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Mohamed VI pèse de son poids royal dans l’affaire Saâd Lamjarred

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

L’affaire des agressions sexuelles présumées du chanteur Saâd Lamjarred défraie la chronique au Maroc et en France. C’est pourquoi la décision de Mohamed VI à ce chapitre ne pouvait passer inaperçue.

Cela fait plusieurs jours que le chanteur de variétés marocain Saâd Lamjarred est détenu dans une prison parisienne. Il est poursuivi en France pour viol aggravé avec violences. Sa présumée victime est une jeune française âgée de 20 ans. Les admirateurs inconditionnels de la star marocaine rejettent catégoriquement ces accusations. Jusque-là, rien de surprenant de la part d’adorateurs privilégiant une logique de solidarité primaire au dépens d’une attitude basée sur l’observation de principes modernes comme la primauté de la loi et le respect des procédures judiciaires.

Mohamed VI politise l’affaire Saâd Lamjarred

Ce lundi, un nouveau développement s’est produit relativement à cette affaire. L’agence officielle de presse la MAP a publié sur son site web un court article qui nous apprend que le chef d’État du Maroc en personne a non seulement "conseillé" à la famille Lamjarred de faire appel aux services de son avocat Éric Dupont-Moretti, mais a aussi décidé de "prendre" en charge les frais de défense de son fils Saâd. Le grand pénaliste français était celui qui avait, il y a un an, défendu le Palais royal dans le procès dit du "chantage royal" qui l’opposait à Catherine Graciet et Eric Laurent, deux journalistes qui voulaient monnayer la non-publication d’un livre sur Mohamed VI en échange d’une somme substantielle. Depuis, leur étoile a pali.

L’agence officielle a eu vent de l’information sur l’affaire Lamjarred auprès de l’ambassade marocaine en France.

Mohmed VI avait décoré le chanteur de variétés d’un Wissam du mérite national de l’ordre de chevalier. C’était l’année dernière à l’occasion de la Fête de la jeunesse.

En se mêlant de la sorte de cette affaire d’agressions sexuelles présumées, Mohamed VI l'a politisé, autrement dit elle est devenue une affaire entre les deux pays et non plus seulement entre la présumée victime et son présumé agresseur. Mettant le gouvernement Hollande dans une situation embarrassante. Le choix du ténor français n’est pas non plus dû au hasard. Les prochains jours pourraient apporter leur lot de remous.

En apprenant la nouvelle d’immixtion directe de Mohamed VI dans cette affaire d’agressions sexuelles présumées de M. Lamjarred, c’était l’état de choc ce matin chez plusieurs Marocains. Ils ont été outrés. Ils n’ont pas encore décoléré. Ils n’ont pas compris pourquoi et comment le chef de l’État s'était-il permis une telle décision. Ils ont exprimé ce désaccord, du moins leur étonnement, sur les réseaux sociaux. Plusieurs femmes n’ont pas hésité à exprimer leur dégoût de cette décision. Pour elles, cela revenait à encourager le viol. On sentait presque la montée de la colère de tous ces gens.

En prenant cette décision, Mohamed VI a pris le risque de donner, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, l’impression de privilégier le parti d’un chanteur dont l’innocence (ou la culpabilité) n’a pas encore été établie. Ce risque a-t-il été calculé par son entourage? Plus grave encore: il a engagé son capital politique ainsi que le nom et la réputation de tout un pays dans la balance de l’accusé, un homme sur lequel pèsent des accusations graves et qui risqueraient de lui coûter des années de sa vie s’il était reconnu coupable; sans parler des retombées nombreuses sur sa carrière et son image. Autre élément défavorable à la décision royale: si la justice blanchissait l'accusé, au moins une partie de ses détracteurs y verrait la patte du Palais royal. Autrement dit: s'il voulait aider la cause du chanteur de variétés, il a raté son coup.

***

L'affaire des agressions sexuelles présumées de Saâd Lamjarred est donc entre les mains du Palais royal. Si la décision de Mohamed VI est susceptible de plaire aux millions d'admirateurs du chanteur, elle n'est pas du goût de tous les Marocains.

31 octobre 2016



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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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