Tolerance.ca
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.

Donald Trump menace d’annuler l’accord de normalisation des relations avec Cuba

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Chacun, son Fidel. Il y a ceux qui louent les réalisations de cette figure importante du 20e siècle dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la recherche scientifique. Il y a aussi ceux qui blâment son régime communiste pour ses violations des libertés et des droits humains. D’où les réactions à sa disparition des uns et des autres, y compris aux États-Unis.

Le vendredi 25 novembre, Fidel Castro est mort dans son lit à La Havane. Il avait 90 ans. Sa disparition n’a laissé personne indifférent. Chacun avait son propre Fidel. Pour les uns, c’était le sauveur incarné du peuple cubain. Pour les autres, son geôlier. Aux États-Unis, l’influente communauté des Américains d’origine cubaine s’est réjouie de la nouvelle. Le président élu Donald J. Trump y a lui aussi réagi. Tout un contraste avec le message et la manière du président Barack Obama.

"Fidel Castro is dead!"

Après la diffusion de la nouvelle de la mort du leader historique de la révolution cubaine, l’actuelle locataire de la Maison Blanche a salué sa mémoire: "L’histoire jugera l’impact de cette figure hors-norme." Il a également tendu la main au peuple de l’île tropicale: "Dans les jours qui viennent, les Cubains vont regarder leur passé, et aussi leur avenir. Qu’ils sachent que les États-Unis sont leur ami et leur partenaire." Des paroles réconfortantes pour la famille Castro et rassurantes sur l’avenir des relations entre leurs deux pays.

Fidèle à ses habitudes, le président élu Trump n’a pu s’empêcher de réagir à ce qui s’est passé à La Havane quelques heures plus tôt. Il l’a fait en deux temps sur les réseaux sociaux.

D’abord, il a publié sur Twitter un message laconique: "Fidel Castro est mort!" Ce message a récolté 190 000 likes et a été partagé 96 000 fois, au moment de la publication de cette chronique. Mais, être laconique ne fait pas partie de sa marque de fabrique. C’est pourquoi il fallait s’attendre à le voir revenir à la charge sur ce sujet et se montrer plus loquace. Ce sera chose faite quelques heures après.

Dans un communiqué publié sur sa page Facebook, celui qui doit une partie de sa victoire le 8 novembre à l’appui des Américains d’origine cubaine, a publié un communiqué dans lequel il a livré le fond de sa pensée. Il s’est montré dur avec l’illustre cubain. Il a dit de lui que c’était "un dictateur brutal qui a opprimé son propre peuple." Des propos qui devaient enchanter tous ces exilés cubains qui avaient fui l’île tropicale pour toutes sortes de raisons, dont la répression et la violation des droits humains par le régime castriste, et qui ne portent pas dans leurs cœurs le "Lider Maximo."

Pour remporter les voix de ces électeurs, le candidat Trump avait menacé en pleine campagne présidentielle de remettre en cause l’accord scellé en juillet 2015 par Barack Obama et Raul Castro. Pour rappel, cet accord a assoupli l’embargo économique, commercial et financier imposé le 3 février 1962 par le président Dwight Eisenhower à l’île communiste après la nationalisation et l’expropriation des compagnies américaines par le nouveau régime castriste. Il a été renforcé depuis par plusieurs de ses successeurs. Ce dégel a permis la réouverture, le 20 juillet 2015, d’ambassades dans les deux capitales (nomination en septembre dernier de l’ambassadeur américain Jeffrey DeLaurentis à La Havane et du Cubain José Cabanas à Washington), la hausse du plafond permis pour les transferts d’argent vers les familles à Cuba, la suppression en octobre de restrictions d’importation visant les cigares et le rhum cubains et la facilitation des voyages entre les deux pays. Pour essayer de rendre cette amorce de normalisation "irréversible," Barack Obama s’est rendu sur l’île en mars 2016 et a rencontré son homologue Raul Castro. Mais, il a soigneusement évité de rencontrer son frère aîné pour ne pas faire les choux gras des milieux anticastristes et les Républicains en général. Cela lui a valu une chronique bien sentie d'El comandante Fidel parue dans la Granma, une sorte de Pravda locale.

La seconde partie du message de Donald Trump porte sur l’avenir des relations entre les deux pays. Il a déclaré espérer que la disparition de l’ancien dirigeant communiste permette "l’éloignement des horreurs endurées trop longtemps (et marque le début d’une) étape menant à un avenir dans lequel ce magnifique peuple cubain vivra finalement dans une liberté grandement méritée." Il a poursuivi: "notre administration fera tout ce qu'elle peut pour faire en sorte que le peuple cubain entame finalement son chemin vers la prospérité et la liberté." Il a enfin déclaré "espérer voir un jour, comme tous ces nombreux Cubains-Américains qui l’avaient soutenu pendant la campagne, Cuba devenir enfin libre." Il a donc montré les couleurs de son futur gouvernement.

Le président sortant Obama est conscient du fait que son successeur pourrait, dès le lendemain du 20 janvier prochain, annuler les ordres exécutifs qu’il avait signés et qui avaient rendu possible l’amorce de dégel des relations de son pays avec Cuba. Il pourrait donc défaire cette partie de son héritage en politique étrangère. Comme on l’a vu ci-dessus, le candidat Trump avait devant des Américains-Cubains de Floride, menacé de le faire. Mais, pour lâcher prise là-dessus, il a des conditions. Son futur secrétaire général de la Maison-Blanche les a rappelées ce dimanche. À l’antenne de Fox News Sunday, Reince Priebus a déclaré que le président élu voudrait voir de la part de La Havane une évolution dans "la bonne direction" pour pouvoir poursuivre la relation diplomatique bilatérale. Pour se montrer plus clair, il a ajouté: "Nous devons obtenir un meilleur accord" sur les questions suivantes: "la répression, l’ouverture des marchés, la liberté religieuse, les prisonniers politiques." Pour son patron, "ces choses doivent changer pour que l'on ait une relation ouverte et libre."

***

Après avoir survécu à onze présidents américains et aux multiples tentatives d’assassinat de la CIA, Fidel Castro meurt en pleine transition à la tête du pouvoir à Washington. Avec un Raul âgé de 85 ans, le régime castriste pourrait-il se permettre d'aller dans le sens voulu par le nouveau président élu américain sans risquer de perdre le contrôle de la situation à La Havane? D’un autre côté, M. Trump n’aurait-il pas intérêt à maintenir en place la politique cubaine de Barack Obama et attendre de voir les choses venir à l'île longtemps rebelle? Mais, pourrait-il se le permettre d’un point de vue politique?

27 novembre 2016



Réagissez à cet article !
Pour écrire votre réaction, nous vous encourageons à devenir membre de Tolerance.ca® ou de vous identifier si vous êtes déjà membre. Vous pouvez poster une réaction sans devenir membre, mais vous devrez compléter vos informations personnelles pour chaque réaction.

Devenir membre (gratuit)   |   S'identifier

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®. Vous devez lire Les règlements et conditions de Tolerance.ca® et les accepter en cochant la case ci-dessous avant de pouvoir soumettre votre message.
Votre nom :
Courriel :
Titre :
Message :
 
  J'ai lu et accepté les règlements et conditions de Tolerance.ca®.
Chronique
Cet article fait partie de

Le monde de Donald J. Trump
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

Lisez les autres articles de Aziz Enhaili
Suivez-nous sur ...
Facebook Twitter