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La souveraineté du Québec au menu du débat des chefs

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

En période de campagne électorale, les différents adversaires politiques se servent des moyens à leur disposition pour marquer des points. Dans ce cadre, le libéral Justin Trudeau a utilisé le débat des chefs du magazine Maclean's pour essayer de mettre le chef néodémocrate sur la défensive dans le dossier de l'unité nationale. Mais, Thomas Mulcair ne s'est pas laissé faire.

La campagne électorale bat son plein au pays. Le magazine Maclean’s a saisi cette occasion pour organiser un débat entre les chefs conservateur, néodémocrate, libéral et verte. Le premier à se dérouler en langue anglaise. L’absence du chef du Bloc québécois n’a pas empêché trois des quatre chefs présents d’aborder la question de la souveraineté du Québec.

Gilles Duceppe et le débat de Maclean’s

Contre toute attente, la question référendaire a été abordée le 6 août. C’est Justin Trudeau qui a ramené cet enjeu sur le devant de la scène. Il a accusé le parti de son adversaire Thomas Mulcair de menacer l’unité canadienne. Le chef libéral fait ici référence à la position officielle du Nouveau parti démocratique (NPD) sur ce qu’il est, depuis 1995, convenu d’appeler la ''question sur la clarté'' référendaire. Pour rappel, le Canada était à un cheveu de voir le Québec quitter la fédération lors du référendum de 1995. Pour qu’une telle chose ne se reproduise plus dans le futur, le gouvernement libéral de l'époque, sous Jean Chrétien, a fait adopter sa loi sur la clarté référendaire. Une législation qui rend la règle de la majorité de 50+1 non suffisante pour déclarer l’indépendance du Québec. Une décision dénoncée vertement par le mouvement souverainiste québécois. Pour séduire, la frange nationaliste du Québec, Jack Layton, chef alors du NPD, a, en 2005, fait adopter par son parti la Déclaration de Sherbrooke. Cette dernière définit le statut du Québec dans un gouvernement fédéral néodémocrate et affirme par la même occasion qu’une majorité simple (50+1) à un éventuel référendum serait suffisante pour que le Québec accède à l'indépendance. Ce qui revient à répudier la loi libérale sur une majorité référendaire claire.

Le chef libéral a reproché à son adversaire néodémocrate d’avoir, en juin dernier, remis au goût du jour cette déclaration controversée. Mais, si M. Mulcair l'a fait, c'est, au moins en partie, pour séduire une partie du ''camp'' nationaliste, les fameux nationalistes moux, alors que les élections fédérales se profilaient à l'horizon.

Thomas Mulcair a accusé son adversaire libéral de faire le jeu du chef bloquiste, Gilles Duceppe. Il a également juré sa foi fédéraliste ardente à tous ceux qui regardaient le débat aux quatre coins du pays. Mais, au lieu de répondre à la question du pourcentage de voix qui serait légitime, à ses yeux, lors d’un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec, M. Trudeau a préféré faire une feinte, en boxeur à ses heures perdues qu'il est, celle des neuf juges de la Cour suprême du Canada. Mais, sans convaincre le chef néodémocrate.

À cette occasion, le conservateur Harper n’a pas mis en doute la foi fédéraliste du chef néodémocrate. Seule la verte Elisabeth May ne s’est pas mouillée dans cet échange référendaire.

Maclean’s n’a pas invité le chef du Bloc québécois à son débat des chefs. Gilles Duceppe n’a pas apprécié cette décision. Il était tellement déçu qu'il est allé, le lendemain, jusqu’à assimiler son absence à ce rendez-vous des chefs à un manque de respect aux Québécois… Une réaction qui peut se comprendre dans le contexte, mais qui reste subjective et excessive puisque son option souverainiste n’a jamais bénéficié de l’appui de tout le peuple québécois et encore moins son propre parti. D’ailleurs, il est très bien placé pour le savoir... Sans oublier le fait que deux des chefs présents ce soir à Toronto sont Québécois et fédéralistes.

Comme si cela n'était pas suffisant, M. Duceppe a parlé des deux chefs fédéralistes du Québec, Thomas Mulcair et Justin Trudeau, comme faisant partie de ce qu'il appelle le ''Bloc canadien''. Une catégorie qu'il oppose évidemment au Bloc québécois. À l'aide de cette nouvelle idée, il cherche à convaincre le peuple québécois qu'il y a des Québécois qui sont au service de la nation québécoise, le Bloc en l'occurence, et d'autres qui défendent les intérêts d'une autre nation, celle du reste du Canada, c'est-à-dire les fédéralistes québécois. Une représentation qui est trop cliché et trop manichéenne pour pouvoir correspondre à la réalité. Cette catégorie est nouvelle. Elle est mise au service des efforts déployés par M. Duceppe, depuis son retour en juin, pour convaincre les Québécois que le Bloc a toujours sa raison d'être au niveau de la politique fédérale, alors que le coeur de plusieurs nationalistes n'y est plus.

Gilles Duceppe n’a pas non plus apprécié le fait que les chefs fédéralistes considèrent la question de la souveraineté du Québec dépassée. Mais, il ne pouvait faire autrement car accepter une telle éventualité signerait son arrêt de mort politique et celui de son mouvement. D'ailleurs, il a fait remarquer en passant que le fait de parler au passé de la question de la souveraineté n'a pas empêché les invités du débat de Maclean's de consacrer à ce sujet plus de vingt minutes.

***

Visiblement, le passage du temps n'a pas fait oublier au reste du pays la frayeur ressentie en 1995 de voir le Québec quitter la fédération canadienne. C'est dire la profondeur de la quasi blessure narcissique ressentie par plusieurs dans le ROC (rest of Canada). Justin Trudeau l'a, semble-t-il, compris et a cherché à se servir du débat de Maclean's pour jouer sur ce nerf encore sensible pour marquer des points dans l'Ouest du pays et affaiblir par la même occasion les chances de son adversaire Mulcair de devenir le prochain premier ministre du Canada.

8 août 2015



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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