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Thornhill: Le conservateur Peter Kent, les réfugiés syriens et le faux jihadiste

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La crise des réfugiés syriens a fini par rattraper la droite canadienne. La campagne électorale de Stephen Harper est, en partie, sabordée par l’image d'Aylan Kurdi, ce jeune enfant syrien mort noyé sur une plage turque, lui qui n'a pas voulu accélérer l'accueil des réfugiés syriens au Canada. Cette situation alimente la nervosité des conservateurs.

La crise des réfugiés syriens fait visiblement mal à la campagne électorale des conservateurs. Pas un jour ou presque ne passe sans qu’un journaliste ne pose la question au chef conservateur, lors du point de presse. Cette situation désespère tellement les conservateurs que certains d’entre eux n’hésitent pas à s’accrocher à la première bouée rencontrée sur leur chemin pour, espèrent-ils, sauver une campagne qui a l’air d’aller de mal en pis.

Le jihadiste qui ne l’est pas!

Peter Kent est candidat conservateur dans Thornhill. Il affronte dans cette circonscription torontoise le Libertaire Gene Balfour et le Néodémocrate Lorne Cherry. Les conservateurs fondent de grands espoirs sur lui dans cette partie de la métropole du Canada.

Visiblement, l’ancien ministre de l’environnement du gouvernement Harper est agacé par les critiques de plus en plus nourries dans les médias de la position de son chef dans le dossier de l’accueil des réfugiés syriens. Pour rappel, si des premiers ministres provinciaux, des maires de grandes villes et des figures conservatrices ont appelé le premier ministre sortant à permettre rapidement l’accueil des réfugiés syriens, lui reste muré dans une position tributaire de considérations idéologiques et sécuritaires. Si cette posture dure plaît à la frange ultraconservatrice de sa base électorale, elle lui aliène d’un autre côté d’autres secteurs dans une opinion publique touchée par le drame du petit syrien Aylan Kurdi et qui est du coup plus sensible au drame des réfugiés syriens.

Le mardi 8 septembre, le candidat conservateur dans Thornhill a publié un message sur son compte Twitter. Dans ce gazouillis, M. Kent a commis l’impair de partager un photomontage où on présente un réfugié syrien comme combattant du groupe État islamique (EI). Sans prendre la peine de vérifier l’authenticité de cette information, il l’a agrémenté d’un commentaire personnel renforçant la méfiance à l’endroit des demandeurs d’asile syriens et alimentant leur amalgame avec des terroristes.

C’est la BBC qui a été la première à dévoiler le pot aux roses du photomontage malveillant.

C’est après que la chroniqueuse du Globe and Mail Tabatha Southey et d’autres sur les réseaux sociaux aient pointé cette grossière erreur que Peter Kent a dû effacer son message. Le même jour. Pour se défendre, il a écrit dans un autre tweet qu’il s’était fié sur une source fiable...

L’homme qu’on voit sur les images s’appelle Laith Al Saleh (30 ans). C’est en fait un ancien commandant de l’Armée syrienne libre. Il s’agit de rebelles qui combattent les hommes de l’EI et ce qui reste de l’armée de Bachar El-Assad. De guerre lasse, M. Saleh a pris le chemin de l’exil européen.

On est donc loin de ce crypto-terroriste dont se nourrit en partie le fantasme de groupes occidentalistes d’extrême droite, dont Pegida, et qui voudrait désespérément faire croire à l’opinion publique occidentale que des terroristes de l’EI se fondent dans la masse des réfugiés syriens qui frappent à la porte de l’Europe et de l’Amérique du Nord, en attendant l’heure de frapper l’Occident dans le cœur.

Même s’il a dû supprimer son tweet controversé, le candidat Kent n’a pas pu dans un autre gazouillis résister à la tentation de répéter le message d’une nécessaire vigilance dans le traitement du dossier des Syriens en quête d’asile. Ce message revient à entretenir dans l’opinion publique la méfiance à leur endroit, sans apporter la moindre preuve factuelle étayant son argumetaire.

***

Les tuilles ne cessent de s'abattre sur la campagne électorale de Stephen Harper. Elle n'a pas l'air non plus de bien fonctionner. Dans ce contexte morose, le premier ministre sortant n'avait pas besoin de voir son ancien ministre de l'environnement s'enliser, et le parti avec lui, dans la controverse. 

10 septembre 2015



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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