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La FTQ, le Bloc québécois et le vote anti-Harper

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Au Québec, le désir de changement de gouvernement fédéral est plus fort que jamais. Plusieurs sondages le mesurent. Une situation qui contrarie la stratégie mise en place par le Bloc québécois (BQ) en vue des élections en cours. Son chef Gilles Duceppe est obligé de constater que des alliés traditionnels de son parti et même des souverainistes sont prêts cette fois à voter pour le Nouveau parti démocratique (NPD) pour défaire le gouvernement Harper.

Au Québec, la campagne fédérale en cours a l’air d’un référendum sur l’avenir de Stephen Harper. La question que se posent plusieurs électeurs opposés à la réélection du premier ministre conservateur sortant est celle de savoir qui des deux chefs néodémocrate et libéral, Thomas Mulcair ou Justin Trudeau, pourrait défaire le gouvernement conservateur. Cette façon d’aborder la question nuit ipso facto à la campagne d’une formation souverainiste comme le Bloc québécois (BQ) et à l’argumentaire de son chef Gilles Duceppe.

Le vote utile de la FTQ nuit au Bloc québécois

Durant les campagnes fédérales précédentes, le BQ pouvait compter sur l’appui de la gauche québécoise pour faire élire au moins une partie de ses candidats. Cette fois, le chef souverainiste Gilles Duceppe n’a pas dû attendre longtemps avant de connaître la position de la plus grande organisation syndicale au Québec par rapport à la campagne électorale.

La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) avait l’habitude d’appuyer le BQ aux campagnes fédérales. C’était le cas aux élections de 1993, 1997, 2000, 2006, 2008 et 2011. La seule fois où elle ne l’avait pas fait remonte aux élections de 2004. La campagne électorale en cours a vu la centrale syndicale changer son fusil d’épaule. Cette fois, au lieu d’appeler à voter le 19 octobre prochain en faveur de la formation souverainiste, son chef Serge Cadieux a demandé à ses membres de voter, dans une dizaine de circonscriptions stratégiques pour le Parti conservateur, en faveur des candidats les plus susceptibles de les défaire.

Cet appel de M. Cadieux à voter utile au Québec pourrait donc bénéficier davantage à des candidats fédéralistes parmi les Néodémocrates et les Libéraux qu’à des bloquistes.

Même si la FTQ se défend d'appuyer officiellement un parti au lieu d'un autre, on pourrait s’attendre déjà à ce que son ''tout, sauf Harper'' bénéficie au Québec davantage à la formation de Thomas Mulcair qu’à celle de Gilles Duceppe. D’ailleurs, plusieurs sondages d’opinion, dont celui Léger, placent ipso facto les troupes néodémocrates en meilleure position par rapport à celles bloquistes en termes de captation du vote.

Comme il fallait s’y attendre, le chef souverainiste n’a pas apprécié l’appel de la FTQ au vote stratégique. Pour tenter de dissuader les syndicalistes d’appuyer ses adversaires néodémocrates en particulier, il leur a, lors de son passage à Québec, servi un argument utilisé lors d’élections fédérales précédentes: ''Je dis aux syndicats faites votre job ailleurs si vous voulez battre Harper, ici on l'a fait, on le bat régulièrement''. Il les a donc appelés à observer une espèce de division de travail: laisser le Québec au Bloc et se concentrer pour leur part sur le reste du Canada. Autrement dit: il leur demande de ne pas intervenir dans la campagne au Québec. Mais, cela dit, Gilles Duceppe a, d’un autre côté, cherché à minimiser la portée de l’appel au vote utile de la FTQ.

Le chef du Parti québécois Pierre Karl Péladeau est venu à la rescousse du Bloquiste. Il a lui aussi mis en garde contre l’attrait du NPD. Sur un enjeu de taille comme l’oléoduc Énergie Est, il a, le 13 août, depuis Laval, déclaré que les positions néodémocrate et conservatrice commencent à ''ressembler à bonnet blanc, blanc bonnet''. Et d’enfoncer le clou: ''C'est dans la continuité d'un gouvernement Harper'' (sic!)

Les conservateurs ont été eux aussi déçus de l’appel de la FTQ au vote stratégique pour déloger leur gouvernement du pouvoir. Les réactions du lieutenant de Stephen Harper au Québec et ministre sortant Denis Lebel à ce propos en disent long sur cela.

Comme il fallait s’y attendre, Thomas Mulcair a bien apprécié le geste du chef de la principale centrale syndicale au Québec.

***

Pour sauver ce qui reste des meubles du BQ, on a fait appel à son ancien chef. Mais, selon différents sondages d'opinion, Gilles Duceppe semble de moins en moins en mesure d’y arriver. Il n'y est largement pour rien. C'est le désir de changement de gouvernement chez une majorité de Québécois qui y est pour beaucoup. Cela pourrait jouer un mauvais tour à sa formation le soir du 19 octobre prochain.

31 août 2015



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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