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Convention républicaine: Ted Cruz tient tête à Donald Trump

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Comme le dit l’adage populaire: la vengeance est un plat qui se mange froid. Le sénateur ultraconservateur Cruz semble bien assimiler l’enseignement. Mais, pas le candidat républicain à l’élection présidentielle du 8 novembre prochain. A force de laisser des cadavres sur son chemin, on finit par être rattrapé en cours de route.

Le Grand Old Party (GOP) a tenu à Cleveland en Ohio une Convention nationale de quatre jours. Les deux premiers jours ont été gâchés à cause de quelques controverses. On espérait que la participation de Mike Pence, le colistier de Donald Trump et gouverneur de l’Indiana, à la troisième journée fasse une différence. On croyait également que ce jour sera le sien. Mais, c’était méconnaître le rival du magnat de l’immobilier new yorkais lors des primaires républicaines.

Camouflet à Donald Trump

Les délégués républicains ont donc désigné le controversé Donald Trump comme le candidat officiel de leur parti et voté en faveur du choix du gouverneur ultra-conservateur Mike Pence comme son colistier. Ce politicien est une caution conservatrice pour un homme dont le doute subsiste sur ses convictions et positions économiques et sociales (dont l’avortement et le mariage homosexuel). Comme on pouvait s’y attendre, ce dernier a, le 20 juillet, non seulement accepté sa désignation, mais également défendu sans équivoque celui qui l’a choisi comme son éventuel vice-président. La machine devait en principe fonctionner cette soirée sans accroc, mais c’était sans compter avec ce grain de sable du nom de Ted Cruz qui l’a enrayée.

Les délégués acquis à Donald Trump voulaient entendre du sénateur texan qu’il lui apporte son soutien officiel et qu’il appelle les Républicains à l’appuyer. Mais, c’était peut-être trop lui demander.

Ted Cruz, arrivé deuxième à la course à l’investiture républicaine, a pris la parole après le sénateur Marco Rubio, autre rival défait par Donald Trump pendant les primaires. Il a, au début de son allocution, félicité l’homme d’affaires pour sa désignation comme candidat officiel du parti, mais a évité de le nommer durant le reste de son discours ou de faire son éloge. Plus important: au lieu de lui apporter son appui ou appeler explicitement les Républicains à voter pour lui, il leur a demandé de voter selon leur conscience: ''Si vous aimez votre pays et aimez vos enfants autant que je les aime, levez-vous, parlez et votez selon votre conscience''. Quand on sait ce que pense le natif de Calgary des convictions conservatrices du controversé new yorkais, le message subliminal est assez clair. Il leur a également demandé de participer en masse aux élections de novembre prochain: '' À ceux qui nous écoutent, je vous prie, ne restez pas chez vous en novembre, votez pour des candidats à tous les niveaux auxquels vous faites confiance pour défendre vos libertés et seront fidèles à la Constitution!'' Visiblement, on a là un homme qui était à la convention pour partager avec les Républicains sa vision conservatrice de l’avenir de leur pays et non pour endosser le choix du candidat officiel du parti. Tout un camouflet infligé à son rival à la course à l’investiture.

Pour montrer qu’il est bon prince, Donald Trump a réagi à cet affront sur Twitter: ''Je l'ai laissé parler quand même. Pas grave!'' Mais, c’en était trop pour ses partisans. Ils ont hué le sénateur du Texas. Aussi, ni le directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafoort, ni son fils Eric n’ont été tendres à son endroit. Pour eux, il a rompu le contrat moral des candidats aux primeurs de soutenir in fine le vainqueur et donc n’avait rien à faire à la convention.

Il fallait une escorte pour que l'épouse du sénateur, Heidi, puisse quitter en toute sécurité la Quicken Loans Arena. Pour faire de l’ombre à son frère-ennemi texan, le candidat républicain s'est fait remarquer dans la zone réservé aux VIP.

Le lendemain de son allocution, M. Cruz a expliqué son coup par les attaques de Donald Trump contre sa femme et son père. Il fait allusion ici à deux épisodes peu glorieux d’une campagne à l’investiture où les insultes et les attaques personnelles ont fusé. Sur Twitter, le New Yorkais avait opposé une jolie photo de sa femme Melania à une image peu flatteuse d’Heidi Cruz avec un commentaire assassin: "les images valent des milliers de mots". Piqué au vif, son rival lui a demandé de "foutre la paix à Heidi", tout en le traitant au passage de "brute new-yorkaise" et de "lâche pleurnichard". D’autre part, le candidat républicain avait insinué que le père de M. Cruz, Rafael, était lié à l’assassinat de J.F Kennedy.

Ceux qui croyaient que la désignation de M. Trump comme candidat officiel du GOP allait l’amener à mettre de côté les théories de conspiration se sont rendus compte qu’il n’en était rien. Le voilà, douze heures seulement après la fin de la convention nationale, revenu à la charge et insinuer encore une fois que le père du ''rebelle'' était lié à l’auteur de l’assassinat du président Kennedy. Une façon de démoraliser son adversaire ultraconservateur. Cela indique que le candidat républicain garderait le cap tracé durant les mois précédents de sa campagne à l'investiture. La candidate démocrate présumée, Hillary Clinton, devrait en prendre compte.

***

À entendre Ted Cruz exposer sa vision conservatrice de l'avenir des États-Unis devant la convention nationale des Républicains, on se rend compte que l'homme continue de se rêver un destin national. D'ailleurs, ses partisans le voient se représenter en 2020. D'un autre côté, refuser d'appuyer le candidat officiel du GOP lui permettrait éventuellement d'éviter d'être associé à une défaite le 8 novembre prochain des Républicains ou aux déboires d'une administration Trump après un premier mandat.

23 juillet 2016

 



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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