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Les conservateurs prennent la tête de la course électorale

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le Nouveau parti démocratique est pris avec cette affaire du niqab et ne sait visiblement pas comment s'en défaire. Ses adversaires conservateurs s'en réjouissent. Et pour cause. Cela leur a permis de remonter la pente dans les intentions de vote.

À quelques semaines du jour du scrutin du 19 octobre, on sent déjà qu’on est entrés dans une nouvelle phase de la campagne électorale déclenchée le 2 août dernier. Le coude-à-coude des trois principaux partis fédéraux semble de plus en plus lointain. Plusieurs sondages, dont le nouveau Forum research, l’ont montré.

Les conservateurs renforcent leurs appuis

Le Forum research a les 28 et 29 septembre dernier effectué un sondage auprès de 1499 Canadiens en âge de voter. La marge d'erreur est de plus ou moins 3%, 19 fois sur 20.

Le Parti conservateur du Canada (PCC) est arrivé premier (34%). Il a devancé le Nouveau parti démocratique (28%) et le Parti libéral du Canada (PLC: 27%). Le Parti vert et le Bloc québécois ont fermé le rang des grandes formations avec chacune 5% des intentions de vote. Le parti de Stephen Harper a donc eu les faveurs d’un peu plus du tiers des sondés. Cela représente un gain de 3% par rapport à ce qui a été enregistré une semaine plus tôt. Un gain fait principalement au détriment des libéraux qui ont perdu dans la même période 4%. Les appuis des néodémocrates sont quant à eux restés cette fois stables.

Avec ses 32% des intentions de vote au Québec, le NPD est demeuré en tête. Mais, il a perdu des plumes par rapport au sondage antécédent. Le Parti conservateur n’a pas creusé sensiblement son avance sur le Parti libéral (respectivement 24% et 21%).

En Ontario, la lutte pour la première place se déroule entre les conservateurs (34%) et les libéraux (33%). Les néodémocrates sont quant à eux relégués à la troisième place (25%). Mais, ils sont dominants en Colombie-Britannique (41% des intentions de vote). Les conservateurs le sont pour leur part dans les prairies (41%) et les libéraux dans l’Atlantique (41%).

Les électeurs conservateurs sont plus loyaux à leur parti (73%) que ne le sont les libéraux (62%) ou les néodémocrates (57%) aux leurs. Autrement dit: si une majorité écrasante des partisans de Stephen Harper tient mordicus à ce qu’il garde le pouvoir, une bonne partie des électeurs néodémocrate est prête à transférer ses voix en faveur de l’adversaire libéral si elle estime qu’il serait susceptible de déloger le premier ministre sortant. Les libéraux sont également prêts à voter pour le chef néodémocrate, mais dans un degré moindre. C’est dire combien les adversaires du gouvernement sortant sont opposés à l’éventualité de le voir garder le pouvoir pour quatre ans de plus.

Au niveau du meilleur premier ministrable des trois chefs, Stephen Harper est maintenant perçu comme le choix le mieux approprié (29%). Thomas Mulcair a donc perdu cette place, lui en qui, selon un sondage Léger datant du 10-12 août dernier, 43% des Québécois et 28% dans le reste du pays voyaient le meilleur premier ministrable. Cette fois, ils représentent un quart des sondés. Cela représente pour lui une perte de 3% dans les intentions de vote. Le chef conservateur a quant à lui dans l’intervalle réussi à s’attirer les faveurs de 8% de plus parmi les sondés. Justin Trudeau a pour sa part amélioré sa cote de popularité (22% contre 20%). Les adversaires des néodémocrates ont donc bénéficié de leur recul dans les intentions de vote.

Si les conservateurs ont réussi cette fois à prendre de l’avance sur leurs adversaires néodémocrates, c’est en partie à cause de l’affaire du port du niqab aux cérémonies de prestation du serment de citoyenneté. Si le néodémocrate Mulcair s’est retranché derrière une position légaliste, conformément à la décision de la Cour d’appel fédérale, le conservateur Harper a fait le choix d’en faire un enjeu de politique identitaire. Pour séduire cette frange de droite identitaire au Québec et dans le reste du Canada, il a promis de légiférer dans les premiers cent jours d’un gouvernement conservateur pour que ce soit fait à visage découvert.

Cette politique conservatrice de division a montré son efficacité. Elle a mis les adversaires néodémocrates sur la défensive et créé les germes de division en leur sein. Au moment où le parti avait le plus besoin de cohésion au sein de ses troupes, puisqu’il assiste à l’effritement de ses appuis, son chef Mulcair a vu quatre de ses candidats, inquiets de la tournure de cette situation, sortir des rangs, briser leur mutisme et exprimer leur divergence avec leur chef sur cet enjeu identitaire.

Le Bloc québécois a lui aussi surfé sur cette affaire du niqab et joué cette politique de division pour affaiblir l’adversaire néodémocrate et sauver sa tête d’une déroute annoncée dans différents sondages. Un choix qui a semblé lui réussir puisqu’il a vu sa situation s’améliorer au Québec.

***

La stratégie divisive du Parti conservateur a fonctionné à merveille. Elle a réussi, par exemple au Québec, à faire durant plusieurs semaines d'une question identitaire un enjeu de premier plan et donc d'évacuer dans une certaine mesure la question de son bilan de presque dix ans de gouvernement. Cela lui a également permis de se retrouver en tête des intentions de vote. Dans ce contexte, l'adversaire néodémocrate s'est retrouvé derrière.

5 octobre 2015



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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