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Parlement européen: Ensaf Haidar reçoit le Prix Sakharov pour Raïf Badawi

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

L'affaire du blogueur saoudien Raïf Badawi a choqué l'opinion publique internationale. Elle demeure également à l'agenda international du mouvement des droits humains. Aussi, elle met le régime des Saoud sur la défensive. Pour ne rien arranger aux affaires de ce dernier, le passage du temps ne l'a pas fait oublier.

Raïf Badawi est un blogueur saoudien. En raison de sa critique de l’influence du clergé wahhabite dans son pays, il a été, lors d’un procès bâclé et entaché d’irrégularités, condamné à une peine de 10 ans de prison ferme, à recevoir 1000 coups de fouet, à raison de 50 par semaine, à payer une amende de 266 000 dollars américains et, une fois sa peine terminée, il devrait être interdit de voyager et d’écrire pendant un autre dix ans. Cette condamnation a mis Riyad sur la défensive au niveau international.

Le Prix Sakharov au nom du mari

Le prisonnier d’opinion d’Amnistie internationale a depuis reçu quinze distinctions internationales soulignant son combat pour la liberté d’expression en Arabie saoudite. Le Parlement européen lui en a décerné la plus récente, son Prix Sakharov 2015 pour la liberté de l'esprit. Une récompense de son combat pour la liberté de pensée dans son pays. Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a profité de l'occasion de l'annonce de cette nouvelle pour appeler le roi saoudien Salman en personne à ''libérer M. Badawi pour qu'il puisse venir en personne à Strasbourg chercher son prix''.

Comme Riyad a fait la sourde oreille à cet appel, Ensaf Haidar a dû, le 16 décembre, se rendre à Strasbourg, siège du Parlement européen, pour recevoir officiellement des mains de son président la distinction de son mari.

Pour l’occasion, les parlementaires ont organisé une cérémonie de remise du prix dans leur hémicycle.

Mme Haidar a pris la parole. Elle a d’abord invité les parlementaires à observer une minute de silence à la mémoire des victimes des attentats terroristes du vendredi 13 novembre à Paris. Geste symbolique fortement apprécié! Elle est ensuite entrée dans le vif du sujet.

Elle a remercié le Parlement européen et son président pour avoir choisi son mari comme lauréat du Prix Sakharov pour l’année 2015, un geste qualifié par elle d’''historique'' et d’''acte de bravoure''. Une allusion aux liens entre l’Arabie saoudite et les États de ces députés et à son influence sur le continent. Elle a affirmé que ''les pensées libres et éclairées sont considérées comme blasphématoires pour l'idéologie des sociétés arabes''. La même vision qui assimile ''toute pensée libre'' à la ''décadence'' et la soupçonne de nourrir le souhait de ''détournement (des fidèles musulmans) du vrai chemin (c’est-à-dire l’islam, ndlr)''. C’est ce qui explique, aux yeux de Mme Haidar, cette habitude des ''libres penseurs arabes (qui consiste) à dissimuler leurs pensées pour diffuser leurs idées''.

À l’attention de quiconque dans son pays qui douterait encore de la probité intellectuelle de son mari, elle a réitéré son message: ''Raif n'est pas un criminel. C'est un écrivain et un libre-penseur, voilà tout''. Son crime? ''Être une voix libre dans un pays qui n'accepte rien d'autre qu'un seul avis et qu'une pensée unique''. ''Un penseur qui a refusé de faire partie du troupeau qui suit les religieux, ces religieux qui vivent en dehors du temps et qui gouvernent par des lois injustes et tyranniques'' (sic). Toujours selon elle, si on l’a fouetté en janvier dernier, c’est en raison du fait qu’il "a eu le courage de faire entendre sa voix et de dire non à leur barbarie".

Pour illustrer l’humanisme et l’engagement du blogueur saoudien dans le combat pour la liberté d’expression dans son pays, elle l’a cité dans le texte: "à ceux qui nous souhaitent la mort, nous souhaitons la vie! A ceux qui souhaitent nous faire taire, nous souhaitons la raison!" Un propos qui n’a pas dû passer inaperçu parmi la plénière réunie à cette occasion.

Le président du Parlement européen a pris la balle au bond. Il a salué le courage du Saoudien. À ses yeux, les risques encourus ne l’avaient pas empêché de tenter de ''favoriser la libre pensée (et d’exercer) son droit à la liberté d'expression'' dans un pays dépourvu de liberté de la presse. C’est cet engagement qui a fait de lui ''un symbole et une source d'inspiration pour tous ceux qui luttent en faveur des droits fondamentaux dans la région et au-delà'', a soutenu Martin Schulz.

Le président du Parlement européen a saisi cette occasion pour réitérer à l’adresse du roi Salman sa demande de libérer immédiatement et sans conditions Raïf Badawi et a invité en même temps son gouvernement à respecter la liberté d'expression. Il a également déposé une plaque représentant le prix Sakharov sur une chaise vide pour marquer l’absence du blogueur saoudien. Tout un geste symbolique!

***

En accordant son Prix Sakharov à Raïf Badawi, les parlementaires européens participent à ce mouvement international de pression sur Riyad pour qu’elle le libère et le laisse rejoindre son épouse et ses trois enfants, tous réfugiés à Sherbrooke, au Canada. Avec la visite aujourd’hui à Ottawa du ministre saoudien des affaires étrangères, Adel Al-Joubeir, le gouvernement Trudeau insistera-t-il auprès de lui pour lui faire prendre la mesure de la mobilisation de l’opinion publique à travers le pays en sa faveur?

17 décembre 2015



** Ensaf Haidar au Parlement européen pour recevoir le Prix Sakharov pour son mari Badawi. Crédit de l’image: le site web du Parlement européen.


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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