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Le Bloc québécois s’essaye à la ''Politique de division''

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Plusieurs indices montrent que le temps où le Bloc québécois pouvait compter sur l'appui quasi automatique d'une partie importante des électeurs québécois est derrière lui. Le désir de changement de gouvernement à Ottawa exprimé par une majorité écrasante de Québécois n'est pas non plus pour arranger les affaires du parti souverainiste le soir du 19 octobre prochain. Ce contexte est un champ fertile pour des dérapages reliés à la politique de division (wedge politics).

Le Bloc québécois joue son va-tout dans l’élection fédérale de cette année. Il ne cesse depuis, le 2 août, date officielle du déclenchement de la campagne électorale, de taper en particulier sur le Nouveau parti démocratique (NPD) et sur son chef Thomas Mulcair. Et pour cause! Ayant séduit une partie importante de cette clientèle souverainiste favorable au changement de gouvernement à Ottawa, cette formation de gauche est devenue, aux yeux de Gilles Duceppe et de ses partisans, l'adversaire à ''abattre''.

Le NPD, le Front national et une publicité du Bloc

Malgré ses efforts déployés depuis le 2 août dernier, Gilles Duceppe a échoué à convaincre les Québécois de son affirmation du double discours de Thomas Mulcair sur le projet d'oléoduc Énergie Est. Pour ne rien arranger à ses affaires, deux de ses alliés traditionnels, la FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, et la formation de gauche souverainiste Québec solidaire, ont refusé cette fois d’appeler à voter pour son parti. Sans oublier le fait que plusieurs souverainistes n’excluent désormais plus l’idée que le Bloc soit rayé de la carte fédérale au soir du 19 octobre prochain.

Devant cette double difficulté, pourquoi résister à la tentation de faire peur aux Québécois de l’élection d’un gouvernement néodémocrate si cela pourrait les ramener au bercail bloquiste et sauver par la même occasion sa tête d’une disparition annoncée.

Le 18 septembre, le Bloc québécois a diffusé une vidéo publicitaire sur YouTube. Elle est d’une durée de 21 secondes.

 

 

 

 

 

 

 

Sur un fond orange, un oléoduc se dessine et se remplit de pétrole noir. Une goutte de pétrole se transforme en niqab tandis que se fait entendre le message d'une narratrice: "Les élections s'en viennent et si Thomas Mulcair est élu, il y a aussi un beau gros pipeline qui s'en vient, même si on n'en veut pas. Puis, même si on n'est pas d'accord avec le port du niqab pour voter ou se faire assermenter, Thomas Mulcair, lui, il l'est. C'est la goutte de trop. Je retourne au Bloc".

Ce message publicitaire fait référence à la position prudente de Thomas Mulcair dans le dossier du projet d'oléoduc Énergie Est et son ralliement au jugement de la Cour fédérale autorisant une Pakistanaise d'origine, Zunera Ishaq, à porter le niqab au moment de la prestation du serment de citoyenneté. Une décision contre laquelle se sont insurgés les Conservateurs de Stephen Harper et les Bloquistes de Gilles Duceppe. Zunera Ishaq ne devait pas s’attendre à ce que son affaire soit instrumentalisée par ces partis pour diviser l’électorat de leurs adversaires néodémocrates et libéraux.

Dans ce message publicitaire, le Bloc établit donc un lien entre deux sujets controversés au Québec, mais qui ne sont pas liés. Le but de cette manœuvre de politique de division (wedge politics) est d’instiller le douter, de mettre sur la défensive, de diviser, de faire peur à tous ces électeurs québécois qui sont opposés à ces deux thèmes et qui veulent en même temps un changement de gouvernement à Ottawa. Le pari ici est de les amener à voter pour ses candidats et non pour ceux du NPD.

Cette publicité a beaucoup mécontenté le NPD. Le même jour de son partage sur les réseaux sociaux, Karl Bélanger, le porte-parole du parti de Thomas Mulcair, a en personne écrit sur son compte Twitter (@KarlBelanger) le message suivant: "Le Front National vient de faire son entrée dans la campagne". Ce gazouillis comparant le Bloc au parti français d’extrême droite a été partagé 47 fois sur le réseau social du microblogging. Ce dérapage en dit long sur la colère du dirigeant néodémocrate.

***

Le Bloc québécois aura beau se défendre de faire à cette occasion une publicité négative ou de cibler un groupe social bien identifié, la démarche parle pour elle-même. D’ailleurs, ce procédé relève des gadgets du kit électoral du Wedge politics (politique de division). Y recourir en dit long sur les difficultés rencontrées par le parti souverainiste et son chef sur le chemin de reconquête d’un électorat québécois qui a multiplié ces dernières années les signes d'une désaffection grandissante à leur endroit.

20 septembre 2015



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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