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Les ruptures du gouvernement de Justin Trudeau

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le vent du changement a soufflé sur le Canada. C'est ce qui a permis au pays d'ouvrir une nouvelle page de son histoire. L'occasion pour le nouveau premier ministre d'effectuer des ruptures symboliques avec son prédécesseur et de marquer son territoire.

Après une décennie de gouvernement conservateur, une majorité d’électeurs a accordé sa confiance au chef des libéraux fédéraux. À l’âgé de 43 ans, Justin Trudeau est donc devenu le nouveau et 23e premier ministre du Canada.

Le temps de… rupture symbolique avec l’ère Harper

Le 4 novembre, plus tôt dans la matinée, le premier ministre conservateur défait a remis sa démission au gouverneur général du Canada, David Johnston, et s’est éclipsé, sans faire de bruit. À 10 heures du matin, était au tour de son successeur de faire son entrée en scène et de marquer son espace.

Dès les premiers pas de Justin Trudeau, sa volonté de rompre symboliquement avec l’ère Harper était frappante.

La pratique conservatrice voulait que chaque ministre arrive dans une limousine à la résidence du gouverneur général de Rideau Hall, à l’occasion de la cérémonie d’assermentation. Au lieu de cela, le premier ministre désigné  Justin Trudeau est arrivé à pied, main dans la main avec son épouse Sophie Grégoire et entouré de ses ministres désignés. Juste avant, on le voyait avec eux à bord d’un autobus, leur donnant des instructions. Le public était cette fois invité à se présenter sur les lieux. La presse était d'avance avisée de l’agenda du gouvernement durant la journée. Tout un contraste!

Leur entrée à Rideau Hall s’est faite alors qu’un jeune Cri défilait tout en faisant entendre le son de son tambour traditionnel.

En présence notamment de nombreux membres de l’élite politique du pays, dont les anciens premiers ministres libéraux Jean Chrétien et John Turner et les ex-gouverneures générales Adrienne Clarkson et Michaëlle Jean, Justin Trudeau a fait ses trois serments devant le gouverneur général David Johnston avant de devenir le 23e premier ministre du Canada.

Juste après, le pays a pris connaissance du nom des membres de son gouvernement. L’occasion d’apprécier le fait que le nouveau premier ministre honore une de ses nombreuses promesses électorales.

Justin Trudeau a formé un cabinet de 30 membres choisis parmi les 184 députés élus le 19 octobre dernier sous la bannière de son parti. Cette cure minceur contraste avec le gouvernement pléthorique sortant qui comptait 39 ministres, formé de 12 femmes et 27 hommes. Plus important encore à ce propos: c’est un gouvernement de la parité: 15 hommes et 15 femmes. Autre élément frappant l’imaginaire: il est diversifié.

Un gouvernement de parité et de diversifié

Comme le raz-de-marée rouge a touché le Canada d’un océan à l’autre le 19 octobre dernier, il fallait que les différentes régions du pays soient représentées au sein du nouveau gouvernement. C’est chose faite après les arbitrages complexes et incontournables dans ce genre de situation.

La populeuse province de l’Ontario a eu la part du lion dans ce gouvernement, soit onze postes. Ces ministres sont: l’homme d’affaire Bill Morneau (52 ans) aux Finances, l’économiste John McCallum (65 ans) à Immigration et Réfugiés, la médecin Jane Philpott (54 ans) à la Santé, l’avocate Catherine McKenna (44 ans) à Environnement et Changements climatiques, le comptable Navdeep Bains (38 ans) à l'Innovation des sciences et Développement économique, la géographe Kirsty Duncan (49 ans) aux Sciences, l’organisatrice communautaire Bardish Chagger (35 ans) aux Petites entreprises et Tourisme, la graphiste Patty Hajdu (48 ans) à la Condition féminine, la médecin Carolyn Bennett (64 ans) aux Affaires autochtones et du Nord, la journaliste Chrystia Freeland (47 ans) au Commerce international et l’organisatrice communautaire Maryam Monsef (30 ans) aux Institutions démocratiques.

Six députés québécois ont obtenu des portefeuilles: le politologue Stéphane Dion (60 ans) aux Affaires étrangères, l’avocate Mélanie Joly (36 ans) à Patrimoine canadien, l’économiste Jean-Yves Duclos (50 ans) à Famille, Enfants et Développement social,  l’astronaute Marc Garneau (66 ans) aux Transports,  la travailleuse sociale Diane Lebouthillier (56 ans) à Revenu Canada et la femme d’affaires Marie-Claude Bibeau (44 ans) à Développement international et Francophonie.

Quatre postes sont revenus aux députés suivants de la région de l’Atlantique, à raison d’un maroquin par province: l’ami d’enfance du premier ministre et avocat néo-brunswickois Dominic LeBlanc (47 ans) au poste de Leader du gouvernement à la Chambre des communes, l’entrepreneur néoécossais Scott Brison (48 ans) à la présidence du Conseil du Trésor, l’homme d’affaires Lawrence MacAulay (69 ans) à Agriculture et agroalimentaire et la communicatrice terre-neuvienne Judy Foote (63 ans) aux Services publics et Approvisionnements.

Trois députés de la Colombie-Britannique sont devenus ministres: l’avocate Carla Qualtrough (44 ans) aux Sports et personnes handicapées, le militaire Harjit Singh Sajjan (45 ans) à la Défense et l’avocate Jody Wilson-Raybould (44 ans) à la Justice et Procureur général du Canada.

Deux députés manitobains sont devenus ministres: la géo-scientifique MaryAnn Mihychuk (60 ans) à l'Emploi, Développement et Main-d'œuvre et l’homme d’affaires Jim Carr (64 ans) aux Ressources naturelles.

Deux députés albertains sont devenus ministres: le chauffeur d'autobus Amarjeet Sohi (51 ans) aux Infrastructures et Collectivités et l’avocat Kent Hehr (47 ans) aux Anciens combattants.

L’avocat saskatchewannais Ralph Goodale (66 ans) a eu le ministère de la Sécurité publique.

L’administrateur Hunter Tootoo (52 ans) du Nunavut est devenu ministre des Pêches, des Océan et de la Garde côtière canadienne.

Pour marquer encore une fois sa différence avec le gouvernement Harper, plusieurs termes ont fait leur entrée dans l'appellation de plusieurs départements du cabinet Trudeau. On peut penser ici par exemple à des termes comme réfugiés et changement climatique. Une façon de souligner l'importance de ces sujets pour son chef. La place de choix de la science dans ce gouvernement contraste avec le peu de cas qu'en faisaient les conservateurs.

Justin Trudeau a donc réalisé une de ses promesses électorales. À l’adresse de tous ceux qui pourraient lui reprocher d’avoir privilégié la parité entre les hommes et les femmes (au détriment de la compétence) dans son gouvernement, il a eu cette réponse toute simple et assez désarmante: ''Parce que nous sommes en 2015!'' Cette formule lapidaire de communication a l’avantage de frapper l’imaginaire et de mettre l’apostrophant sur la défensive, c’est pourquoi on pourrait s’attendre à voir le premier ministre l’utiliser assez souvent dans le futur. D’un autre côté, ce n’est pas parce qu’on a privilégié la parité que cela s’est fait sur l’autel de la compétence. La preuve: le profil des nouvelles ministres n’a rien à envier à celui de leurs collègues masculins. Plus important encore: pour montrer sa confiance dans ses ministres féminines, M. Trudeau leur a confié plusieurs départements clés.

En plus de sa parité, le gouvernement voit cohabiter en son sein  plusieurs générations, de nouveaux venus et des ''vétérans''. Des membres des secteurs public et privé, des universitaires et d’autres de niveau d’instruction moindre.

La diversité de ce gouvernement frappe elle aussi l’imaginaire. En plus des ministres canadiens de souche française ou anglaise, il y a plusieurs de leurs collègues qui sont des néo-canadiens ou issus de l’immigration quant ils ne sont pas d’origine autochtone. On peut penser ici en particulier à trois personnes au parcours peu banal. D’abord, Maryam Monsef. C’est une ancienne réfugiée née en Afghanistan. Elle est de religion musulmane. Elle avait 10 ans quand elle s’était réfugiée au Canada, tout comme sa mère et ses deux sœurs. Son poste de vice-présidente du YWCA de Peterborough ne l’a pas empêché d’œuvrer au service des immigrants et des réfugiés dans sa ville. C’est à elle que revient, entre autres, le dossier de la réforme du mode de scrutin. Une promesse de M. Trudeau.

Ensuite, Harjit Singh Sajjan. Ce lieutenant-colonel à la retraite est un Sikh, comme c'est le cas de trois autres députés. Il est originaire de l’Inde. Quand il est arrivé au Canada avec sa famille, il avait cinq ans. Il a grandi à Vancouver. Après avoir travaillé comme policier à Vancouver, dans une unité spécialisée dans le crime organisé, il a rejoint les Forces armées en 1989. Il a été déployé en Bosnie-Herzégovine et en Afghanistan. Même s’il est militaire de carrière, sa désignation, turban sur la tête, à la tête du ministère de Défense n’est pas passée inaperçue.  

Enfin, Jody Wilson-Raybould. C’est une autochtone de la Nation We Wai Kai. Comme c'est une avocate de carrière, sa désignation à la tête du ministère de la Justice et du Procureur général du Canada est dans l’ordre des choses. Mais, un geste symbolique est à noter à ce propos: M. Trudeau ne l’a pas désigné à la tête du département  des Affaires autochtones et du Nord. Cela est en soi un geste à saluer puisqu’il ne la renvoie pas et encore moins ne l’enferme dans son groupe d’origine. En désignant à ce poste une Canadienne de souche blanche, Carolyn Bennett, le premier ministre envoie le signal que cette question concerne tous les Canadiens. De bon augure pour le traitement de ce dossier ô combien crucial pour l’avenir du pays et sa réconciliation avec sa partie autochtone.

***

Le gouvernement Trudeau a beaucoup de pain sur la planche. Il doit en même temps s’attaquer de front à plusieurs dossiers complexes. Il n’est pas sans savoir que ses adversaires et tous ceux qui ont sous-estimé son chef durant la campagne électorale l’attendent au tournant. Il serait à ce propos bien avisé d'être efficace et transparent et de cultiver une relation apaisée avec la presse.

12 novembre 2015



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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