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Raïf Badawi lauréat du prix Sakharov pour la liberté de pensée

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le calvaire du blogueur Raïf Badawi agit comme une piqure de rappel pour quiconque qui serait tenté de fermer les yeux sur la situation réelle des droits humains en Arabie saoudite. Chaque nouveau prix international obtenu par cet intellectuel libéral accentue un peu plus la pression sur Riyad et lui fait rappeler ses obligations vis-à-vis de son ressortissant à titre de membre du Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

Depuis un quart de siècle, chaque 29 octobre, le parlement européen dévoile le nom du lauréat de son prestigieux Prix Sakharov pour la liberté de pensée. Ce sont des personnes ou des institutions qui ont apporté une contribution importante à la cause des droits humains qui peuvent y aspirer. Cette année, trois candidatures étaient en lice. C’est le blogueur saoudien emprisonné Raïf Badawi qui a obtenu cette année cette récompense.

Raïf Badawi, Prix Sakharov 2015

Raïf Badawi est un blogueur saoudien né en 1984. Il a été arrêté en juin 2012. Il a été deux ans plus tard, au bout d’un processus judiciaire bâclé et entaché d’irrégularités, condamné à dix ans de prison ferme, 1000 coups de fouet, à raison de 50 par semaine, une amende de 266 000 dollars américains et une interdiction de voyage et d’écriture de dix ans à l’expiration de sa peine de prison. S’il a été condamné, c’était en raison de sa critique de l'emprise du pouvoir religieux sur la société saoudienne et non, comme l’a affirmé Riyad, pour ''insulte'' à l’islam. Les autorités ont depuis fermé le site saoudien ''Free Saudi Liberals'' qu’il dirigeait. Ce forum sur Internet était dédié au débat libre et ouvert des question de pouvoir et de société.

Le vendredi 9 janvier 2015, M. Badawi a reçu ses premiers 50 coups de fouet. Suscitant la consternation un peu partout à travers le monde et sur les réseaux sociaux. Égratignant l'image du régime des Al-Saoud et le mettant sur la défensive.

Si la condamnation du blogueur saoudien a plu aux milieux conservateurs, elle a en revanche suscité la consternation à l’étranger. Plusieurs gouvernements occidentaux et associations internationales de défense des droits humains et de la liberté de la presse, dont Amnistie Internationale, Human Rights Watch et Reporters sans frontières (RSF), ont soutenu le prisonnier d’opinion et exercé de multiples pressions sur le gouvernement saoudien pour le faire libérer.

Le gouvernement québécois lui a, pour sa part, décerné un Certificat de sélection du Québec pour faciliter son obtention du permis de résidence permanente au Canada et son arrivée au pays pour rejoindre sa famille réfugiée à Sherbrooke. Aussi, l'Assemblée nationale du Québec a, en février dernier, voté à l'unanimité une motion d'appui au blogueur et appelé Riyad à le libérer.

M. Badawi a reçu durant les deux années précédentes plusieurs prix internationaux, dont le Prix du net-citoyen de RSF pour l’année 2014. Le 81e Congrès des membres de Pen International réunis, à la mi-octobre à Québec, lui a apporté son soutien, en présence de sa femme et de ses trois enfants. D'ailleurs, il a posé une chaise vide pour M. Badawi sur la place d'Youville. Une façon de souligner son absence et le silence qu'on lui impose.

Soumis à de fortes pressions au niveau international de la part de gouvernements, d'ONG et d'institutions internationales, Riyad a reporté les 950 coups de fouet restants à une date indéterminée. Mais, le 27 octobre, suite à une information en provenance d'Arabie saoudite, la femme de M. Badawi, Ensaf Haidar, a exprimé sur sa page Facebook sa crainte de voir bientôt son mari se faire flageller de nouveau, lui dont la santé est fragile.

Après deux jours d'inquiétude, une nouvelle en provenance d'Europe ne pouvait que réjouir Mme Haidar et son mari. Le parlement européen devait se prononcer sur qui d'une coalition d'opposants politiques à Maduro, de l'opposant russe assassiné Boris Nemtsov ou de Raïf Badawi pouvait obtenir son prestigieux Prix Sakharov cette année. Finalement, la conférence des présidents des groupes politiques européens a tranché en faveur du blogueur saoudien.

Jointe au téléphone par Tolerance.ca, Mme Haidar s'est dite ''heureuse'' du Prix. Elle y a vu un ''message d'espoir'' pour son combat et celui de son mari.

Le président du parlement européen, Martin Schulz, a saisi cette occasion pour appeler le roi saoudien Salman à ''libérer M. Badawi pour qu'il puisse venir en personne à Strasbourg chercher son prix'' en décembre prochain.

***

Avec ce prestigieux prix, Raïf Badawi se retrouve désormais sur une courte liste de personnalités internationales de choix, dont l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, le médecin  congolais Denis Mukwege, la Pakistanaise désormais Prix Nobel Malala Yousafzai ou l'avocate et militante syrienne des droite humains Razan Zeitouneh dont on est sans nouvelle depuis plusieurs années. Avec cette nouvelle distinction internationale, la pression internationale sur Riyad est maintenue et l'affaire du blogueur reste à l'agenda international. La question maintenant est de savoir si le roi Salman répondra favorablement à la demande de M. Schulz ou si au contraire il continuera à rester sourd aux appels venant d'un peu partout à travers le monde.

29 octobre 2015



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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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