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Tournée du ministre Harjit Sajjan au Moyen-Orient

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Justin Trudeau est conscient de la menace représentée par l'État islamique pour la sécurité nationale du Canada. En termes de lutte contre ce groupe armé, il est convaincu qu'un changement de stratégie s'impose pour faire mieux par rapport à ce qui a été décidé sous son prédécesseur conservateur. Mais, gagner l'adhésion à un tel changement nécessite d'abord de la pédagogie.

Le Canada fait partie de la coalition internationale qui mène la guerre au groupe combattant État islamique (EI), entre autres, du haut des airs. Ses six FC-18 bombardent les positions de ce groupe en Irak et en Syrie. L'EI a, de son côté, appelé à tuer les Canadiens. Pendant la récente campagne électorale fédérale, le chef libéral s’était engagé à mettre un terme à la participation du pays aux opérations aériennes de la coalition. Une promesse critiquée vertement par ses adversaires conservateurs. Une fois élu, il n’a pas changé d’idée. Cette décision a suscité l’incompréhension chez plusieurs alliés de la coalition internationale. D’où la nécessité pour le gouvernement libéral de les rassurer.

Harjit Sajjan en Irak

Le samedi 19 décembre, le nouveau ministre canadien de la défense s’est rendu à Londres. Il a rencontré son homologue britannique, Michael Fallon. Dans un tweet, il a parlé d’une "visite fructueuse" et réaffirmé "le maintien de la collaboration en matière de défense" avec l’allié britannique. Autrement dit: il l’a rassuré sur le maintien de l’engagement du pays dans la lutte contre l’EI. Ensuite, Harjit Sajjan s’est, le même jour, rendu au Caire. Il a rencontré son homologue égyptien, Sedki Sobhi. L’occasion pour les deux alliés de discuter de questions d’intérêt commun, dont la lutte contre l’EI, un groupe qui représente une menace directe à la sécurité nationale de l’Égypte. La situation dans la région et la coopération bilatérale étaient également à l’ordre du jour de cette rencontre.

Une fois sa visite en Égypte s’est achevée, Harjit Sajjan s’est, le 20 décembre, rendu en Irak. Il a d’abord rencontre son homologue irakien, le Sunnite Khaled Al-Obaidi. Les deux hommes ont discuté de la situation sécuritaire très difficile de ce pays, des opérations militaires contre l’EI et du rôle futur qu’aimerait jouer le Canada au sein de la coalition internationale. Selon le dirigeant irakien, son homologue lui a également affirmé que le Canada participera à la reconstruction de son pays. Le même responsable qui a annoncé, dans un gazouillis, que l’Irak sera en 2016 totalement libéré de l’emprise de l’EI.

Le ministre canadien s’est ensuite rendu à Irbil, la capitale de la zone autonome du Kurdistan irakien. Si le compte Twitter de M. Sajjan est resté, au moment de mise en ligne de cette chronique, muet sur cette visite, des images partagées sur le compte du ministre responsable des relations étrangères de la zone kurde, Falah Mustapha, le montrent rencontrer ce dernier ainsi que son collègue ministre de l’intérieur, Karim Sinjari, le vice-premier ministre Qubad Talabani et le président de la zone Massoud Barzani.

Les deux parties ont discuté de la lutte menée sur le terrain contre l’EI. M. Sajjan a saisi cette occasion pour réitérer aux dirigeants kurdes l’engagement du Canada dans la lutte contre le groupe jihadiste. Les Kurdes ont pour leur part salué sa visite et sollicité auprès de lui de l’aide économique.

Cette visite ne pouvait mieux tomber pour le visiteur canadien. Trois jours plus tôt, soit le 17 décembre, cinq positions tenues par les peshmerga (combattants kurdes) au nord de l’Irak avaient été attaquées par 500 combattants de l’EI pour les prendre. Le lendemain, deux CF-18 et des membres des forces spéciales canadiennes ont pris part à l’opération de la coalition internationale qui a fini par repousser les assaillants et faire échec à leur offensive majeure. Ces militaires canadiens ont donc dû intervenir directement contre l’EI. Si les 69 soldats canadiens sont déployés en Irak, c'est en principe pour entraîner des membres de l’armée irakienne et des peshmerga et non pour combattre l'EI. Alors que les jihadistes ont perdu 200 des leurs durant ces durs combats, aucun militaire canadien n’a été blessé.

Le ministre Sajjan a mis à profit sa présence dans le nord de l’Irak également pour rencontrer les militaires canadiens qui y sont déployés.

***

La visite du ministre Sajjan en Égypte et en Irak représente au moins quatre avantages pour le Canada. D'abord,  permettre la prise de contact avec plusieurs dirigeants dans ces pays. Ensuite, permettre la prise du poult de la situation politique et militaire sur le terrain. Aussi, revisiter la stratégie canadienne dans la lutte contre l'EI et l'adapter au besoin à une situation mouvante. Enfin, rassurer plusieurs alliés sur l’engagement du pays dans la lutte contre le groupe jihadiste.

27 décembre 2015



** Le ministre Harjit Sajjan rencontre Massoud Barzani. Crédit de l'image: le compte Twitter du dirigeant kurde.


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Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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