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Nice: Mohamed Lahouaiej Bouhlel frappe le jour du 14 juillet

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La France est engagée sur plusieurs fronts militaires en Afrique et au Moyen-Orient contre des groupes islamistes extrémistes. Sa participation aux frappes aériennes de la coalition internationale contre l'État islamique (EI) a suscité la colère de ce groupe combattant. En guise de rétorsion, il a encouragé ses sympathisants à la frapper chaque fois qu'ils le pourraient, avec les moyens du bord.

Nice est la cinquième ville de France. Elle est située sur la côte d’Azur, à 9 kms de l’Italie. Alors qu’ils célébraient comme le reste de leurs compatriotes la fête nationale, les Niçois ont été endeuillés par une attaque terroriste.

La personnalité trouble de Mohamed Lahouaiej Bouhlel

Les tristes événements se sont déroulés sur la fameuse Promenade des Anglais en bord de mer. La foule était là en masse. Ces familles et touristes pour la plupart y étaient pour les festivités du 14 juillet. Les mesures de sécurité en vigueur n’ont pas empêché le chauffeur d’un camion blanc d’arriver, vers 22h40, sur les lieux et de parcourir deux kilomètres. Il a foncé dans la foule alors que le feu d’artifice venait de se terminer. Il a fauché la vie de tous ceux qui se trouvaient sur son chemin et qui n’avaient pas pu à temps éviter sa course folle, tous surpris et paniqués qu’ils étaient.

Selon les autorités françaises, le bilan des victimes s’élève en date du 18 juillet à 84 morts, dont dix enfants et adolescents. 38 de ces 84 victimes étaient de nationalité étrangère et provenaient de 19 pays: Algérie, Allemagne, Arménie, Belgique, Brésil, Estonie, États-Unis, Géorgie, Italie, Kazakhstan, Madagascar, Maroc, Pologne, Roumanie, Russie, Suisse, Tunisie, Turquie et Ukraine. Le nombre des blessés dépasse les 300, dont 19 en état critique; ce qui pourrait alourdit le bilan des morts.

Le chauffeur terroriste s’est également servi d’une arme à feu, un pistolet 7,65 mm, pour tirer sur la foule. Lors d’un échange de feu avec la police, il est abattu.

Très vite, on a appris son identité. Les informations recueillies sur lui ont permis aux autorités de dresser son portrait psychologique et d'apprendre énormément sur son parcours.

Il s’appelait Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Il était marié et père de trois enfants. Il est né le 31 janvier 1985 à Msaken dans la banlieue de Sousse en Tunisie. Il avait une carte de séjour de dix ans et était donc en situation régulière à Nice. Il travaillait comme conducteur de poids lourd. Cet homme n’était pas connu des services de renseignement et il n’était donc pas fiché "S" (c’est-à-dire sûreté de l’État, une fiche émise par la Direction générale de la sécurité intérieure à propos des personnes recherchées par le pays pour raison de sécurité nationale). En revanche, la police niçoise le connaissait déjà, depuis un certain temps pour des délits de droit commun avec arme et pour violence conjugale. Il était sous contrôle judiciaire depuis un mois.

Aussitôt la nouvelle de l’attentat de Nice connue, aussitôt son auteur condamné aux quatre coins du monde, y compris par l’ONU et nombre de pays arabes dont l’Arabie saoudite. En France, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a bien choisi ses mots pour ajouter sa voix à celles des membres de la classe politique de tous bords qui ont condamné l’attentat. Sans réserve! Sur les réseaux sociaux, plusieurs hashtags ont fleuri: #‎Nice, #Nice06, #niceattentat, et plusieurs initiatives de solidarité avec les victimes et leurs familles ont vu le jour.

Un troisième attentat en 18 mois!

L’attaque de Nice représente le troisième attentat majeur à survenir en 18 mois sur le sol français, après ceux de Charlie Hebdo et du Bataclan. Alors que les Français s’attendaient à voir abrogé l’état d’urgence le 26 juillet, le nouveau attentat a changé la donne complètement. Un conseil restreint de sécurité et de défense s'est tenu vendredi matin au ministère de l’intérieur autour de François Hollande. Le président a parlé d’une "attaque dont le caractère terroriste ne peut être nié". L’état d’urgence est prolongé de trois mois supplémentaires. Pour rappel, ce régime d’exception a été décrété après les attentats du 13 novembre 2015 qui ont fait 130 morts et prolongé trois fois, en novembre 2015 et février et mai 2016. La surveillance des lieux publics et sensibles est renforcée. L’appel est fait à des réservistes pour assurer la protection du territoire et soulager des policiers et des gendarmes usés à la tâche depuis 18 mois. Le plan Vigipirate est relevé au niveau ''alerte attentat'' dans le département des Alpes-Maritimes, dont dépend Nice. Un deuil national de trois jours est décrété du 16 au 18 juillet. Les frappes contre l’EI en Irak et en Syrie devraient être renforcées.

Les autorités ont rapidement chargé la section antiterroriste du parquet de Paris d’enquêter sur cette affaire.

Depuis l’attentat, huit personnes de l’entourage du terroriste, six hommes et deux femmes, ont été interpellées et placées en garde à vue dans le cadre de l’enquête. Depuis, deux d’entre elles, dont Hajer K., l’épouse de M. Bouhlel, ont été relâchées. Les six autres demeurent détenues car la police aimerait savoir si le terroriste a bénéficié de complicité ou de soutien logistique avant de passer à l’acte.

Le quotidien Nice Matin (18 juillet) a mentionné trois de ces six personnes: un couple d’Albanais, dont Henaj, dit Giovanni, un homme de 38 ans soupçonné par la police d’avoir vendu au terroriste le pistolet 7,65 mm utilisé le 14 juillet, et un certain Ramzi. Il s’agit d’un délinquant et ancien détenu âgé de 22 ans.

Lors de son nouveau point de presse de huit minutes diffusé le lundi 18 juillet notamment par la chaîne d’information continue France 24, le procureur de la République de Paris, François Molins, a insisté sur le caractère "pensé et préparé" et donc "prémédité" de l’attaque terroriste de la Promenade des Anglais. D’ailleurs, c’est le terroriste en personne qui avait loué le camion utilisé pour mener à terme son projet. Il avait également fait les repérages sur la promenade le jour J et des recherches sur Internet notamment sur des fusillades en France et à l’étranger.

Les témoignages recueillis par le procureur de la République dressent de M. Bouhlel le profil d’un homme qui ne pratiquait pas l’islam. Un consommateur de l’alcool, du porc et de la drogue et qui avait une "vie sexuelle débridée". L’antithèse du portrait du musulman typique.

La revue de plusieurs signes d’"intérêt certain" pour l’islamisme radical chez le jeune homme n’a pas amené M. Molins à conclure à son "allégeance" à l'EI ou à "des liens" avec des membres de cette organisation. Des conclusions qui contredisent la revendication, 36 heures après les faits, de cette organisation de l’attentat du "soldat du Califat". Cela dit, le modus operandi du terroriste nous rappelle l’appel lancé en septembre 2014 aux sympathisants de l'EI par son porte-parole le Syrien Abu Muhammad Al-Adnani (Taha Subhi Falaha de son vrai nom): "(…) Tuez (le Français infidèle) avec votre voiture…"

Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a pour sa part parlé d’un homme qui "semble s’être radicalisé rapidement". Il s’agit, à ses yeux, d’un "attentat d’un type nouveau" commis par des "individus sensibles au message de DAESH (EI) qui s’engagent dans des actions extrêmement violentes sans nécessairement avoir participé aux combats, sans nécessairement avoir été entraînés".

Après le choc de l’attentat, la politique a rapidement repris ses droits. L’occasion pour plusieurs, dont les chefs des formations Front national et Les-Républicains (LR), de faire campagne avant l’heure. En regardant l’accueil inamical réservé à son premier ministre Manuel Valls à Nice, François Hollande a pu mesurer de visu le degré d’impopularité de son gouvernement. Pour empêcher le chef du LR Nicolas Sarkozy de faire du millage là-dessus, M. Valls a fait sienne cette demande de prolonger l’état d’urgence de six mois au lieu de trois, comme c’était le cas souvent jusqu’ici.

***

Au-delà de l’aspect symbolique de l’attentat de Nice (le choix du 14 juillet pour frapper l’imaginaire français), le terroriste s’est servi de l’opportunité du milieu et du moment pour semer la mort. Au lieu de verser dans la surenchère sécuritaire, le gouvernement ferait mieux de revoir sa stratégie d’ensemble dans le domaine de lutte antiterroriste. Dans ce domaine, il pourrait à titre d’exemple à court et moyen termes mettre en place trois mesures. D’abord, pour sécuriser les lieux publics en temps de festivités nationales, mettre en place des dispositifs les rendant inaccessibles pour tout véhicule. Cette option pourrait soulager les forces de sécurité, les préserver d’usure rapide et les aiderait à acheminer ses effectifs ailleurs. Ensuite, créer les conditions institutionnelles et culturelles pour qu’une fluide circulation de l’information entre les différents corps sécuritaires devienne une pratique courante. Enfin, créer un poste de Tsar du renseignement auprès de l’Élysée, une instance qui pourrait chapeauter et coordonner les différents services de sécurité nationale œuvrant aux niveaux domestique et extérieur.

19 juillet 2016



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État islamique
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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