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Attaque frontale de Stephen Harper contre les néodémocrates

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Chaque campagne électorale est un moment fort pour les chefs de partis politiques. Ils s'en servent pour faire à la fois des promesses aux électeurs  et des attaques contre leurs adversaires. La sortie aujourd'hui du premier ministre sortant contre les néodémocrates a montré que celle en cours ne sera pas différente des précédentes campagnes. 

Depuis hier, le Canada est entré en campagne électorale. L’occasion pour chacun des chefs des trois grands partis fédéraux d’essayer de séduire les électeurs et de les convaincre qu’il est le mieux placé pour permettre au pays de traverser, sans grands heurts, une situation économique morose et de le mener à bon port. Le premier ministre sortant, le conservateur Stephen Harper, se présente, entre autres, comme l’homme de la stabilité alors que ses deux adversaires libéral et néodémocrate, Justin Trudeau et Thomas Mulcair, jouent la carte du changement.

La promesse conservatrice de bonification du crédit d’impôt

Ce lundi, le premier ministre sortant se trouvait dans la circonscription Laval-Les Îles, dans la région de Montréal. Il était accompagné de son lieutenant québécois, Denis Lebel. Il a visité Spectra Premium. Il se trouvait dans les locaux de cette compagnie de fabrication et de distribution de pièces d’automobile pour en principe faire une promesse électorale à saveur économique.

Stephen Harper a promis aux 1100 employés ainsi qu’à la direction de cette compagnie un plan de bonification du crédit d’impôt pour la création d’emplois d’apprentis s’il était réélu: ''notre gouvernement offre des incitatifs pour que les gens choisissent les métiers spécialisés et des crédits d’impôt aux entreprises qui veulent embaucher des gens de métier''. Selon un communiqué publié ce lundi sur le site du Parti conservateur du canada, ce crédit (maintenu) de 10% ferait passer le salaire d’un apprenti de 2000 à 2500 dollars, une mesure qui s’appliquerait aux troisième et quatrième années de formation de l’apprenti. Les conservateurs n’ont pas manqué, dans le même communiqué, l’occasion de rappeler que c’est sous leur gouvernement que cette mesure a été adoptée en 2006.

Le chef conservateur n'a pas boudé son plaisir à cette occasion. Il a accusé Thomas Mulcair de vouloir augmenter les taxes et les impôts des contribuables, lui qui n’aime pas les mesures d’allégement fiscal du cabinet conservateur, a-t-il dit. Mais, comment aurait-il pu agir autrement puisque son parti ne partage pas la même philosophie économique néolibérale? M. Harper n’a pas épargné non plus sa critique au chef libéral. Il lui a reproché son opposition à toutes les mesures d’allégement fiscal conservatrices. Il l’a également accusé, devant les ouvriers de Laval, de vouloir annuler le crédit d’impôt pour la création d’emplois d’apprentis et de faire la promotion de ''programmes gouvernementaux mal ficelés'' et ''inspirés des élites''! À ses yeux, ces positions sont dues à la mauvaise gestion du chef néodémocrate et à l’inexpérience du dirigeant libéral. Et d’agiter le chiffon rouge grec pour menacer les électeurs qu’en cas d’élection de l’un de ses adversaires, le pays serait plongé dans une ''récession permanente''. Mais, ramener de cette façon l'éléphant grec dans le salon canadien en temps d'élection est une manoeuvre politique à haut risque. Au lieu de calmer la tentation orange de plusieurs électeurs, cela pourrait faire croire à bon nombre d'entre eux qu'un début de panique a gagné le vaisseau amiral conservateur. Ce qui pourrait les inciter en grand nombre à voter pour les néodémocrates.

Ce n’est pas pour rien que le premier ministre sortant a fait cette promesse à saveur économique dans une usine située à Laval-Les Îles. Cette circonscription a été emportée en 2011 par la vague orange. Son candidat Roland Dick y fait face au député sortant François Pilon. Le même qui a obtenu il y a quatre ans 47,6% des voix, soit trois fois la part conservatrice, et qui s’y représente. C’est dire la tâche ardue de M. Dick dans cette campagne.

Le caucus néodémocrate ne trouve pas grâce aux yeux de Stephen Harper

Le premier ministre sortant savait que Thomas Mulcair était en retraite pour bien préparer le débat de jeudi prochain. Il en a profité pour attaquer de manière féroce l’aile parlementaire de son parti. Il l’a dépeint comme ''le groupe le plus inefficace de n'importe quel groupe de députés de l'histoire. Il n'y a pas une seule étoile parmi ce caucus de Mulcair au Québec'' (sic). Cette attaque pourrait être interprétée comme un clin d’œil à Gilles Duceppe qui cherche désespérément à redonner vie à un Bloc québécois largement mis hors-jeu depuis plusieurs années, entre autres, par la vague orange et qui multiplie depuis son retour à la tête de la formation souverainiste les attaques contre le NPD et son chef. M. Harper sait que toute division du vote entre ses adversaires au Québec permettrait virtuellement à ses troupes de se faufiler et donc de remporter des sièges. Il sait aussi que la formation social-démocrate ne pourra former le prochain gouvernement sans un appui massif du Québec.

Mais, attention. Au lieu de miser sur des députés qui siégeraient sur les bancs de l’opposition, le chef conservateur a invité les Québécois à voter en masse en faveur des candidats de son parti. C’est la façon d’avoir, selon lui, une présence québécoise forte ''à la table des décisions'' à Ottawa.

Cette attaque violente contre les députés progressistes sortants dénote une certaine nervosité parmi les troupes conservatrices. Les résultats du sondage publié ce lundi par le Toronto Star en sont pour quelque chose. Le sondage du Forum de recherche a été mené quelques heures seulement après le déclenchement de la campagne électorale. Il nous apprend que si les élections avaient eu lieu dimanche, 39% des sondés auraient voté pour le NPD contre 28% pour les conservateurs et 25% pour les Libéraux. En termes de sièges, cela aurait permis aux troupes progressistes d’obtenir 160 sièges (sur les 338 maroquins que compte la chambre des Communes) et à leur chef Mulcair de former un gouvernement minoritaire. Cette projection alimente chez les conservateurs de Stephen Harper la crainte de voir l’essai albertain se vérifier cette fois au niveau national, même à titre minoritaire. C'est donc pas un hasard si le premier ministre sortant a également attaqué le gouvernement néodémocrate de Rachel Notley.

***

Le premier ministre sortant n'a donc pas perdu son temps dans les ''amabilités''. Il a, dès le lendemain du déclenchement de la campagne électorale, décoché ses premières flèches à ses adversaires. S'il a attaqué de manière frontale les néodémocrates, c'est parce qu'ils renforcent, de sondage en enquête d'opinion, leur avance sur les autres forces politiques. Cette attaque donne déjà un aperçu de ce que sera le reste de la campagne.

3 août 2015



** M. Harper au milieu d'ouvriers de l'usine de la compagnie Spectra Premium. Crédit de l'image: sa page Facebook.


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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