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La vague orange s’éloigne

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La longueur de la campagne électorale fédérale a permis le retournement de plusieurs situations. La stratégie conservatrice et plusieurs erreurs du leadership néodémocrate en sont en partie pour quelque chose.

Le Canada est entré dans la dernière phase de la campagne électorale. La dynamique politique a déjà changé d’allure et de rythme. Désormais, on n’est plus à la course à trois. Plus on s’approche du 19 octobre, jour du scrutin, davantage la lutte se resserre. C’est ce qui ressort d'un nouveau sondage Léger.

Une lutte à deux entre libéraux et conservateurs

Entre le 28 et le 30 septembre dernier, la firme québécoise a mené sur Internet une enquête d’opinion. Elle a sondé 2107 Canadiens en âge de voter, dont 999 au Québec. Elle l’a fait pour le compte de TVA et de deux quotidiens, Le Devoir et Le Journal de Montréal. Plusieurs leçons peuvent être tirées de ce sondage.

Premier enseignement: au niveau national, le Nouveau parti démocratique (NPD) a récolté l’appui de 26% des sondés. Avec la perte en une semaine de 3%, il s’est classé troisième, derrière le Parti libéral du Canada (PLC: 32%) et le Parti conservateur du Canada (PCC: 30%). Il a donc encore une fois perdu du terrain. Le parti de Justin Trudeau en a profité pour prendre la tête de la course. Mais le parti du premier ministre sortant le talonne.

Deuxième enseignement: l’Ontario. C’est dans cette province (avec le Québec) que se jouera le sort du NPD et que seront élus 121 des 338 députés de la chambre des Communes. Dans cette province, le NPD (23%) a perdu sa première place et du terrain face, cette fois, au Parti libéral (38%) et au Parti conservateur (33%). Le PLC a enregistré un gain de 5%. Il a consolidé ses appuis. Il mène dans les intentions de vote. Le Parti conservateur a lui aussi perdu des plumes (33% contre 36% précédemment). On n'est donc plus dans cette province dans la configuration du début de la campagne d’une lutte à trois.

Troisième enseignement: à l’exception du Québec, le NPD n’a réussi dans aucune autre province à en devenir la première force politique. L’ancrage des deux autres grands partis l’accule à la deuxième place (Atlantique, Alberta et Colombie-Britannique) quand ce n’est pas la troisième (Ontario et Manitoba-Saskatchewan) dans les intentions de vote.

Quatrième enseignement: au Québec, le NPD fait mieux qu’au fédéral (28%). Mais, il a perdu 10% en une semaine. Une perte qui s’ajoute à une autre de 8% une semaine plus tôt. Il a donc perdu une vingtaine de points depuis le début de la campagne le 2 août dernier. S’il reste en tête des intentions de vote, le parti de Thomas Mulcair est talonné par les libéraux et les bloquistes qui sont à égalité (24% chacun) et les conservateurs (21%). Avec ses 30% d’appuis parmi les Québécois francophones, la formation souverainiste mène désormais devant le NPD (27%), le Parti conservateur (22%) et le Parti libéral (18%). Mais, avec ses 45% d'appuis, ce dernier mène largement parmi cette partie des Québécois qui sont non-francophones. Il devance le NDP (28%), le PC (18%) ou le Parti vert (6%). Cette partie des Québécois ne semble pas apprécier le ton divisive et polarisant qu'a prise la campagne du Bloc québécois (2%) avec l'instrumentalisation de la question du niqab en pleine campagne pour se sauver d'une déroute annoncée dans les sondages menées au cours de la première partie de la campagne. Il semble que l'héritage de Trudeau père (la Charte canadienne et du multiculturalisme) continue de raisonner dans cette partie de l'électorat québécois. D'ailleurs, lors de notre couverture de la campagne de Joël Lightbound (à paraître), un bénévole d'origine algérienne nous avait raconté que s'il était là, aux côtés du candidat libéral dans Louis-Hébert, c'est em reconnaissance pour l'oeuvre de l'ancien premier ministre canadien. Avec leur dégringolade dans les intentions de vote au Québec, les néodémocrates sont obligés de constater que cette fois la vague orange ne semble pas être de l’ordre du possible.

Cinquième enseignement: un mélange de questions identitaire et sécuritaire savamment dosé par les conservateurs a fait assez mal à la campagne néodémocrate. Comme Thomas Mulcair n’a trouvé ni les mots ni le ton qu’il fallait pour expliquer et surtout rassurer une population inquiète de l’affaire controversée de cette immigrante pakistanaise qui voulait prêter le serment de citoyenneté le visage couvert, il a facilité le travail de sape d’habiles chef conservateur et bloquiste en particulier au Québec. Il s’est tellement montré non habile à ce chapitre que plus il cherchait à expliquer sa position, davantage le piège conservateur se refermait sur lui. L’affaire de l’accueil des réfugiés syriens ne l’a pas aidé non plus. À ce propos, les conservateurs l’ont dépeint comme une personne irresponsable qui voudrait ouvrir grandes les portes du Canada sans prendre en compte la sécurité de la population. Comme on l’a vu ci-dessus, cette stratégie a donné des fruits conservateurs et bloquistes dans les intentions de vote.

Sixième enseignement: la volatilité du vote. Si Gilles Duceppe (68%) et Stephen Harper (61%) bénéficient d'appuis très solides au sein de leurs bases respectives, les électeurs libéraux et néodémocrates sont des vases communicants. Ils sont prêts de la moitié à être prêts à passer armes et bagages dans l'autre camp du moment qu'ils sont persuadés que son chef serait le mieux placé pour battre l'adversaire conservateur. Si le NPD est le second choix des libéraux (56%), il l'est également d'une partie importante des électeurs bloquisites (48%). C'est dire la tentation du vote stratégique parmi cette partie de l'électorat québécois qui ne veut pas d'un nouveau mandat pour Stephen Harper.

Septième enseignement: 43% des électeurs peuvent encore changer d'idée. Les jeux sont donc loin d’être faits.

Huitième enseignement: la soif de changement. Ils sont plus nombreux à travers le pays à penser que c’est le Parti libéral qui incarne le changement (27%) davantage que le NPD (25%) ou le Parti vert (13%). Ventilé par régions, ce besoin favorable aux libéraux s’exprime davantage en Atlantique (40%) qu’en Ontario (32%), au Manitoba-Saskatchewan (30%), en Colombie-Britannique (27%), au Québec et en Alberta (19%). Au Québec, près du tiers des sondés voit dans le NPD (32%) son véhicule de changement. L’image de ce parti séduit donc encore plus de Québécois que le PLC (20%), le Bloc (9%) ou le Parti vert (8%). La population francophone favorise davantage le NPD (34%) à ce chapitre que les autres partis, incluant le Bloc (11%). Parmi les non-francophones, c'est le PLC (33%) qui fait mieux que toutes les autres formations, incluant le parti orange (25%). Les appuis du Bloc parmi cette clientèle sont quasi inexistants (à peine 2%).

Neuvième enseignement: les chefs des trois principales formations fédérales se retrouvent à égalité quand il s’agit de déterminer qui serait le meilleur prochain premier ministre. Mais, le néodémocrate Mulcair (24%) fait légèrement mieux que le libéral Trudeau (23%). Au Québec, le tiers des sondés appuient le chef du NPD. Le chef conservateur (19%) est quant à lui talonné par le chef libéral (18%). Le premier ministre sortant fait mieux que ses adversaires en Alberta (42%), en Ontario (27%) et dans les prairies (27%). Les appuis de M. Trudeau sont solides dans l’Atlantique (37%). En Colombie-Britannique, les chefs libéral et néodémocrate sont au coude-à-coude dans les intentions de vote (27%).

Dernier enseignement: la lutte électorale s'est transformée en bataille entre Justin Trudeau et Stephen Harper. Le parti de Thomas Mulcair reprend sa troisième place traditionnelle. Avec sa dégringolade dans les intentions de vote au Québec, ceux qui dans le reste du pays aimeraient voir Stephen Harper se faire battre le 19 octobre, sont de plus en plus portés à douter de la capacité de M. Mulcair à être leur cheval gagnant. Le pouvoir s'éloigne donc de l'horizon orange.  

***

Thomas Mulcair doit être frustré dans son coin du retournement de situation analysé ci-dessus. Il a assisté à l'exploitation par ses adversaires conservateurs à ses dépens de thèmes comme l'affaire du niqab et l'accueil des réfugiés syriens, sans trouver souvent et à temps la manière et le ton appropriés pour les contrer. L'utilisation par les bleus de ces bons filons comme cheval de Troie, en particulier au Québec, leur a permis de l'affaiblir dans le reste du pays au point de réduire ses chances de devenir le prochain premier ministre du Canada.

 10 octobre 2015



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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