Tolerance.ca
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.

Un fort désir de changement dans l’électorat au Canada

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le désir de changement est dans l'air ces jours-ci. Plusieurs sondages l'indiquent. Les adversaires du premier ministre sortant réussiront-ils à transformer cette soif en réalité le soir du 19 octobre prochain? Ou Stephen Harper réussira-t-il à inverser la tendance qui se dessine de sondage en sondage?

Près de deux semaines se sont écoulées depuis le déclenchement des élections fédérales générales par le premier ministre sortant. Les autres chefs fédéraux ont critiqué cette décision en raison de la longévité et du coût élevé de cette campagne. Mais, selon le conservateur Stephen Harper, il n’avait pas le choix puisque les autres chefs de partis avaient déjà entamé une campagne qui ne disait pas son nom. Aussi, à l’en croire, ce sont les partis et non les contribuables qui vont débourser les frais de la note électorale. Mais, ce n’est vrai qu’en partie.

De mauvaises nouvelles pour les conservateurs

À chaque élection, les partis politiques et les médias cherchent à mesurer les humeurs des votants pour essayer de connaître d'avance le parti susceptible de l'emporter. Juste pour la campagne en cours, il y a eu, à ce jour, au moins quatre sondages. Après les enquêtes d’opinion menées la semaine dernière au profit de journaux comme le Star et le Globe and Mail, la maison de sondage Léger a mené, entre le 10 et le 12 août, son coup de sonde pour le compte des journaux Le Devoir, Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec. Cette enquête a été menée sur Internet auprès de 2095 répondants, dont 987 Québécois. Elle est riche en enseignements, notamment pour quatre principaux partis fédéraux: PCC, NPD, PLC et Bloc québécois. Nous nous penchons ici sur trois de ces leçons.

D’abord, les partis politiques. Le Parti conservateur du Canada (PCC) occupe le troisième rang dans les intentions de vote. Il est derrière le Nouveau parti démocratique (NPD) et le Parti libéral du Canada (PLC). Après répartition des indécis, le parti de Thomas Mulcair maintient son avance, récolte 33% des suffrages et se trouve donc en position virtuelle de former le prochain gouvernement, mais un cabinet minoritaire. La formation de Justin Trudeau arrive quant à elle deuxième. Avec ses 28% de voix, elle réussit à tasser, mais légèrement et pour la première fois depuis le mois de mai, le parti de Stephen Harper qui pour sa part arrive bon troisième avec 27% d'appuis. Le PLC gagne trois points par rapport à un sondage effectué en juillet. S’il était au coude-à-coude avec le NPD, lors du précédent coup de sonde, le PCC perd cette fois cinq points, fragilisant ses chances de garder le pouvoir. Ce recul est dû à une perte d'appuis constatée davantage au Québec qu’au Canada (respectivement 6% et 5%). Une situation qui a, à l’échelle nationale, profité davantage aux Libéraux (3%) qu’aux Néodémocrates (1%). Les troupes d'Elisabeth May n'abandonnent pas le navire des Verts (6%) contre vent et marée.

La ventilation des intentions de vote par province permet d’enrichir cette analyse. Mis à part le Manitoba, la Saskatchewan et l’Alberta, le NPD devance le PCC dans toutes les autres provinces. Le PLC devance ses adversaires dans l’Atlantique (41%). Il est à parts égales avec le NPD en Ontario (31% contre 30% pour le PCC). Mais, il se fait battre à plate couture dans le reste des provinces.

Ce tableau des intentions de vote montre que la course électorale se joue à trois à l’échelle du pays. On n’est donc plus à l’époque du système des deux grands partis nationaux qui se succédaient au pouvoir. C’est dire l’impact significatif des transformations profondes qu'a connues le pays sur le paysage politique et les jeux électoraux.

La question des enjeux électoraux montre de son côté lequel des principaux partis fédéraux colle le mieux aux priorités des électeurs. Force est de constater que le NPD a su s’imposer au niveau de quatre enjeux considérés comme fondamentaux par plusieurs électeurs, dont la relance de l’économie canadienne (39%) et l’aide aux familles de classe moyenne (37%). Le PLC n’a donc visiblement pas réussi à imposer son message d'un Justin Trudeau champion de la classe moyenne. Plusieurs thèmes conservateurs chers à Stephen Harper, dont la lutte au terrorisme (12%) et à l’intégrisme (6%), n’ont pas réussi à s’imposer dans l’esprit des électeurs.

Le deuxième enseignement à tirer du sondage de la firme Léger concerne le Québec. C’est ici que le NPD enregistre son meilleur score au niveau national. Avec ses 40% des intentions de vote, on n’est pas loin des 43% qui lui ont en 2011 permis de surfer sur la vague orange. Le PLC obtient 21% et le PCC 17%. La formation de Stephen Harper perd donc 6% des appuis. Le Bloc québécois récolte quant à lui 21% des soutiens, soit 2% de plus que lors du sondage précédent. Cette formation souverainiste est donc loin de pouvoir menacer la pole-position des Néodémocrates au Québec.

Le goût du changement

Le troisième enseignement tiré du sondage de Léger concerne un aspect important pour la suite des choses. Le désir de changement est très fort parmi la majorité des électeurs à l’échelle du pays. Six Canadiens sur dix sont convaincus de la nécessité de changer de gouvernement. Seul un cinquième de l’électorat est favorable au maintien de Stephen Harper au pouvoir. La volonté de changer de gouvernement est encore plus forte au Québec. Elle motive trois Québécois sur quatre.

Des deux principaux partis de l’opposition, c’est le NPD qui réussit, avec l’appui d’un tiers des électeurs canadiens, à mieux incarner ce désir de changement à travers le pays. Cette impression est encore plus forte au Québec (48%). L’appui à la bannière libérale ne dépasse pas 19% des intentions de vote. Pour ne rien arranger aux affaires du libéral Trudeau, c’est en la personne de son adversaire néodémocrate que plus d’électeurs voient le chef le mieux qualifié pour devenir le prochain premier ministre du Canada. Ils sont 28% à le faire, à travers le pays, loin devant les partisans du conservateur Harper (21%) et du libéral Trudeau (20%). Les Québécois font davantage que le reste du pays confiance à Thomas Mulcair (43%) qu’au libéral (14%) ou au premier ministre sortant (13%).

***

Après un règne conservateur long et usé, une majorité d’électeurs souhaite un changement de gouvernement à Ottawa. Le NPD et son chef réussissent à ce jour le pari d’incarner cette soif de changement mieux que les Libéraux. Mais, en raison de la longueur de la campagne (78 jours), l'enjeu pour les troupes de Thomas Mulcair d'ici le 19 octobre, date du scrutin, consiste à transformer ce goût de changement en vague irrésistible. Y arriveront-ils? Ensuite, les Conservateurs tenteront de mettre à profit tous les moyens et occasions qui se présenteront à eux, dont des triangulaires, pour empêcher les Néodémocrates de remporter leur pari. Enfin, Justin Trudeau est loin d'avoir dit son dernier mot. C'est dire combien les jeux restent ouverts.

15 août 2015



Réagissez à cet article !
Pour écrire votre réaction, nous vous encourageons à devenir membre de Tolerance.ca® ou de vous identifier si vous êtes déjà membre. Vous pouvez poster une réaction sans devenir membre, mais vous devrez compléter vos informations personnelles pour chaque réaction.

Devenir membre (gratuit)   |   S'identifier

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®. Vous devez lire Les règlements et conditions de Tolerance.ca® et les accepter en cochant la case ci-dessous avant de pouvoir soumettre votre message.
Votre nom :
Courriel :
Titre :
Message :
 
  J'ai lu et accepté les règlements et conditions de Tolerance.ca®.
Chronique
Cet article fait partie de

Canada 2015
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

Lisez les autres articles de Aziz Enhaili
Suivez-nous sur ...
Facebook Twitter