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Donald Trump qualifie Barack Obama de créateur de l’État islamique

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La controverse est un trait constant de la campagne de Donald Trump. Depuis le début, pas une polémique n’attend l’autre. C’est un moyen qui l’a aidé à venir à bout de ses rivaux républicains et à remporter l’investiture du parti de l’Éléphant. Les adversaires démocrates du magnat de l’immobilier ont eux aussi goûté à ses dérapages.

Les affaires du candidat républicain à la Maison Blanche ne vont pas bien. Il ne cesse de recevoir des coups d’un peu partout. Des figures éminentes de la sécurité nationale ont mis en garde les Américains contre son élection le 8 novembre prochain. La liste qui ne cesse de s’allonger de tous ccs Républicains qui ont soit déclaré refuser de voter pour lui, soit annoncé qu’ils voteront pour son adversaire démocrate Hillary Clinton ou encore qu’ils quitteront un parti dont lequel ils ne se reconnaissent plus. Pour ne rien arranger à son cas, les sondages se succèdent et apportent d’autres mauvaises nouvelles pour lui dans les États pivot surtout depuis qu’il s’en est pris aux parents d’un militaire tué en Irak. Un climat décourageant pour Donald Trump et qui ne favorise guère la sérénité chez lui.

"(Barack Obama) a créé l’État islamique"

Le mercredi 10 août, Donald Trump faisait campagne dans l’État de Floride. Une foule de sympathisants s’est déplacée au &T Center à Sunrise pour l’écouter en soirée. Il a critiqué vertement la politique étrangère du président démocrate (et de sa secrétaire d’État Hillary Clinton) et sa décision de retirer le gros des troupes militaires américaines d’Irak, créant ainsi un vide rapidement rempli par le groupe combattant État islamique (EI). À son avis, les États-Unis n’auraient jamais dû y aller car cela "a déclenché la fureur dans tout le Moyen-Orient." Il a donc accusé Barack Obama d’avoir semé le "chaos" dans cette partie du monde et estimé que l’EI faisait pour sa part "honneur au président Obama".

Il s’est ensuite exclamé: "Il (Barack Obama) est le fondateur de l'EI, d'accord? C'est lui le fondateur! Il a créé l'EI." Il s’en est ensuite pris à son adversaire à l’élection de novembre prochain: "Je dirais que la co-fondatrice (de l’EI) est cette tordue d'Hillary Clinton." Pour lui, si elle a refusé d’utiliser l’expression "terrorisme islamique radical," c’est par peur de la réaction de M. Obama. Une façon de la dépeindre comme une femme avec une personnalité faible et qui serait donc non qualifiée pour la fonction suprême.

S’il avait auparavant accusé l’ancienne secrétaire d’État d’avoir contribué à l’apparition et l’essor de l’EI au Moyen-Orient à cause de la politique étrangère de son gouvernement, c’est la première fois qu’il accuse ouvertement le président démocrate d’en être purement et simplement le fondateur. Avec cette affirmation farfelue, il est allé plus loin que la fois, où à l’antenne de ''Fox and Friends'' du 15 juin, il l’a accusé d’appuyer l’organisation terroriste. À l’appui de cette accusation , il a accompagné un tweet d’un article conspirationniste paru dans le site controversé Breitbart.

Comme si cela n’était pas suffisant, il a fait à Sunrise référence au nom complet du président: Barack Hussein Obama, comme si l’origine musulmane du père Obama était pertinente pour la conversation sur la politique d’Obama fils. Un clin d’œil à cette clientèle d’extrême droite qui affirme, sans la moindre preuve à l’appui, que le président démocrate serait un crypto musulman. Une façon pour eux et pour le controversé magnat de l’immobilier de mettre en doute sa loyauté à son pays et délégitimer sa présidence.

Accuser en personne le commandant en chef de forces armées engagées dans la guerre à l’EI sur plusieurs fronts d’en être le fondateur va à l'encontre de la vérité. D'où les réactions négatives suscitées au sein des démocrates et des républicains. Mais, ce n’est pas la première fois que les commentaires de M. Trump provoquent l’ire de toutes parts. Le mois dernier, son appel aux Russes pour qu’ils trouvent et rendent publiques les trente milles courriels supprimés par Hillary Clinton de son compte personnel et sa polémique avec la famille du soldat Khan tué en Irak lui ont attiré les foudres de plusieurs, y compris au sein de son propre camp.

Cette fois encore, Donald Trump a cru s’en sortir avec sa pirouette habituelle. Il a publié un tweet ce vendredi. On peut y lire que son message sur un Barack Obama fondateur de l’EI était ''sarcastique''. L’occasion pour lui de s’en prendre encore une fois à la chaîne d’information CNN et à son sens de l’humour prétendument absent. Ce message a été retweeté à 4261 reprises et apprécié 11 938 fois.

Mais, tous n’ont pas goûté cette justification à la sauce Trump. Dans un tweet, le sénateur démocrate du Connecticut Chris Murphy a écrit "être à la recherche d’un président qui a un bon sens de l’humour à propos de l’État islamique en Irak et en Syrie, des assassinats et de la cyberguerre russe." Une allusion aux trois fois où le candidat républicain a dû battre en retraite et se dédire après le tollé suscité par ses propos à la grandeur du pays.

Dans le camp républicain, le sénateur du Tennessee et président de la commission des relations étrangères Bon Corker a estimé pour sa part que Donald Trump est allé "loin, trop loin" avec ses récentes affirmations (The Hill, 12 août). C’est dire l’embarras suscité chez plusieurs républicains par leur candidat officiel.

***

De deux choses l’une: soit Donald Trump exprime mal ses idées, soit les médias font exprès de mal interpréter son message pour lui nuire. Notre note sarcastique mise à part, faire des affirmations non fondées et revenir dessus presque aussitôt envoie un mauvais message aux électeurs en général. Cela pourrait leur montrer que le candidat républicain n’est pas sérieux ou qu’il est mal entouré, dans le meilleur des cas; ou pire qu’il manque tellement de tempérament qu'à la moindre pression, il flanche et donc il n'aurait pas ce qu'il faut pour devenir le prochain président du pays.

12 août 2016



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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