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Donald Trump: Paul Manafort démissionne de la direction de campagne

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Moins de 80 jours séparent les Américains de leur élection présidentielle du 8 novembre prochain. Pourtant, le bateau du candidat républicain à la Maison-Blanche Donald Trump a encore de la difficulté à lever le voile. Ses différents ajustements d’équipe de campagne le montrent.

La campagne du candidat républicain à la Maison-Blanche ne va pas bien. De sondage en sondage, Donald Trump reste derrière son adversaire démocrate Hillary Clinton. En deux mois seulement, il a dû changer d’équipe à deux reprises. Comme si cela n’était pas suffisant, son équipe a dû, le vendredi 19 août, annoncer la démission de celui qui devait la diriger.

Paul Manafort et son ''passé'' ukrainien

Après le congédiement en juin dernier du controversé Corey Lewandowski (42 ans), Donald Trump (70 ans) a chargé Paul Manafort (67 ans) de la présidence de sa campagne. Il espérait que ce dernier réussisse là où son prédécesseur avait échoué, c’est-à-dire renverser une tendance défavorable dans les intentions de vote. Mais, deux mois plus tard, il a déchanté et dû se résoudre à la décision de se séparer de lui aussi. Que s’est-il passé entre-temps pour le pousser à prendre cette décision d’importance?

Le proche collaborateur du candidat républicain, Corey Lewandowski. Crédit de l'image: son compte Twitter. 

Deux raisons principales expliquent cette décision.

D’une part, des considérations électoralistes. M. Manafort n’est pas tombé de la dernière pluie. C’est un vétéran des conventions républicaines. Le financier Thomas Barrack a convaincu son ami Donald Trump de l’embaucher. Le 19 mai, la nouvelle recrue est arrivée dans le décor à titre de stratège en chef de la campagne, quelques semaines seulement avant le congédiement de M. Lewandowski.

MM. Lewandowsky et Manafort ne voyaient pas les choses de la même façon et leurs styles manageriels étaient différents. Le slogan fétiche du premier était de ''laisser Trump être Trump'', c’est-à-dire le laisser agir sans filtres. Il voyait également d’un bon œil la participation du candidat républicain à différentes émissions politiques. L’idée était que plus Donald Trump participe à des émissions, plus il sera visible et les gens apprécieront son franc parler et cela se traduirait dans les intentions de vote. Si lui et son patron étaient très proches, les membres de la famille de celui-ci ne l’appréciaient pas. Ses conflits répétés avec les enfants Trump et son échec à régler le problème des délégués républicains hostiles à la nomination du magnat de l’immobilier ont rendu inéluctable son départ.

M. Manafort était pour sa part adepte d’une gestion minutieuse de la campagne. Pour lui, rien ne devait être laissé au hasard. Plus question avec lui de ''laisser Trump être Trump.'' La fréquence de sa participation aux émissions politiques des réseaux nationaux devait diminuer. Le prompteur était de rigueur au moment de faire des discours sur des thèmes clés (économie, sécurité nationale et la la loi et l’ordre). Plus de place pour les attaques contre des Républicains critiques du candidat officiel de leur parti. La cible devait être Hillary Clinton et personne d'autre. Autrement dit: plus de place pour l’improvisation tonitruante. Donald Trump lui doit également le choix comme colistier du gouverneur de l’Indiana et sa caution conservatrice Mike Pence. Aussi, la Convention républicaine de Cleveland l’a intronisé comme son candidat officiel à la Maison-Blanche pour l’élection du 8 novembre prochain.

Mais, après le rebond constaté dans les intentions de vote au niveau national juste après la convention, les déclarations controversées de Donald Trump et ses attaques de la famille Khan et de différentes minorités lui ont coûté très cher. Depuis, sa cote dans les sondages nationaux n’a jamais pu dépasser celle de son adversaire démocrate. C’est dire les limites de la recette du bon docteur Manafort.

Comme si cela n’était pas suffisant, une nouvelle tuile est tombée sur la tête de la campagne, accélérant le départ de la recrue vedette.

Suite aux révélations d’une enquête du New York Times (15 août), le président de la campagne de Donald Trump s’est retrouvé mêlé à une vieille affaire de corruption impliquant l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch dont il était un conseiller. Ce dirigeant pro-Poutine a fui son pays en 2014 et s'est réfugié à Moscou après avoir été renversé par une coalition de forces partisanes de l’adhésion de leur pays à l’Union européenne et à l’OTAN. Une orientation stratégique dont ne veut à aucun prix entendre parler le maître du Kremlin et qui explique plusieurs mesures hostiles prises par lui, dont l’annexion par la force de la Crimée et l’appui multiforme apporté aux opposants est-ukrainiens au nouveau régime pro-occidental à Kiev. Des mesures prises pour déstabiliser le pays et lui forcer la main pour qu'il s'éloigne de l'Occident et regagne le giron de la Russie, comme si l'Ukraine n'était pas un pays souverain qui avait le droit de faire ses propres choix stratégiques et de politique étrangère en fonction de son intérêt national. Le journaliste du Times a également parlé d’un total de 12,7 millions de dollars reçus secrètement à l'époque en plusieurs versements par le conseiller de Donald Trump en échange de conseils et services rendus.

L'Associated Press a ajouté une nouvelle pièce au dossier à charge contre M. Manafort. Selon des courriels cités dans un article, sa compagnie avait orchestré à Washington une campagne de lobbying pour le compte du gouvernement ukrainien de l'époque sans être inscrite dans le registre des lobbies étrangers, ce qui est illégale.

M. Manafort a nié les accusations du Times. Le camp adverse a sauté sur cette occasion pour tenter d’établir un lien entre les déclarations sympathiques de Donald Trump sur l'ancien agent du KGB (ex: ''Vladimir Poutine est un grand leader!'') et cette affaire, malgré l'absence de preuves à l'appui. Mais, l'essentiel pour les démocrates était ailleurs: une belle occasion pour porter un coup à leur adversaire.

Ces révélations risquaient donc de nuire par ricochet à la campagne de Donald Trump. Elles pouvaient rappeler aux électeurs ses appels controversés au président russe pour qu’il espionne le compte d’Hillary Clinton, des gestes qui ont poussé un ancien directeur par intérim de la CIA à sortir de sa réserve et à commenter sa campagne. Sur les colonnes du New York Times (5 août), Michael Morell n'a pas mis de gonds quand il a écrit qu'un président Trump ''pourrait représenter une menace pour la sécurité nationale.'' Un homme qui agit, sans en prendre conscience, comme un agent au service de la Russie, a-t-il ajouté. À ces accusations graves s'est ajoutée une considération supplémentaire. La possibilité qu’en défrayant la chronique, M. Manafort pouvait aussi faire de l’ombre au candidat républicain; ce qui était exclu pour le premier concerné.

La coupe était donc pleine pour Donald Trump.

À la lumière de ces considérations, M. Manafort devait savoir que son sort était scellé. En attendant de le pousser vers la sortie, des signaux ont été envoyés. Le 17 août, on a appris la nouvelle du remaniement complet de l’équipe de campagne de M. Trump. Avec la désignation comme ''directeur exécutif'' de la campagne de Stephen Bannon (62 ans) du Breitbart, une publication conservatrice familière des théories conspirationnistes, et à la ''gestion'' de la campagne de la juriste, présidente de compagnie et commentatrice à CNN et Fox News Kellyanne Conway (49 ans), l’ancien rival de Corey Lewandowski savait qu’il était temps pour lui de prendre le large avant de se faire montrer la porte, sans ménagement. Il a donc, deux jours après l’arrivée de ces deux dirigeants à bord de la campagne du candidat républicain, présenter sa démission et M. Trump l’a rapidement acceptée.

***

En deux mois, le candidat républicain à la Maison-Blanche a dû remanier son équipe de campagne à deux reprises. Un signe d'une organisation déficiente. La question maintenant est de savoir si les deux nouvelles recrues réussiront là où avaient échoué leurs prédécesseurs et s'ils ne vont pas, à un moment ou un autre de la campagne, entrer en conflit. La question se pose en raison de leurs styles et personnalités différentes.

24 août 2016



* Le président de la campagne de Donald Trump, Paul Manafort. Crédit de l'image: son compte Twitter. 


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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