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La Fondation Clinton s'invite dans la campagne électorale

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Depuis son investiture comme candidat républicain, Donald Trump continue, sans relâche, de dépeindre son adversaire Hillary Clinton comme une politicienne corrompue. Il exploite le financement étranger  de la Fondation Clinton pour tenter d'accréditer cette accusation.

Depuis la Convention républicaine, le candidat à la Maison-Blanche Donald Trump continue de traîner de la patte derrière son adversaire démocrate Hillary Clinton. Les différents sondages au niveau national le montrent. Mais, avec l’affaire des courriels de l’ancienne secrétaire d’État de Barack Obama et celle du financement étranger de la Fondation Clinton, il a la possibilité de cultiver le doute sur le sens éthique et l’indépendance de son adversaire, dans l’espoir d’inverser cette tendance de plus en plus lourde.

Financement étranger de la Fondation Clinton

L’ancien président démocrate Bill Clinton a créé, à la fin de son premier mandat, la fondation qui porte son nom. La Fondation Clinton est une ONG humanitaire à but non lucratif. Pour se financer depuis le départ de son fondateur de la Maison-Blanche, elle fait des levées de fonds aux États-Unis et à l’étranger. Cela lui a permis de récolter à titre d’exemple un total de 218 millions de dollars en 2014. Ses donateurs sont des États, des particuliers et des corporations. Elle œuvre principalement en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes. Elle lutte, entre autres, contre l’obésité chez les enfants américains et aide plusieurs pays dans les domaines de la pauvreté, de la santé, de l’éducation et de l’environnement. Des bienfaits que personne de censé ne peut nier. Mais, il y a un sujet qui a fini par devenir un caillou dans la chaussure de la candidate démocrate et épouse de Bill Clinton: le financement étranger de l’œuvre de leur fondation.

Le lundi 22 août, M. Trump a, dans un communiqué, appelé les Clinton à "fermer immédiatement" leur Fondation. Il a, le même jour, dans un post publié sur sa page Facebook, dépeint son adversaire sous des traits dépréciatifs: "Hillary Clinton défend un statu quo corrompu et truqué'' et l'a attaqué elle et son mari, mais sans apporter la moindre preuve à l'appui: ''Les Clinton ont passé des décennies à se remplir les poches en s'occupant de leurs donateurs au lieu du peuple américain.'' Et de conclure, à sa manière excessive et sans apporter de preuves: ''Il est désormais apparent que la fondation Clinton soit l'entreprise la plus corrompue de l'histoire politique." Le tout pour arriver à cette conclusion: "Elle doit être fermée immédiatement."

Mike Pence était en campagne le même jour à Cedar Rapids, en Iowa. Lui aussi a fait à Mme Clinton le même appel que celui de son colistier Trump: "Aujourd’hui, Donald Trump et moi-même appelons (Hillary Clinton) à l’action. (…) Elle devrait fermer la Fondation Clinton immédiatement."

Au cours d’une discussion téléphonique, le matin du 22 août, avec les trois animateurs de l’émission "Fox & Friends", Donald Trump a réitéré son appel aux Clinton pour qu'ils ferment leur fondation et a rajouté une couche (destinée à séduire les femmes et les minorités) en leur demandant de retourner leurs dons aux pays qui: "font œuvre de discrimination à l’endroit des femmes, des homosexuels et des minorités." Des pays dont les politiques et les valeurs sont contraires à ceux des États-Unis.

Pour lui, ces dons ne sont pas désintéressés et les pays qui les avaient faits cherchaient à influencer la politique étrangère des États-Unis quand Mme Clinton était secrétaire d’État (2009-2013). L’allusion est faite ici par exemple à plusieurs États arabes, dont l’Arabie saoudite et le Qatar, qui avaient versé des millions de dollars à la caisse de la Fondation pendant cette période.

Tout en faisant cette réflexion, il n'a pas soufflé mot sur le fait qu'il avait lui-même contribué à la caisse de cette institution. S'il n'est pas convaincu du caractère altruiste des dons d'entreprises privées reçus par cette fondation familiale, comment pourrait-il en même temps défendre sa contribution à sa caisse et prétendre qu'elle était purement de bon coeur?

Le controversé ancien maire de New York et ferme partisan de M. Trump, Rudy Giuliani, a renchéri en déclarant à Fox News on Sunday (21 août) que "la Fondation (Clinton) devrait être poursuivie pour racket." Il a également accusé l’ancienne secrétaire d’État "d’avoir rendu des services aux donateurs de la Fondation Clinton." Cela revient pour lui à de la "corruption." Mais, sans apporter la moindre preuve à l'appui de ces accusations!

La découverte de courriels d’un haut dirigeant de la Fondation demandant à deux collaborateurs de l’ancienne secrétaire d’État de faciliter une rencontre entre un important donateur, le milliardaire libano-nigérian Gilbert Chagoury, et un haut diplomate américain au Liban, a ajouté de l'eau au moulin des critiques. Même si on ne sait pas si cette démarche s'est révélée concluante, cette révélation a, tort ou à raison, donné raison à tous ceux qui doutaient de la probilité, de l'éthique et de la transparence de l’organisme et a posé plus que jamais la question de conflit d’intérêts en son sein.

Mise sur la défensive, la Fondation Clinton s’est défendu de mal agir. Un de ses représentants a déclaré dimanche dernier à CNN, qu’en cas d’élection de la démocrate en novembre prochain, elle n’accepterait plus de dons d’étrangers ou d’entreprises privées. Toujours dans cette éventualité, Bill Clinton a, le jeudi 18 août, annoncé de son côté qu'il démissionnerait du conseil d’administration, ne donnerait plus de discours payés et que la réunion de la Clinton Global Initiative de grands donateurs, de célébrités et de dirigeants étrangers, prévue pour le mois de septembre prochain, sera la dernière pour sa fondation.

Le 22 août, Donald Tump faisait campagne à Akron en Ohio. L’occasion pour lui d’aller un peu plus loin dans son offensive tous azimut et d’ajouter une couche à son refrain usé à la corde de la "Hillary, la corrompue"; au grand plaisir de sympathisants habitués désormais à chanter en chœur "Enfermez-la derrière les barreaux." Il a, à cette occasion, lancé un appel aux autorités pour qu’un "procureur spécial" soit "immédiatement" chargé d’enquêter sur ce qu’il a qualifié "(d’) agissements criminels" de son adversaire. Encore une fois, sans apporter la moindre preuve à l'appui.

Dans la sphère philanthropique, la Fondation Clinton a bonne presse. Mais, cela dit, qu'on le veuille ou pas, recevoir des dons conséquents d'entreprises privées et surtout de donateurs étrangers pose la question de conflits d'intérêts potentiels. Ce qui nous amène à poser deux questions: qu'est-ce qui empêchait cette oeuvre à but non lucratif de prendre conscience depuis toutes ces années de cette question éthique? Pourquoi attendre jusqu'au 8 novembre prochain pour mettre un terme aux dons d'entreprises et d'étrangers? Pourquoi ne pas le faire maintenant?

***

Avec des sondages nationaux défavorables, Donald Trump fait feu de tout bois, d'où ses attaques répétées contre la Fondation Clinton. En se tuant à la tâche, il espère en faire un thème central de campagne et améliorer par la même occasion sa cote électorale. Le même Trump qui ne souffle mot sur l'avenir de sa propre fondation en cas d'élection. Cela dit, si l'oeuvre de la Fondation Clinton aux États-Unis et surtout à travers le monde plaide en faveur de son maintien en place, elle devrait revoir son organisation et ses procédures pour se protéger de toute apparence de conflits d'intérêts à l'avenir et gagner un surcroît de légitimité.

30 août 2016



** Crédit de l'image: la Fondation.


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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