Tolerance.ca
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.

"Much Loved": L'actrice Loubna Abidar se fait agresser à Casablanca

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Beaucoup de femmes marocaines sont souvent victimes de violence conjugale. Elles payent également dans l'espace public le prix de l'incivilité et de l'insécurité urbaine. L'actrice Loubna Abidar en a récemment fait les frais. 

Au Maroc, le poids de la tradition reste pesant. C’est pourquoi toucher à un des tabous de la société se fait à ses risques et périls. Les artistes le savent très bien. C’est ce qui explique d’un côté le fait que la plupart d’entre eux ne s’y risquent point. Et, de l’autre, la mésaventure de la comédienne Loubna Abidar.

Loubna Abidar se fait agresser dans la métropole du Maroc

Loubna Abidar est une comédienne marocaine âgée de 30 ans et mère d’une fille de 6 ans. Elle est l’héroïne de "Much Loved". Son rôle de prostituée dans ce film, salué par la critique en France, lui a valu dans son pays des insultes et même des menaces de mort publiées sur sa propre page Facebook. Ses détracteurs l’ont accusé de porter atteinte à l’image de la femme marocaine et de nuire à celle du Maroc. Les autorités n’ont pas été en reste. Elles ont qualifié ce film d’"outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine" et interdit sa diffusion dans les salles de cinéma du royaume. Le réalisateur de ce film, Nabil Ayouch, a eu lui aussi sa part de ces "amabilités".

Mais, si cette affaire controversée ne faisait plus la manchette des journaux et des médias sociaux, elle n'était pas pour autant enterrée. D'ailleurs, les détracteurs de la comédienne ne manquaient aucune occasion pour exprimer dans les réseaux sociaux leur hostilité à son endroit. C'est pourquoi on a rapidement établi un lien entre sa mésaventure du 5 novembre et cette ambiance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans cette vidéo ci-dessus partagée sur les réseaux sociaux, on voit Loubna Abidar en gros plan, le visage tuméfié avec un œil au beurre noir et l’arcade sourcilière gauche ouverte, mais pas encore recousue. Elle a affirmé avoir été agressée à Casablanca. Elle a également dénoncé ce qu’elle a qualifié de manque d’assistance de la part du système hospitalier et de la police: "La clinique où je suis allée me faire soigner ne m’a pas acceptée. Je suis allée au grand commissariat de Casablanca en pleine nuit et on m’a ri au nez. Le policier a même dit: «Enfin, Abidar, tu t’es fait frapper!»". Elle s’est finalement fait soigner à la clinique Shems.

Loubna Abidar a ajouté à l’adresse de ses nombreux détracteurs: "On s’est moqué de moi. Tout cela parce que j’ai joué un rôle dans un film que vous n’avez même pas vu. Vous n’avez vu que ce que l’on a voulu vous faire voir".

Le lendemain de la publication de la vidéo de Mme Abidar, la police de la Wilaya de Casablanca a, dans un communiqué cité par le site marocain d'information Bladi, démenti les propos de l’actrice. Tout en reconnaissant qu'elle s’était effectivement présentée au commissariat le vendredi vers 2h30 (du matin), elle a affirmé qu’elle n’a voulu donner ni le lieu ni les circonstances de l’agression. Toujours d’après la Wilaya, Mme Abidar a refusé de de signer le procès-verbal de la police souhaitant d’abord se rendre à l’hôpital afin de se procurer un certificat médical. Autrement dit: les autorités ont estimé n’avoir rien à se reprocher et accusé la comédienne de mentir! Dans ce contexte, la Direction générale de la sûreté nationale a décidé de porter plainte contre elle et de la poursuivre en justice pour fausses allégations.

Le 8 novembre, Loubna Abidar a informé ceux qui consultent sa page Facebook de son départ de son pays pour la France. Une décision qui lui a attiré encore une fois un tollé de critiques et d’insultes. Certains ont même mis en doute son histoire et l'ont accusé de l’avoir inventé de toutes pièces pour pouvoir résider dans le pays de Molière…

***

La comédienne Abidar a donc quitté son pays. Si le mépris affiché par plusieurs marocains à son endroit n’est pas une révélation pour quiconque qui a suivi les péripéties de cette affaire, le silence du réalisateur par qui tout cela est arrivé est pour le moins étonnant. Rompra-t-il ce silence ou préférera-t-il s'y murer encore, mais jusqu'à quand? Plus largement, cette affaire d'agression de Mme Abidar pose la question de l'incivilité et de l'insécurité dont sont victimes les femmes dans l'espace public au Maroc. Que compte faire la société pour juguler ces fléaux?

10 novembre 2015



Réagissez à cet article !
Pour écrire votre réaction, nous vous encourageons à devenir membre de Tolerance.ca® ou de vous identifier si vous êtes déjà membre. Vous pouvez poster une réaction sans devenir membre, mais vous devrez compléter vos informations personnelles pour chaque réaction.

Devenir membre (gratuit)   |   S'identifier

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®. Vous devez lire Les règlements et conditions de Tolerance.ca® et les accepter en cochant la case ci-dessous avant de pouvoir soumettre votre message.
Votre nom :
Courriel :
Titre :
Message :
 
  J'ai lu et accepté les règlements et conditions de Tolerance.ca®.
Chronique
Cet article fait partie de

La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

Lisez les autres articles de Aziz Enhaili
Suivez-nous sur ...
Facebook Twitter