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Donald Trump à Mexico pour se donner une stature présidentielle

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le candidat républicain Donald Trump a mauvaise presse dans son pays. Les électeurs modérés, y compris au sein du Parti républicain, se méfient de lui à cause de ses déclarations au sujet, entre autres, du sort qu'il aimerait réserver aux 11 millions d'immigrants clandestins qui vivent aux États-Unis. Avec une telle réputation, il sait qu'il ne pourrait gagner le 8 novembre prochain. D'où l'urgence d'agir pour tenter de rectifier cette image désastreuse.

Le candidat républicain à la Maison-Blanche a bâti une partie de sa rhétorique de campagne sur le dos des Mexicains. Il a passé toute une année à les traiter de "violeurs", de "criminels", de "vendeurs de drogue" et à promettre de déporter les millions d’illégaux parmi eux s’il est élu le 8 novembre prochain. Contre toute attente, il s’est rendu, le mercredi 31 août, à Mexico. Une visite éclair qui s’est déroulée le même jour où il devait en soirée prononcer à Phœnix, en Arizona, son discours très attendu, depuis plusieurs semaines, sur le thème de l’immigration.

Donald Trump obtient ce qu’il voulait d’Enrique Peña Nieto

Il y a plus d'une semaine, le président Enrique Peña Nieto avait invité Donald Trump et Hillary Clinton à lui rendre visite à Mexico. Si la démocrate a décidé de prendre son temps avant d’y aller, son adversaire républicain a sauté sur l’occasion et rapidement accepté l’invitation.

Étant tous les deux bas dans les sondages nationaux dans leurs pays respectifs, Enrique Peña Nieto et Donald Trump espéraient tirer un bénéfice politique de cette rencontre. Stephen Bannon, le nouveau directeur exécutif de la campagne du Républicain, a joué un rôle clé dans la préparation de cette visite. Il savait ce qu'on attendait de lui: convaincre les électeurs républicains modérés, indépendants et même démocrates de voter pour son employeur en novembre prochain. Comment y arriver alors que les électeurs modérés, républicains et indépendants, se méfient de lui et que les démocrates ne pensent pas qu’il soit apte pour la fonction suprême? Pour relever ce défi, il fallait réussir le tour de force de lui donner un air présidentiel. Dans ce contexte, l’invitation faite au magnat de l’immobilier par le président mexicain était un cadeau tombé du ciel. Il ne pouvait rêver mieux. Elle devait lui fournir l’occasion de se tenir debout à côté du président en exercice d’un État membre du G20, prendre à ses côtés part à une conférence de presse et tenir en sa présence des propos policés sur son pays après un an de campagne d’insultes. Une mise en scène destinée à convaincre la majeure partie des électeurs américains que même si M. Trump n’est encore qu’un candidat, il peut non seulement être invité par des chefs d’État en exercice, mais également être responsable et donc se débrouiller aisément sur la scène internationale. Autrement dit: il a l’étoffe d’un chef d’État et est donc présidentiel. L’ancien directeur du site Breithbar savait que les impressions sont importantes dans une campagne électorale.

La rencontre d’Enrique Peña Nieto avec Donald Trump s’est déroulée à Mexico, à Los Pinos (la résidence présidentielle).

Le président mexicain savait très bien tout le mal que pense son visiteur de quelques heures de tous ses compatriotes qui sont des illégaux aux États-Unis. Il était également au courant du projet du magnat de l’immobilier de construire un long mur entre leurs deux pays et de son intention de refiler par la suite la facture à Mexico. Il savait aussi que son visiteur aimerait renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA, entre autres, avec le Mexique. Non seulement il trouve cet accord mauvais pour les entreprises et les travailleurs américains, mais également estime que le Mexique n’est pas un pays ami pour les États-Unis: "Ils ne sont pas nos amis, croyez-moi" et "(ils) nous tuent économiquement", a-t-il déclaré dans un discours prononcé l’année dernière.

M. Trump savait pour sa part qu’il est détesté au Mexique. Il était également au courant de ce qu’avait dit de lui son hôte, il y a à peine quelques mois. Il l’avait, dans une entrevue accordée en mois de mars dernier à un journal mexicain, comparé à Adolf Hitler et Benito Mussolini, avant de se rétracter par la suite.

Enrique Peña Nieto a essuyé les foudres de beaucoup de Mexicains en colère à cause de l’invitation (et de la publicité gratuite) faite à M. Trump. Leur ancien président Vicente Fox n’est d’ailleurs pas allé par quatre chemins. Il a déclaré à CNN que le candidat républicain n’était pas le bienvenu dans son pays: "Laissez-moi vous dire qu'il n'est pas le bienvenu au Mexique. Au nom de ses quelque 130 millions d'habitants, nous ne l'aimons pas, nous ne voulons pas de lui."

La nouvelle de la visite à Mexico de M. Trump est tombée alors que son adversaire démocrate se trouvait à Cincinnati, dans l'État de l’Ohio, pour faire un discours sur le thème des relations internationales. Cette visite surprise a fait de l’ombre à son activité de campagne du jour. Hillary Clinton a été très rapide sur la gâchette avant même que l’avion de son adversaire atterrisse sur le tarmac de l’aéroport de Mexico. Pour elle, forger des relations avec un pays ne peut faire l’économie de "labeur soutenu et de confiance personnelle." À ses yeux, "il en faut plus (qu’une séance photo) pour tenter d'effacer un an d'insultes et d'insinuations que de débarquer chez nos voisins pendant quelques heures avant de revenir à la maison."

La rencontre du candidat républicain avec le président mexicain s’est déroulée loin des caméras de télévision. La question qui flottait en l’air était de savoir s’il allait adoucir son ton ou si au contraire il allait maintenir sa ligne dure sur le thème de l’immigration.

Juste après, le candidat républicain et son hôte ont tenu une conférence de presse. Pour éviter tout impair, le visiteur a lu la note préparée pour l’occasion par son équipe de campagne. Il a serré la main de l’"ami" Peña Nieto pour la prise des photos. Il a vanté les nombreuses qualités de "l’incroyable" peuple mexicain et dit son admiration pour les Américains d’origine mexicaine. Il a évité les sujets qui fâchent et toute excuse pour ses propos de campagne.

À entendre son message, on dirait que ce n’était pas le même candidat qui avait passé une année de campagne à insulter les Mexicains. Mais, l’essentiel pour lui n’était pas là. Comme nous l’avions mentionné ci-dessus, il était à Mexico pour s’offrir des airs de présidentiable. À la lecture d’un des posts sur sa page Facebook, on sent sa satisfaction des résultats de l’exercice: "Ma visite à Mexico était excellente. J’ai rencontré le président Enrique Peña Nieto. Un leader extraordinaire et hautement qualifié. Hâte à notre prochaine rencontre."

Si le candidat Donald Trump a eu son moment présidentiel, le président Peña Nieto a quant à lui raté la coche. Au lieu de lui demander, à titre d'exemple, de s’excuser pour ses insultes des Mexicains, il a eu l’air de les justifier. S’étant rendu trop tard compte de sa bévue, il a essayé de se rattraper, mais après le départ de son invité controversé. Il s'est contenté d'écrire sur Twitter: "Au début de ma conversation avec Donald Trump, je lui ai dit que le Mexique ne payerait pas pour la construction du mur." Mais, c’était trop peu, trop tard pour son opinion publique.

***

Sur sa route vers l’Arizona, où ses sympathisants l'attendaient de pied ferme pour les entretenir à propos du thème de l'immigration, Donald Trump n’a pas ressenti le besoin de répondre à son hôte de quelques heures, lui qui est d'habitude rapide sur la gâchette. Pourquoi le faire puisqu’il a eu le dernier mot et surtout ce qu'il voulait d'un Peña Nieto qui n’a pas su comment réagir et à temps.

6 septembre 2016



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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