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Dure semaine pour Sam Hamad et Philippe Couillard

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Le député Sam Hamad. Crédit de l'image: sa page Facebook.

Les Commissions Gomery et Charbonneau ont rendu courte la mèche des Québécois. Ils sont devenus moins ''tolérants'' avec tout ce qui touche ou a l'air de toucher, de près ou de loin, aux trafics d'influence entre personnel politique et milieux des affaires.

Sam Hamad se retrouve depuis plus d’une semaine dans l’eau chaude. Les trois partis de l’opposition parlementaire veulent sa tête. Pour arriver à leur fin, ils ont accentué la pression sur le premier ministre Couillard. Leurs multiples déclarations le concernant attestent de leur ferme volonté de ne pas lâcher le morceau. La mauvaise gestion par le gouvernement libéral de cette affaire leur a facilité la tâche.

Sam Hamad redevient… simple député

Le 31 mars, Radio-Canada a diffusé un reportage qui a fait couler beaucoup d’encre et alimenté la grogne populaire. L’émission ''Enquête'' s’est appuyée sur des courriels de Marc-Yvan Côté envoyés entre 2010 et 2012 relativement à la demande d'aide financière de Premier Tech pour arriver à deux conclusions. D'une part, le député de Louis-Hébert était une source d’information stratégique pour M. Côté. D'autre part, il faisait jouer son influence au sein du cabinet de Jean Charest pour permettre à cette entreprise d’obtenir des aides financières. En 2012, il avait accordé à cette importante entreprise du Bas-Saint-Laurent une subvention de 8,5 millions de dollars. Cette même compagnie a également bénéficié d’un prêt de 11,2 millions d’Investissement Québec. A l’époque, M. Hamad était ministre responsable du développement économique. M. Côté était pour sa part vice-président de Premier Tech et collecteur de fonds pour le Parti libéral du Québec.

Le président du Conseil du Trésor a réfuté les allégations de l’émission ''Enquête'' et estimé n’avoir rien à se reprocher à ce chapitre. Pour essayer de convaincre de sa bonne foi, il a demandé au commissaire à l'éthique de l'Assemblée nationale de faire la lumière sur cette affaire.

Une déclaration du premier ministre du Québec faite le samedi 2 avril nous a appris que M. Hamad s’est retiré, de lui-même, de ses fonctions ministérielles, le temps de l’enquête du commissaire à l’éthique, et qu’il lui accordait toujours sa confiance. Pour ne rien arranger à son image, le député de Louis-Hébert a pris des vacances en Floride, se disant ''brûlé'' depuis le reportage d’''Enquête'', pour reprendre sa propre expression, alors que l’Assemblée nationale reprenait ses travaux, tout en gardant ses privilèges de ministre.

Il ne fallait pas plus pour que les différentes formations de l’opposition parlementaire crient au scandale. Pour elles, le retrait de M. Hamad de ses fonctions ministérielles n’était pas suffisant. D'où l'exigence du Parti québécois et de Coalition avenir Québec de le voir quitter le caucus libéral le temps de l'enquête du commissaire à l'éthique. La co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a, pour sa part, exigé sa privation de ses privilèges ministériels pendant cette même période.

La mauvaise gestion du gouvernement libéral et de cette affaire et de son timing ont facilité la tâche d’une opposition qui avait jusque-là de la difficulté à accorder ses violons et qui manquait d’angle d’attaque efficace. Le départ précipité de M. Hamad en Floride avait l’air d’une fuite que les chefs des oppositions n’ont pas hésité à exploiter pour accentuer leurs pressions sur le premier ministre en personne pour qu’il lâche son ancien chef de campagne au leadership du PLQ.

Alors que les Libéraux provinciaux s’apprêtaient à marquer le début de la seconde moitié de leur gouvernement, M. Couillard n’avait pas intérêt à laisser l’opposition contrôler le message politique et imposer son agenda. Il fallait donc se retourner assez vite et rectifier le tir. Pour montrer à l’opinion publique que cette affaire le préoccupait tout autant qu'elle, le premier ministre a, le 7 avril, fini par admettre, pour la première fois, que son ministre suspendu a manqué de prudence. On n’était donc plus à l’époque où il réitérait sa confiance à son député. Il a également déclaré que ''(la) situation évolue. Elle va évoluer'', une allusion à une déclaration à venir sous peu de M. Hamad.

De guerre las, le député de Louis-Hébert est rentré à Québec. L’occasion de faire une déclaration brève.

Sam Hamad a donc décidé de démissionner comme ministre. Mais, attention, n’y voyons le début d'aucune reconnaissance de sa part d’une quelconque faute éthique. À lire sa déclaration, on apprend que s’il a posé ce geste, c’est pour cesser d’être ''une source de distraction pour l'action gouvernementale et le premier ministre''. Autrement dit, il n’aimerait pas aider l’opposition à saper l’œuvre de son gouvernement et à mettre son chef sur la défensive.

M. Hamad demeure donc député de Louis-Hébert. Mais, il perd les différents privilèges alloués au ministre qu’il était.

Si l’opposition peut trouver une certaine satisfaction dans le fait de voir M. Hamad renoncer à ses charges ministérielles et aux privilèges qui leur sont associés, elle est obligée de constater son échec à pousser M. Couillard à le faire expulser du caucus libéral. Céder sur une partie des demandes de ses oppositions sans sacrifier totalement son député, c’est la formule d’équilibre trouvée par le premier ministre.

***

L’affaire Hamad a donc aidé les partis de l’opposition parlementaire à marquer un but dans le camp libéral. Ayant enfin trouvé un angle de tir efficace dans la zone du gouvernement libéral, ils ne devraient pas arrêter leurs manœuvres en si bon chemin. Mais, à force de taper sur le clou Hamad, ils risquent d’avoir, aux yeux de l’opinion publique, l’air de gens qui n’ont rien d’autre d’utile à faire que de s’acharner sur un homme déjà affaibli politiquement et qui fait désormais l’objet de deux enquêtes. D’un autre côté, quel que soit l’issue de cette double enquête, l’opposition aura de la difficulté à ne pas s'en servir pour tenter d’affaiblir le gouvernement Couillard dans son ensemble. Ne nous faisons la moindre illusion là-dessus: la cible de cette pression est davantage le chef du PLQ que son député. Enfin, cette affaire n'est pas de nature à plaider la cause d'un retour éventuel de M. Hamad au sein du gouvernement Couillard.

10 avril 2016



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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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