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Israël: Mahmoud Abbas aux funérailles de Shimon Pérès

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas a fait le choix stratégique de la négociation avec la partie israélienne d'un accord de paix global et définitif devant mener à la création d'un État palestinien indépendant et viable aux côtés de l'État d'Israël. Sa présence aux funérailles de Shimon Pérès est un message que la paix reste une option valable pour lui.

Shimon Pérès (Perski, de son nom d'origine) est né en 1923 à Vishneva, une ville située aujourd’hui en Biélorussie, après avoir fait partie à l’époque de la Pologne. En 1934, il a immigré avec ses parents dans une Palestine encore sous mandat britannique. Il était le dernier des pères fondateurs de l’État hébreu encore vivant, avant de décéder le 28 septembre à Ramat Gan, dans la banlieue de Tel-Aviv, à l'âge de 93 ans.

Le geste symbolique du successeur de Yasser Arafat

 Shimon Pérès a eu une longue carrière politique. Il a changé de parti à plusieurs reprises et siégé à la Knesset (parlement) pendant plus de 45 ans. En plus de sa nomination comme ministre dans douze cabinets, il a été premier ministre à trois reprises (1977, 1984-1986 et 1995-1996), avant de devenir en 2007 le neuvième président israélien. Avec son prix Nobel de la paix obtenu en 1994 exæquo avec son premier ministre d’alors Rabin et le chef de l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP) Yasser Arafat, son nom devient lié aux accords de paix d’Oslo, des arrangements qui n’ont jamais débouché sur un accord définitif accouchant d'un État palestinien aux côtés de celui d’Israël.

En apprenant la nouvelle de la mort de Shimon Pérès, le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas a envoyé une lettre de condoléances à la famille du défunt. Il y a exprimé son "chagrin", tout en notant que c’était un "partenaire de la paix des braves," aux côtés de Yasser Arafat et de Yitzhak Rabin. Lui-même avait œuvré avec l’Israélien dans ce cadre, du vivant du leader historique du mouvement national palestinien et une fois qu’il l’a remplacé à la tête de l’AP.

Le Hamas, mouvement rival du Fatah de Mahmoud Abbas et qui contrôle la bande de Gaza, a critiqué le chef de l’AP pour son geste. Aux yeux du mouvement islamo-nationaliste, l’ancien président israélien était un criminel de guerre et non un faiseur de paix. Une lecture largement répandue dans l’opinion publique arabe et parmi les Palestiniens.

Ce vendredi, Mahmoud Abbas est arrivé à Jérusalem. Il était à la tête d’une délégation comprenant Saeb Erakat, le secrétaire général de l’OLP et longtemps négociateur en chef, le chef des services secrets Majid Faraj, le ministre des affaires civiles Hussein Al-Sheikh et le chargé des relations avec la société civile israélienne Mohammad al-Madani. Mais, pour pouvoir le faire, il fallait que Benyamin Netanyahou donne son accord. Un rappel à qui l'aurait oublié que les Palestiniens demeurent encore sous occupation militaire israélienne et ne sont donc nullement maîtres de leur destin national.

Pour apprécier ce voyage, rappelons-nous que la dernière visite officielle de M. Abbas en Israël remonte au mois de septembre 2010. L’occasion pour lui  de rencontrer Benyamin Netanyahou et la secrétaire d’État américaine d’alors Hillary Clinton pour relancer des négociations directes entre les deux parties. Mais, ces pourparlers se sont effondrés deux semaines plus tard. La dernière fois où les deux hommes se sont serrés la main remonte au mois de novembre dernier, quand ils se sont rencontrés à l’occasion du Sommet de Paris sur les changements climatiques.

Mahmoud Abbas s’est donc rendu aux funérailles de Shimon Pérès. À la demande de la famille du défunt, il s’est retrouvé au premier rang des dignitaires qui ont fait le déplacement. Cette touche a dû lui faire plaisir. Cela montre que les Pérès ont saisi la portée symbolique du geste du dirigeant palestinien. Ce que M. Netanyahou n'a pas semblé comprendre, lui qui n'a même pas fait allusion à sa présence parmi les dignitaires rassemblés à Jérusalem.

M. Netanyahou et sa femme Sarah ont salué Mahmoud Abbas. Les deux dirigeants se sont serré la main et ont eu un court échange. Le dernier a fait remarquer au premier que cela faisait "un long moment" qu’ils ne s’étaient pas vus. Ce à quoi a répondu l’Israélien qu’il appréciait sa présence aux funérailles de M. Pérès. Les deux hommes n'avaient pas l'air d'être mécontents de leur rencontre.

Le premier ministre israélien n’était pas le seul à apprécier la visite du Palestinien. Le président américain Barack Obama en a touché un mot en faisant le lien avec la mémoire du défunt et "le travail qui reste à finaliser" pour mettre un terme définitif au long conflit israélo-palestinien. La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a, pour sa part, vu dans la rencontre impromptu qui a duré moins d'une minute un "motif d’espoir" pour la reprise des négociations de paix.

***

Depuis plusieurs années, le processus de paix israélo-palestinien est en état de mort clinique. Que MM. Netanyahou et Abbas se serrent la main est une chose, mais relancer les négociations de paix est une autre paire de manche. Pour le moment, le chef du Likoud ne la considère pas comme une priorité. Il est persuadé que le contexte régional actuel sert l’intérêt de son pays et rend la situation des Palestiniens plus précaire. C’est pourquoi Sarah Netanyahou devrait attendre longtemps encore avant de voir le dirigeant palestinien l’honorer de sa visite chez elle.

30 septembre 2016



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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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