendement de la Constitution. Le candidat Trump a qualifié cet ancien membre de la Cour suprême d’''excellent juge'' et s’est engagé à nommer quelqu’un qui a le même profil pour le remplacer.

La Cour suprême a dû revenir à la charge en 1990 dans l’affaire "les États-Unis v. Eichmann" et statuer (à cinq juges contre quatre) que l’amendement proposé pour réviser la Constitution américaine et permettre au Congrès de voter des lois interdisant de brûler le drapeau américain au pays, est anticonstitutionnel.

Dans les deux cas, la haute juridiction a donc affirmé que brûler la bannière étoilée est autorisé au nom de la sacro-sainte "liberté d'expression (premier amendement). Mais, ces deux arrêts n’ont pas découragé ceux qui, au Congrès, dont la sénatrice démocrate Hillary Clinton, voulaient criminaliser la profanation du drapeau, puisqu’ils ont récidivé encore une fois en 2005. En vain!

Donald Trump isolé sur la profanation du drapeau

Sur cette question, le président élu a montré le peu de cas qu’il fait de la Constitution américaine et des droits garantis par elle à tout citoyen. Mais, il s’est retrouvé seul.

Le chef de la majorité républicaine du Sénat Mitch McConnell a affirmé que cette "activité est protégée par le premier amendement." Même son de cloche chez le chef de la majorité républicaine à la chambre des Représentants, Kevin McCarthy. Même réaction chez le porte-parole du président démocrate Barack Obama, Josh Earnest.

S’il voulait tester la classe politique sur cette question, il sait désormais que ni chez les démocrates ni parmi son propre camp républicain, on était prêt à le suivre. C’est dire son isolement politique.

Pour donner du sens à l’opinion de Donald Trump, plaçons-la dans le contexte post-électoral. Depuis son élection le 8 novembre dernier, brûler la bannière étoilée est devenu un symbole de la contestation anti-Trump. C’est ce qu’ont voulu exprimer des étudiants de l'Hampshire College dans le Massachusetts quand ils ont brûlé le drapeau national. Ce geste a fait le tour du pays et a suscité un débat national. La même contestation est portée par tous ces mouvements sociaux mobilisés depuis le 9 novembre et dont les jeunes représentent la colonne vertébrale. Leur cri de ralliement "Not my president" ("pas mon président") exprime leur refus d’être représentés par Donald Trump sur la scène internationale et trahit leur inquiétude de l'impact de ses politiques sur leur vie quotidienne. Les annonces des premières nominations pour siéger dans son gouvernement ne les ont pas rassuré. Autrement dit: le fameux tweet du président élu est une réaction à toutes ces manifestations de rejet de son élection. Comme c'est un homme très narcissique et à l'égo démesuré, il ne peut supporter qu'on lui résiste et encore moins qu'on lui dise non. On dirait qu'il souffre d'une blessure narcissique et qu'il a donc besoin d'être rassuré tout le temps sous forme de louanges ou d'acquiessement au moindre de ses désirs.

***

Donald Trump n'a pas encore réussi à calmer l'inquiétude de plusieurs aux États-Unis, y compris au sein de son propre camp. S'il voulait se rabibocher avec l'establishment républicain, son appel à punir toute personne qui brûlerait un drapeau américain ne faciliterait pas sa tâche. Mais, cela a l'avantage de maintenir la mobilisation de l'électorat qui l'a porté à la Maison Blanche le 8 novembre dernier. La question maintenant est de savoir s'il continuera à jouer à cela après le 20 janvier prochain

 

1er décembre 2016

 



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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